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Les sanctions occidentales pèsent lourdement sur l'économie russe mais elles n'affectent pas la combativité de Vladimir Poutine. Depuis le début de la crise ukrainienne, le maître du Kremlin a vu sa popularité atteindre de nouveaux records à plus de 80% d'opinions favorables. Ses convictions n'ont pas changé : si l'ordre international est aujourd'hui remis en cause, ce n'est pas à cause de l'annexion unilatérale de la Crimée mais en raison des errements de la politique occidentale.

A la onzième réunion annuelle du club Valdai, quyi vient de se tenir à Sotchi dans les locaux prévus pour le G8 annulé en juin dernier, le président russe s'est montré convaincu que son pays lsurmonterait l'épreuve. Les sanctions occidentales ont même, pour lui, un aspect positif : « elles vont nous forcer à accélérer notre développement interne »  et pousser à un rééquilibrage des échanges en faveur de l'Asie. Il ne s'agit pas de rechercher une quelconque autarcie, a-t-il insisté.

 La poussée de patriotisme née de la montée des tensions internationales est accueillie avec satisfaction dans l'entourage du chef de l'Etat. « Poutine, c'est la Russie. La Russie, c'est Poutine », s'est félicité Vyacheslav Volodine, secrétaire général adjoint du Kremlin en se faisant l'écho du message principal adressé au club de Valdai : quelles que soient les attaques, Vladimir Poutine « sera au pouvoir encore dix ans »

Pour lui, le maître du Kremlin, ce n'est pas la Russie qui est responsable de la dégradation du climat international mais bien le monde occidental. Celui-ci, a relevé Vladimir Poutine  est en train de compromettre ses propres intérêts en adoptant une politique de « sanctions politiques » qui vont à l'encontre du développement économique dans le contexte de la mondialisation.

Vladimir Poutine s'en est pris vivement à la politique des Etats-Unis depuis la fin de la guerre froide, lorsque Washington sa proclamé « sa victoire » et « a cherché à imposer ses vues sur le reste du monde » en « brisant toutes les règles ». De l'Ukraine à l'émergence des djihadistes de l' « Etat islamique » en Irak et en Syrie, toutes les crises actuelles ont, selon lui, pour origine les erreurs commises par la diplomatie américaine.

Son pari semble être que « le bon sens finira par prévaloir » et que les pays qui cessent de coopérer avec la Russie en arriveront à la conclusion que tel n'est pas leur intérêt. « Ils veulent isoler la Russie, mais, nous, nous n'allons fermer la porte à personne. Dans le monde moderne c'est impossible. Le plus tôt cela est compris, le mieux ».

 « Cette volonté de recréer une monde bipolaire n'est pas une bonne chose,  les Etats-Unis ne peuvent pas continuer à humilier leurs partenaires ». Appelant la communauté internationale à tenir compte des intérêts de la Russie, il a souligné que le respect de la souveraineté nationale devait être le fondement de l'ordre international.

Evoquant l'Ukraine, Vladimir Poutine a est resté inflexible. Il a dénoncé le « coup d'Etat » de février dernier et ceux qui « veulent continuer les révolutions couleurs » tout en espérant qu'une solution pourrait être trouvée. « L'Ukraine est un pays souverain et nous respectons son indépendance », a-t-il assuré tout en soulignant que la Russie ne pouvait subventionner le pays.

 Invité à la séance de clôture du Club Valdai, Dominique de Villepin a invité l'assistance à se recueillir en mémoire de Christophe de Margerie, le PDG Total décédé lundi dans un accident d'avion à Moscou,  et de sa contribution aux relations franco-russes. « Le monde a besoin de la Russie et la Russie a besoin du reste du monde », a conclu l'ancien premier ministre. 

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La chute des prix du pétrole n'est pas seulement une aubaine pour le consommateur occidental, elle est aussi un avertissement pour les régimes autoritaires dont la survie dépend du maintien d'une rente confortable les mettant à l'abri de tout mouvement de contestation populaire.

Pour le moment, le recul du cours de l'or noir reste modeste. La baisse de près de 25% depuis le haut de cet été ramène les prix pétroliers aux niveaux de 2010. Il se pourrait bien que la tendance se confirme et que l'on en revienne durablement à un cours de l'ordre de 80 dollars le baril, au lieu des 110 à 120 dollars de ces dernières années.

De nombreux facteurs expliquent le recul, en particulier la mauvaise conjoncture mondiale, la faible demande et aussi la bonne tenue du dollar. Mais la volonté de l'Arabie saoudite de préserver sa part du marché, et donc sa capacité à influencer les cours, y est pour beaucoup. `

Les responsables saoudiens s'inquiètent des effets à long terme de la révolution du schiste aux Etats-Unis. Ils prennent la mesure du bouleversement stratégique qui se prépare à l'échelle mondiale et voient venir le moment où l'Amérique aura obtenu son indépendance énergétique. Les Etats-Unis, qui restent le premier importateur de pétrole, pourront alors surpasser leur déclin actuel, redevenir les maîtres de l'énergie mondiale et priver les pays du Golfe de l'arme géopolitique dont ils se servent avec tant d'efficacité depuis le premier choc pétrolier de 1973.

En se contentant d'un baril à 80 dollars, l'Arabie saoudite dont la capacité de production lui permet de dicter la politique de l'OPEP espère décourager les investissements nouveaux dans les gisements de pétrole de schiste outre-Atlantique afin de retarder le moment fatidique où l'or noir du Moyen orient aura cessé d'imposer sa loi.

