Assis à la terrasse du Café de Paris, en plein cœur de Hamra, une rue habituellement commerçante et cosmopolite de Beyrouth Ouest, Faouzi a retrouvé sa bande. Et son sourire. Après avoir été complètement déserté pendant près d’une semaine, le repère des intellectuels libanais croule à nouveau sous les montagnes de mégots, les tasses de café vides et les commandes de jus d’orange frais. Comme si de rien n’était.
« Hamra, c’est un peu le miroir du Liban. On y trouve des sunnites, des chiites, des chrétiens, des druzes, mais aussi des étrangers. On ne peut pas oublier ce qui vient de se passer, mais on préfère tourner la page. On ne veut pas d’une seconde guerre civile », clame, avec pragmatisme, ce peintre libanais à la chemise blanche et au veston caramel, originaire du Sud, et installé dans ce quartier mixte de la capitale depuis plus de cinquante ans.
A quelques mètres de là, un pick-up des forces de sécurité s’emploie à retirer les barbelés destinés à protéger le Ministère de l’information des combats de rue, qui ont fait plus de soixante morts à travers le pays. Un peu plus loin, une grappe de jeunes filles s’adonne au lèche-vitrine devant les boutiques enfin libérées de leurs rideaux de fer. Dans une buvette faisant face à l’Université Américaine, il est même question de la reprise imminente des cours.