La perspective d'une guerre des prix pétroliers fait trembler les dirigeants de pays comme la Russie, l'Algérie, le Venezuela, l'Irak ou bien l'Iran. Chacun dépend des revenus tirés de ses hydrocarbures pour boucler son budget et satisfaire sa population. Comme par hasard, la liste comprend davantage de régimes autoritaires que de démocraties.

L'Arabie saoudite, elle-même, n'a échappé à la vague de révoltes du printemps 2011 que parce qu'elle a puisé dans ses ressources considérables pour octroyer à ses 30 millions de sujets un plan de subventions de plus de 130 milliards de dollars. Depuis, la menace n'a pas disparu et les dépenses sociales doivent être maintenues. Les djihadistes sunnites à l'offensive en Iraq et en Syrie continuent d'inquiéter Ryad, d'où la crainte d'une « catastrophe » dont s'est fait l'écho le prince al Walid ben Talal à l'annonce de la baisse des cours.

Si la monarchie saoudienne dispose de réserves financières confortables, deux pays sous le coup de sanctions occidentales, l'Iran et la Russie ont le plus à perdre d'une baisse rapide et durable du cours du brut.  

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La Suède est prête à le faire, le Parlement britannique y est favorable. En l'absence de toute perspective de paix et compte tenu des besoins de reconstruction de Gaza, le moment n'est-il pas venu de reconnaître officiellement l'Etat palestinien ?

Il y a vingt ans, Yitzhak Rabin et Yasser Arafat recevaient le prix Nobel de la paix pour les accords d'Oslo qui, un an après leur signature, semblaient encore promettre une coexistence pacifique entre deux Etats, l'un israélien et l'autre palestinien, entre la Méditerranée et le Jourdain. Ce rêve, anéanti par les promesses non tenues de part et d'autre, ne verra jamais le jour si rien n'est fait pour amener les parties au conflit à s'entendre.

Depuis l'échec, en avril, de la dernière médiation américaine, aucune négociation n'est en cours, aucun préparatif de pourparlers ne se dessine. L'argument, tout à fait justifié, selon lequel la reconnaissance internationale d'un Etat palestinien devrait suivre l'obtention d'un accord avec Israël perd beaucoup de son poids dans l'impasse actuelle.

Certains veulent bousculer le calendrier. Pour sauver l'idée d'une paix entre deux Etats, pour forcer des négociations, ne faudrait-il pas que la communauté internationale donne corps à cet objectif des deux Etats en accordant d'emblée à la Palestine le statut qui en découle ? C'est la stratégie que poursuit l'Autorité palestinienne, confrontée à l'immobilisme du gouvernement Nétanyahou et à la poursuite de la construction dans les implantations juives de Cisjordanie et de Jérusalem-Est.

A l'ONU, quelque cent trente Etats ont franchi le pas. Certains pays de l'Union européenne l'ont fait, mais c'était avant de devenir membres. Quand la Suède mettra sa decision à exécution, ce sera une première. Encore faut-il bien choisir le moment. La reconnaissance est comme un fusil à un seul coup. Une fois utilisée, cette carte ne peut plus reservir.

Les bouleversements au Proche-Orient et la menace que font peser les djihadistes de l'"Etat islamique" (Daech) sur l'équilibre régional changent la donne. La mobilisation générale contre l'islamisme le plus radical incite Netanyahou à établir

un parallèle entre son combat contre le Hamas à Gaza et celui mené contre Daech en Irak et en Syrie. Pour le premier ministre israélien, la priorité, dans ce nouvel environnement, n'est pas de trouver un accord avec le chef de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, mais d'oeuvrer à "un rapprochement avec le monde arabe", préalable, selon lui, à un règlement de la question palestinienne.

Ce message, exprimé sans détours fin septembre à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU, vient de recevoir une réponse tout aussi explicite de la part du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, lors de la conférence du Caire sur la reconstruction de Gaza: le plan de paix arabe de 2002 est toujours sur la table mais il présuppose toujours un accord avec les Palestiniens, auquel Israël ne peut se soustraire. Ennemi déclaré du Hamas comme des Frères Musulmans, Sissi appelle Nétanyahou à négocier avec Mahmoud Abbas.

La reconstruction de Gaza, pour laquelle 5,4 milliards de dollars ont été promis, doit être l'occasion de renforcer l'Autorité palestinienne qui, pour la première fois depuis sept ans, reprend pied dans le territoire où règnaient sans partage les islamistes. Si l'occasion n'est pas saisie de construire les fondations du futur Etat palestinien, les fonds engloutis à Gaza le seront, une fois de plus, en vain.

Du point de vue israélien, l'urgence d'une solution prévoyant deux Etats est aussi manifeste pour des raisons purement démographiques. Selon les statistiques israéliennes et palestiniennes, Israël et les territoires conquis en 1967 (Jérusalem-Est, la Cisjordanie et Gaza) abriteraient 12 millions d'habitants, dont 6,1 millions de juifs et près de 5,8 millions d'arabes. Bientôt Israël ne pourra bientôt plus, sans renoncer à la souveraineté sur Gaza et la Cisjordanie, prétendre être un Etat à la fois juif et démocratique.

Les Européens ont promis un "partenariat privilégié" aux deux parties lorsqu'un accord de paix sera conclu. La menace d'une reconnaissance anticipée de l'Etat palestinien ne peut server que de moyen de pression. Elle n'a de sens que si de sérieuses guaranties sont données pour la sécurité d'Israël dans un contexte de plus en plus dangereux.

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La Chine joue gros à Hongkong face à la "révolution des parapluies". L'enjeu pour Pékin est aussi complexe qu'il est simple à énoncer: éviter que les aspirations croissantes à la démocratie des habitants de l'ancienne colonie britannique ne compromettent la stabilité du pays tout entier.

Jusqu'à présent, la République populaire a plutôt tenu les engagements qu'elle avait souscrits lors de la rétrocession de Hongkong en 1997. Il serait injuste de prétendre que les libertés n'y sont pas assurées. L'ampleur du mouvement de protestation de ces derniers jours aurait été impensable dans le reste du pays. C'est cette autonomie que les étudiants veulent préserver.

La question porte sur la prochaine élection du chef de l'exécutif local, dont Pékin accepte qu'il soit, en 2017 et pour la toute première fois, désigné au suffrage universel, mais à condition que les candidatures soient soumises à un collège qui garantira que l'élu sera aux ordres du Parti communiste chinois. Les manifestants voudraient goûter à une démocratie plus authentique. Ils craignent que l'élection de 2017, qui devait être une avancée, ne se traduise au contraire par une régression démocratique. 

Ce qui se passe était prévisible. Il y a dix-sept ans, au moment du retour à la Chine, le territoire exigu comptait pour 18 % de l'économie chinoise. Aujourd'hui, la proportion est ramenée à 3 %. Naguère privilégiée, la population locale a vu le revenu moyen des continentaux être multiplié par quatre en deux décennies. La place financière n'est plus la seule porte d'entrée donnant accès à l'immense marché chinois. Tous les Honkongais ne réclament pas une démocratie à l'occidentale, loin s'en faut. Mais la crainte les habite de voir Pékin imposer son modèle, bien avant le délais de cinquante ans accepté en 1997.

En Chine continentale, la survie du régime communiste est assurée tant qu'il pourra garantir à la population une amélioration de son niveau de vie. A Hongkong, ce pacte implicite est d'une application plus incertaine. Il y a là une faille majeure dans la formule magique "un pays, deux systèmes", censée régir les relations entre Pékin et l'ancienne colonie britannique.

La formule est une rencontre des contraires. Proposée, au début des années 1980, par Deng Xiaoping lors des négociations avec Margaret Thatcher pour la rétrocession de la colonie britannique, elle autorise toutes les interprétations. Elle permet surtout à Pékin de gagner du temps sans perdre de vue son objectif final d'assimilation de Hongkong et de Taiwan. Qu'un Etat aussi imposant que la Chine puisse exercer sa souveraineté sur un territoire sans en contrôler  le régime politique défie la pensée rationnelle occidentale. C'est cette notion, rejetée jusqu'à présent par les Taiwanais, qui est désormais à l'épreuve à Hongkong.

L'ouverture d'un dialogue avec les étudiants avant un recours massif à la répression éloigne le danger d'une contagion du movement au reste de la Chine. Mais, si le spectre de Tienanmen et la leçon tirée du rôle joué par la contestation en Pologne et en Tchécoslovaquie dans la chute de l'Union soviétique incitent Pékin à la prudence, les concessions qui peuvent être faites sont limitées. Les revendications démocratiques vont perdurer sous forme au moins latente jusqu'au scrutin de 2017.  Pour Xi Jinping, c'est un test majeur, sa première crise véritable depuis qu'il a pris les rênes de la Chine, il y a deux ans.

Conformément à l'idée d'"un pays, deux systèmes", Hongkong sera-t-elle un laboratoire pour une évolution du système communiste vers une plus grande participation des citoyens à la vie politique ? Ou bien, l'ancienne colonie britannique devra-t-elle se plier aux injonctions de Pékin et à ses méthodes de gouvernement, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur le plan de l'ordre public ? La nature du "rêve chinois" mis en avant par Xi Jinping, le sort de Hongkong, mais aussi de la Chine continentale et de Taiwan, en dépendent.

Guerre froide.jpgLa vie serait simple si les clés de l'avenir se trouvaient dans le passé. Quand Vladimir Poutine remet en question l'ordre international en Ukraine, chacun pense à un retour de la guerre froide. Quand l'Amérique mobilise une coalition internationale pour combattre les djihadistes de l'Etat islamique, c'est la guerre contre le terrorisme de l'après 11 septembre 2001 que l'on invoque.

Ceux qui connaissent bien l'histoire récente, savent que le monde a beaucoup changé et se méfient des parallèles trompeurs. Il n'empêche. La tentation demeure de se raccrocher à l'expérience vécue.

Les Américains ont tendance à vouloir revivre chacun des deux épisodes parce qu'ils pensent en être sortis victorieux. La guerre froide s'est achevée avec l'effondrement du bloc soviétique tandis que la traque d'al-Qaida est considérée comme un succès depuis le raid contre Ben Laden et la redoutable efficacité des attaques de drones. Vladimir Poutine entretient scrupuleusement son image d'ancien espion du KGB en RDA. Chez lui, l'équivoque est impossible : il affiche fièrement sa volonté de revanche après « la plus grande catastrophe géopolitique du XXème siècle ». Quant aux barbares de l'Etat islamique, ils sont les enfants d'al-Qaïda. Les nouveaux terroristes prennent au pied de la lettre les diatribes de Ben Laden à propos du « califat » et sont déterminés à réaliser très concrètement un objectif qui n'était jusqu'alors projeté que dans un avenir mythique.

Chacun a bien compris que nous ne revivrons pas les années 1945-1989. La Russie n'a pas la puissance qu'a eue, à un certain moment, l'Union soviétique. Le Kremlin n'est à la tête d'aucune alliance internationale. Il n'a aucune idéologie structurée ou projet de société alternatif, comme le communisme a pu prétendre l'être. Il ne propose pas de nouvel ordre international. Sans doute, serait-il bon d'en tenir compte. Au lieu d'accumuler les sanctions pour expulser la Russie de la vie moderne et revivre la sourde confrontation du siècle dernier, ne serait-il pas plus avisé de faire tout le contraire et de multiplier les échanges afin de conforter ceux qui, à Moscou, peuvent partager notre façon de voir ? Croit-on vraiment que dans le monde actuel la pression économique occidentale amènera un jour un nouveau Gorbatchev à succéder à Poutine ?

Quant à l'indispensable combat contre l'Etat islamique, ne le confondons pas avec le triste précédent de la guerre « contre le terrorisme », livrée par l'Amérique de George W. Bush. Les nouveaux djihadistes ont tiré la leçon de la faillite d'al-Qaïda. Plutôt que se faire décimer par des machines volantes, ils préfèrent s'approprier des territoires, se fondre dans la population, se créer des sanctuaires et susciter des vocations, en profitant des guerres, des conflits ethniques et religieux et de la faillite des Etats. Syrie, Irak, Libye.... ce ne sont pas les opportunités qui leur manquent.

Les bombardements aériens, avec ou sans pilotes, n'en viendront jamais à bout. Ils ne peuvent qu'ajouter à la confusion s'ils ne sont pas très vite accompagnés d'une action décisive au sol menée par des forces locales. Barack Obama prétend qu'il ne veut refaire ni l'Irak ni l'Afghanistan.  Il reproduit pourtant  bien des travers de son prédécesseur.

Jusqu'à récemment l'excuse tenait en un mot : les guerres qui nous étaient livrées était « asymétrique ». Nous avions la force, mais nous ne pouvions pas gagner. Maintenant, les conflits seraient subitement devenus « hybrides ». Vladimir Poutine en serait le spécialiste. Il se sert de l'action militaire, camouflée ou à découvert, de l'humanitaire, des représailles économiques, de la provocation et de la propagande... Cela ferait de lui un grand stratège. Quant au « calife Ibrahim », il n'est pas moins « hybride » : il joue aussi bien de la mise en scène odieuse de sa terreur que de ses alliances avec les trafiquants, les chefs de tribus, les anciens du régime de Saddam Hussein... En un mot, les batailles d'hier étaient simples. Elles sont devenus extraordinairement complexes.

Il serait bon de s'y faire. Plutôt que revivre les situations du passé, ne pourrions-nous pas adapter notre riposte, comme le font nos adversaires ? Avoir enfin un coup d'avance au lieu d'être toujours en retard d'une guerre ? 

Islamic state.jpgBarack Obama a tout essayé pour éviter d'en arriver là. Sa volonté d'extraire les Etats-Unis du Moyen Orient est même l'une des causes principales de la catastrophe qui le force à agir maintenant, là où il ne voulait pas. Comme ses prédécesseurs, il ne peut y échapper. Quelle que soit sa politique, l'Amérique semble condamnée à faire la guerre dans le monde arabe.

Si une organisation terroriste mérite d'être écrasée sous les bombes, c'est bien l'Etat islamique. Les décapitations, les exécutions massives, les appels au meurtre au nom du djihad, la rendent moralement plus que détestable. Le danger ne peut être sous estimé. Son organisation, ses moyens militaires et financiers, sa capacité à conquérir de vastes territoires et à y attirer des milliers de volontaires étrangers, n'ont pas de précédent. En comparaison, al-Qaïda a l'air d'une bande d'amateurs.  C'est maintenant qu'il fallait riposter si l'on ne veut pas que le phénomène se propage, que d'autres « califats » ne surgissent au Maghreb, en Afrique ou en Asie, et qu'une vague d'attentats terroristes ne déferle sur l'Europe et l'Amérique.

Barack Obama devait réagir. Mieux vaut tard que jamais. Et s'il eut été préférable d'aider l'opposition modérée à combattre Bachar el Assad en temps utile, c'est-à-dire dès le début, il aurait été vain de renoncer à frapper l'ennemi en Syrie sous prétexte que cela pourrait aider le régime. Dans le contexte actuel, l'argument de la légalité internationale ne tient pas. Bagdad a appelé à l'aide.  Damas a été prévenue et s'est gardée de riposter, même pour la forme. Quant aux objections légalistes de Vladimir Poutine, l'annexion de la Crimée en limite singulièrement la portée.

Les bombardements aériens suffiront-ils à éradiquer l'Etat islamique ? Evidemment non. Barack Obama a eu l'audace de dire que son objectif ne se limitait pas à « dégrader » l'Etat islamique mais qu'il s'agit à terme de le « détruire ». Il faudra des années et Washington, pour une fois, en convient. Il faudra surtout que les pays de la région se prennent en charge et se décident à livrer eux-mêmes la bataille contre l'islamisme radical dont ils sont les premières victimes. Sans un soulèvement organisé des sunnites, en Irak et en Syrie, contre l'Etat islamique, les frappes aériennes n'en viendront pas à bout.

Le problème est que ce nouvel affrontement se superpose à la guerre qui oppose chiites et sunnites dans l'ensemble du Moyen-Orient au moins depuis la révolution islamiste iranienne de 1979. Le ralliement de quatre pays arabes (Arabie saoudite, Jordanie, Qatar, Emirats arabes unis) qui se sont joints à l'aviation américaine pour légitimer les bombardements sur le territoire syrien a surtout une valeur de symbole. Son utilité opérationnelle dépendra de leur degré d'engagement et du cours que prendront les opérations militaires. L'important est que les cinq sont sunnites et semblent prendre enfin conscience qu'ils ont, à des degrés divers, enfanté un monstre pour livrer la guerre qui les oppose à l'axe chiite dirigé depuis Téhéran.

Si les sunnites, qu'il s'agisse des monarchies du Golfe ou bien des tribus irakiennes, tolèrent une entité aussi barbare que l'Etat islamique,  c'est parce qu'ils redoutent encore davantage de voir leurs ennemis chiites, pourtant largement minoritaires dans la région, anéantir leur suprématie séculaire. La Turquie est dans la même situation, de façon encore plus déchirante puisque s'ajoute, dans son cas, le facteur kurde : l'adage, utilisé couramment dans la région, selon lequel « l'ennemi de mon ennemi est mon ami » s'applique ici plutôt deux fois qu'une.

L'Amérique et ses alliés n'ont les moyens, ni militaires ni politiques, de mettre un terme à la guerre civile régionale entre chiites et sunnites. Il est même probable que le rapprochement en cours avec l'Iran sur le dossier nucléaire y contribue, en exacerbant les hantises des puissances sunnites.  

Contenir le mal et favoriser l'apaisement est tout ce que l'on peut attendre. L'extrême complexité des conflits qui se superposent dans la région rend toute issue incertaine. Il reste à espérer que la barbarie de l'Etat islamique suscite une réaction profonde qui permette d'amorcer une nouvelle dynamique. 

Porochenko.jpgLa vraie bataille pour l'Ukraine n'est pas tant celle qui se livre dans l'est contre les séparatistes soutenus par Moscou que celle qui se profile à Kiev pour la survie du pays.  

Six mois après avoir été porté aux commandes par la révolte populaire de Maïdan, le nouveau pouvoir ukrainien n'a guère de succès à faire valoir. L'opération « anti-terroriste » dans le Donbass s'est soldée par une débâcle dès que les Russes se sont portés au secours des rebelles. L'économie est toujours au bord de la faillite, désormais sous perfusion du FMI. La corruption est toujours aussi endémique et la classe politique toujours aussi prompte à étaler ses divisions. Seul et unique acquis : l'accord d'association avec l'Union européenne.

Ce texte, à l'origine de la crise parce que l'ancien président Viktor Ianoukovich avait cédé aux pressions russes et refusé de le signer, vient d'être ratifié par le parlement européen et par celui de Kiev. Une importante concession a été faite : son application sera très progressive. Après des consultations tripartites, en présence -enfin- de représentants de Moscou, la Commission a accordé à l'Ukraine un délai d'un an pour démanteler ses barrières douanières, pour lui donner le temps de réformer son économie, mais aussi pour répondre aux inquiétudes russes.

A la conférence annuelle organisée par l'oligarque ukrainien Viktor Pintchouk, José Manuel Barroso a annoncé la semaine dernière à Kiev la volte-face que sa Commission venait d'opérer, en toute fin de mandat. Donner à la Russie un droit de regard sur l'accord Ukraine-UE était hors de question. Cela aurait remis en cause la « souveraineté » de Kiev, a-t-il fait valoir, avant d'expliquer que le même principe ne s'appliquait plus pour la « mise en œuvre » du même accord. Moins tardive, cette aptitude au dialogue aurait pu éviter bien des déboires. L'avenir dira si la nouvelle Commission confirme le virage qui vient d'être pris, et surtout si le Kremlin joue le jeu et fait valoir ses arguments de bonne foi. Beaucoup d'Ukrainiens en doutent.  Ils savent qu'avec Moscou, la crise dépasse de loin les enjeux commerciaux.

Le cessez-le feu décrété à Minsk le 5 septembre reste très fragile. Il est violé tous les jours mais il a  enclenché une dynamique positive. L'issue des combats a fourni la preuve que l'armée est incapable de venir à bout des séparatistes, compte tenu de l'aide que la Russie est prête à leur apporter. Avec l'amnistie offerte aux combattants et l'octroi d'un « statut spécial » au Dombass, le réalisme reprend ses droits à Kiev, au moins dans le bureau du président Petro Porochenko.

A l'approche des législatives du 26 octobre, la classe politique se déchire, comme d'habitude depuis la révolution orange. Quand le président insiste sur « l'absence de solution militaire » et se montre prêt au compromis, le Premier ministre Arseni Iatseniouk préfère, lui, souffler sur les braises pour flatter les  électeurs. Il accuse Vladimir Poutine des pires desseins et ne voit de salut que dans une adhésion à l'Otan. Quant à Ioulia Timochenko, elle n'a peur de rien : « Si le monde occidental n'est pas prêt à défendre ses valeurs, qu'il fournisse au moins à l'Ukraine des armes modernes pour que nous puissions défendre ces valeurs nous-mêmes ! »

Ce genre de discours enflammé a suscité une certaine lassitude chez les participants étrangers à la conférence organisée par Viktor Pinchuk. Seul représentant de l'Administration Obama, un fonctionnaire du Département d'Etat s'est employé à dénoncer l'absence de progrès dans la lutte contre la corruption : « si rien n'est fait dans ce domaine, le consensus occidental en faveur de l'Ukraine disparaîtra ». Six mois après la révolte de Maïdan, le premier ministre Iatsiniouk ne peut que reconnaître « l'échec » de son gouvernement. La guerre dans l'Est lui sert d'excuse mais elle ne fait qu'aggraver une situation économique désastreuse : les mines de charbon du Dombass ont été mises hors d'usage par les combats, ajoutant à la vulnérabilité énergétique du pays avant l'hiver.

Dix ans après la révolution orange, il est grand temps que l'Ukraine s'engage enfin dans un véritable processus de réformes. L'Europe peut aider, elle ne peut imposer sa solution. Le moment de vérité approche. Après les élections d'octobre, le pouvoir n'aura pas le choix : la défense des valeurs occidentales passe aussi par des institutions démocratiques, responsables et efficaces.

scotland.pngIl serait temps de prendre la menace au sérieux. Les Ecossais pourraient décider dans une semaine de se séparer du Royaume-Uni. Le verdict n'est pas acquis mais les sondages laissent prévoir un résultat très serré pour le référendum d'autodétermination du 18 septembre.

Personne n'a pris la mesure d'un tel événement, s'il se produit. A force de remettre en cause les règles qui ont garanti la stabilité internationale depuis la seconde guerre mondiale, et notamment l'intangibilité des frontières en Europe, il est devenu inconvenant de contester aux sympathiques Ecossais le « droit » de choisir leur avenir.

Du coup, un nouvel Etat d'un peu plus de cinq millions d'habitants risque de venir morceler encore davantage une Europe qui ne sait déjà plus à quels saints se vouer. Les indépendantistes font miroiter un maintien de leur future entité dans l'Union européenne, comme si cela était acquis, et voudraient, de surcroît, continuer de bénéficier de la livre sterling. Les électeurs son happés par ce miroir aux alouettes. Une victoire du « oui » à l'indépendance écossaise augmenterait d'office les chances d'un « non » à l'Union européenne lors du référendum que David Cameron, en stratège au petit pied, a promis s'il est réélu l'an prochain.

Plus au sud, les Catalans ne sont pas moins sympathiques que les Ecossais. C'est aujourd'hui la « Diada », la journée de la Catalogne, et ils sont nombreux à manifester pour l'indépendance. Comme les Ecossais, ils estiment avoir le « droit de choisir », quoi qu'en pensent leurs compatriotes. A la différence de Londres, Madrid peut s'abriter derrière une Constitution adoptée par référendum par l'ensemble des sujets du royaume, Catalans compris, pour considérer illégale la « consultation » que les indépendantistes veulent organiser le 9 novembre. S'ils passent outre et maintiennent leur scrutin, les apôtres du droit d'autodétermination devront s'affranchir de l'état de droit pour imposer leurs vues. Curieuse conception de la démocratie !

On savait que l'Europe allait mal. Voilà deux de ses plus anciens Etats, tous deux ayant entretenu des empires planétaires et marqué l'histoire de l'humanité, au bord de l'éclatement. Que serait le Royaume « uni », sans l'Ecosse ? Pourra-t-il toujours prétendre, par exemple, à son siège au Conseil de sécurité de l'Onu ? Que sera l'Espagne, sans la Catalogne ? Et l'Europe, sans l'Espagne et la Grande-Bretagne tels que nous les connaissons ?

On savait l'Etat-nation en crise. Voilà que deux peuples ne pourraient plus vivre sans leur propre Etat ? L'Union européenne bat de l'aile. Voilà que des morceaux d'Etats membres aspirent à en devenir membres à part entière. Comme s'il n'y avait pas assez de Commissaires et de sièges à la table du Conseil européen !

Sous prétexte de ne pas s'immiscer dans les débats intérieurs d'un Etat membre, les instances européennes sont restées timorées face aux menées des séparatistes. Comment ne pas voir que s'enclenche une surenchère néfaste pour tous ? Pourquoi ne pas prévenir clairement qu'une Ecosse ou une Catalogne indépendante auront le plus grand mal à s'insérer dans une Union européenne où Londres et surtout Madrid gardent un droit de veto sur toute adhésion future ?

L'effet domino d'un « oui » écossais à l'indépendance le 18 septembre est garanti. Les séparatistes Catalans n'attendent que cela pour forcer la main de Madrid. Les dirigeants qui ont engagé la province dans cette voie, malgré la prudence des milieux d'affaires, ne pourront plus fermer la boîte de Pandore qu'ils ont ouverte.

Une dynamique infernale menace de balayer toute l'Europe. Si les Britanniques peuvent quitter l'Union européenne, pourquoi les Ecossais n'abandonneraient pas le Royaume-Uni ? Et si les Ecossais deviennent indépendants, qui empêchera les Catalans d'en faire de même ? Dans la balance, il y a la survie de la Belgique, minée par le contentieux entre Flamands et Wallons. L'Italie n'est pas à l'abri d'un regain de séparatisme, en Vénétie, en Sardaigne et dans le sud-Tyrol. Et que dire de l'Europe centrale, avec ses minorités hongroises disséminées et une Russie qui, depuis l'indépendance du Kosovo, ne respecte plus les frontières et travaille à la sécession de l'Ukraine orientale...

Espérons que les Ecossais sauront, le 18 septembre, stopper le mouvement vers une balkanisation de l'Europe !    

Nato summit.pngLe sommet de l'OTAN qui s'ouvre au pays de Galles est présenté comme un retour aux sources de l'Alliance atlantique. Après les expéditions lointaines comme en Afghanistan, l'organisation militaire reviendrait à sa raison d'être initiale : la défense de ses Etats membres directement menacés par une Russie qui n'est plus soviétique mais serait retombée dans ses travers impériaux.

L'activisme de Vladimir Poutine en Ukraine est le meilleur ferment d'un réveil transatlantique. Mais le retour de la guerre aux portes de l'Europe suffira-t-il à rendre à l'Otan sa raison d'être ?

Chaque pays abritant une minorité russe s'inquiète de la nouvelle agressivité de Moscou dont l'intervention directe en Ukraine orientale ne peut plus être niée, six mois après l'annexion unilatérale de la Crimée. Il faut rassurer les Etats concernés par des actes capables de dissuader la Russie de tester la solidarité de l'alliance. Pour ne pas revenir sur les engagements de l'acte fondateur Otan-Russie de 1997, les déploiements permanents de troupes souhaités par certains en Europe centrale ne sont pas à davantage à l'ordre du jour qu'une confrontation militaire avec la Russie à propos de l'Ukraine. La création d'une force de réaction rapide de 4000 hommes, capable d'intervenir sous 48 heures, est censée apporter la preuve que l'article 5 du traité fondateur de l'alliance, celui garantissant une défense collective de chaque Etat membre contre une attaque extérieure, sera bien mis en œuvre.

Ces précautions ne sont pas inutiles à l'heure où la logique de guerre qui s'installe en Ukraine peut encourager une surenchère nationaliste incontrôlable à Moscou. Elles établissent une distinction marquée entre les Etats qui sont membres de l'Otan et ceux qui, comme l'Ukraine, ne le sont pas. Elles ont surtout l'avantage d'être moins coûteuses que l'augmentation générale des dépenses de défense qui est pourtant indispensable mais que l'Europe en crise refuse d'assumer.

Comme les sanctions imposées à la Russie, la création d'une force d'intervention rapide ne résoudra en rien la question centrale qui est de trouver un compromis acceptable par Kiev et par Moscou pour éviter la partition définitive de l'Ukraine et l'enracinement d'un conflit armé durable en Europe. Sans une stratégie clairement définie pour atteindre cet objectif, l'Otan risque fort de faillir à sa mission essentielle et de se montrer incapable d'éviter que le chaos s'installe à ses frontières.

L'échec de l'offensive militaire menée par l'armée ukrainienne contre les rebelles pro-russes doit inciter les responsables occidentaux à faire pression sur Kiev en vue d'un cessez-le-feu et d'une véritable négociation avec Moscou. En l'absence d'un accord donnant à l'Ukraine un statut spécial de neutralité entre l'Otan et la Russie, c'est un nouveau « rideau de fer » qui s'abat sous nos yeux pour diviser le continent européen.

L'urgence d'une solution en Ukraine est d'autant plus grande que notre sécurité est menacée de façon bien plus grave sur un autre front : celui de la déstabilisation du Moyen-Orient. Les exactions commises par les terroristes de l'Etat islamique en Irak, les moyens qu'ils ont réussi à rassembler et leur progression spectaculaire illustrent l'échec de la politique occidentale dans la région depuis le début des révoltes arabes. Quelle que soit la responsabilité du régime syrien dans l'émergence de l'Etat islamique, la priorité n'est malheureusement plus d'obtenir le départ d'un dictateur sanguinaire mais bien d'empêcher la création d'un Etat djihadiste implanté au cœur du monde arabe et disposant de réseaux jusque dans les banlieues européennes.

Barack Obama a raison de vouloir rassembler une coalition internationale pour y parvenir. Il faudrait qu'elle soit la plus large possible. Mais il est urgent qu'il se dote d'une stratégie, notamment en Syrie, qu'il avoue ne pas avoir « encore » définie.

Au-delà de l'espace transatlantique, l'Otan n'est pas l'instrument idéal. Elle a démontré les limites de ses interventions au long cours en Afghanistan où rien n'est vraiment réglé au terme de l'opération la plus longue et la plus coûteuse qu'elle ait menée. Que l'alliance se recentre sur sa mission originelle est une bonne chose. Mais il ne faudrait pas que l'absence de stratégie la conduise à exacerber le conflit avec la Russie dans le seul but de se perpétuer.

Khan Younes.jpgIsraël ne règlera pas le problème que lui pose le Hamas en bombardant sans relâche la bande de Gaza. L'artillerie, l'aviation, les incursions terrestres et la création d'une zone tampon peuvent amoindrir la capacité qu'ont les islamistes de lancer des roquettes sur Israël. Mais le Hamas pourra toujours crier victoire : il lui suffit de résister à une force militaire dont la supériorité est écrasante. L'accumulation désolante de victimes civiles des raids israéliens ne détourne pas les Palestiniens des militants intégristes. Elle ne fait, au contraire, que les radicaliser.

Ce même scénario s'est déjà produit deux fois au cours des dernières années, lors des conflits similaires de 2008-2009 et de 2012. Au fil des ans, la violence ne fait qu'augmenter, les bilans sont de plus en plus sanglants, mais le problème de fond reste le même. Le Hamas s'est adapté en augmentant la portée de ses roquettes, en ayant recours à des drones et en étendant le maillage de tunnels qui est au coeur de sa stratégie. Le réseau sous-terrain lui sert à s'approvisionner en armements depuis l'Egypte voisine, à échapper à la surveillance israélienne, à s'abriter des bombardements et à effectuer des incursions en Israël.

Intervenir tous les deux ou trois ans à Gaza pour détruire l'arsenal des islamistes constitue la seule riposte qu'Israël ait trouvée. A court terme, elle vise un objectif militaire précis : réduire la capacité offensive des islamistes. Mais à long terme, elle sert les intérêts du Hamas. Le mouvement islamiste sort à chaque fois grandi d'une bataille dont le coût en vies humaines met Israël sur le banc des accusés. Une fois le calme revenu, l'ennemi n'a aucun mal à se réarmer et à reconstruire son réseau de tunnels. Cette année, le Hamas était affaibli au point de devoir soutenir un gouvernement d'unité nationale avec les modérés de l'Autorité palestinienne. Avec l'offensive israélienne, les plus extrémistes ont retourné la situation à leur profit.

Comme en 2008 et en 2012, Israël est pris dans le piège de Gaza. La logique de guerre radicalise l'opinion publique israélienne qui s'étonne de la poursuite des tirs de roquettes et exige encore davantage de son armée. Même s'il le souhaitait, l'Etat hébreu ne peut pas réoccuper durablement le territoire comme avant les accords d'Oslo, en 1993. La branche armée du Hamas a eu tout le temps de s'organiser et causerait des pertes insupportables à des troupes d'occupation.  Espérer éradiquer les militants islamistes par la force n'a pas de sens. D'autres, plus extrémistes encore, prendront la place du Hamas. Ils existent déjà dans la mouvance salafiste, bien implantée à Gaza.

Comment échapper à ce cercle infernal ? L'accumulation de victimes depuis le 8 juillet rend urgent un cessez le feu. L'échec des efforts entrepris jusqu'ici montre qu'une trêve ne pourra être obtenue que si elle ouvre la voie à une solution durable. Pour cela, une feuille de route doit être établie et imposée aux belligérants par un effort diplomatique coordonné et soutenu le plus largement possible.

L'évolution de la configuration internationale dans laquelle s'inscrit le sanglant huis clos de Gaza peut fournir une lueur d'espoir. Pour en finir avec les lancers de roquettes, Benjamin Netanyahou peut compter cette fois sur un allié objectif de taille : l'Egypte.

Jusqu'au renversement de Mohamed Morsi, le Hamas était soutenu par les Frères musulmans au pouvoir au Caire. Depuis juillet 2013, le mouvement palestinien est devenu une cible prioritaire de la lutte anti-islamiste menée par le régime égyptien. Le général Abdel Fattah al-Sissi, élu à la présidence en mai dernier, a étendu la « guerre contre le terrorisme » qu'il mène contre les Frères musulmans égyptien au Hamas.  L'Egypte n'a pas attendu le déclenchement de l'opération israélienne en cours pour restreindre les transferts de fonds et s'attaquer aux tunnels de ravitaillement en armes qui passent sous la frontière entre Gaza et le Sinaï, obligeant le mouvement de la résistance islamique à engager une « réconciliation » avec l'Autorité palestinienne.  

Du point de vue Israélien, la poursuite du statu quo est intenable. Le Hamas a réussi à renverser en sa faveur les paramètres du conflit. La supériorité militaire écrasante sur laquelle l'Etat hébreu fonde sa défense depuis sa création devait porter le combat loin des arrières pour mener des offensives-éclairs destinées à remporter des victoires rapides avant de subir la pression pour un cessez le feu. Dans un conflit asymétrique comme celui de Gaza, la supériorité militaire israélienne ne parvient pas à imposer sa loi. Elle devient même contreproductive lorsqu'il lui faut faire des centaines de morts dans la population civile, femmes et enfants compris, pour détruire quelques tunnels et éliminer quelques roquettes. A long terme, la sécurité d'Israël ne dépend pas seulement de sa puissance de feu mais aussi de l'image projetée dans le monde. Chaque offensive à Gaza dure de plus en plus longtemps et produit un effet désastreux sur le soutien que l'Etat hébreu peut espérer avoir dans la communauté internationale.

Un arrêt durable des hostilités ne peut être accepté par Israël que s'il met en route une démilitarisation effective de la branche armée du Hamas.  C'est un objectif auquel devrait souscrire l'Egypte, en coordination avec l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. En échange de mesures concrètes dans ce sens, sous supervision internationale, Israël devra autoriser une levée progressive  et contrôlée du blocus de Gaza et faciliter un financement de la reconstruction du territoire par l'intermédiaire de l'Autorité palestinienne.

Le cessez-le feu de 2012, négocié par l'entremise des Etats-Unis, n'avait  rien réglé, faute d'une réelle volonté de l'imposer de la part de l'Egypte alors sous l'emprise des Frères musulmans de Mohamed Morsi. Cette fois, la nouvelle donne internationale peut permettre de contrer le Hamas tout en remettant en selle les modérés de l'Autorité palestinienne. Encore faudrait-il que les diplomaties occidentales assument ce choix, l'imposent à Israël et cessent de faire le jeu des islamistes et de leurs alliés dans le monde arabe.

  

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