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Chers internautes,

Mon nouveau livre, écrit avec Christian Chesnot et préfacé par le général Philippe Rondot, Les chemins de Damas, le dossier noir de la relation franco-syrienne, aux Editions Robert Laffont, est disponible à partir de ce jeudi 9 octobre.

Il relate 40 ans de relations franco-syriennes, jalonnées de cadavres, d'affrontements, mais aussi de lunes de miel tant spectaculaires qu'épisodiques.

Voici ce qu'en dit notre confrère Romain Gubert du Point qui en publient les bonnes feuilles dans l'édition datée du 9 octobre. "Un document exceptionnel. Comment Chirac, après l'assassinat en 2005 de son ami Rafic Hariri, a juré la perte de la dictature syrienne. Comment après lui Nicolas Sarkozy a tenté de ramener Bachar dans le jeu international etc. Mais le plus grand mérite de ce livre, c'est de raconter en détails les querelles franco-françaises - entre amateurisme et règlements de comptes - sur le dossier syrien depuis 2011. Edifiant".

Sur "La bagarre au Quai d'Orsay" entre Eric Chevallier ambassadeur de France en Syrie jusqu'en 2012 et Nicolas Galey, conseiller Moyen-Orient à l'Elysée.
"La guerre des services entre DGSE et DCRI".
"Quand Claude Guéant tacle Alain Juppé".
"Le bêtisier de l'ambassadeur de France en Irak, Boris Boillon".
"Un étrange rapport de la DGSE" sur les armes chimiques.

Et puis on pourrait y ajouter: "Les téléphones rouges de Jacques Chirac avec Rafic Hariri et Bachar el-Assad" et "Le business opaque": comment la France a livré deux hélicoptères à Bachar el-Assad en 2006 et équipé ses plus proches collaborateurs d'un réseau téléphonique sécurisé?

Bonne lecture. 

Voici la deuxième et dernière partie de l'enquête sur le fonctionnement de l'Etat islamique. 

Deux milliards de dollars de budget

Si la décision finale est centralisée au sommet, le fonctionnement de l'EI ne l'est pas. Baghdadi et ses proches ont implanté dans les différentes régions conquises de nombreux relais, des locaux le plus souvent, pour mieux se faire accepter par la population, et échapper à un anéantissement du mouvement en cas de décapitation de sa direction. Ils seraient un millier de cadres intermédiaires, nantis d'une expérience militaire ou sécuritaire pour administrer des territoires sur lesquels vivent entre 5 et 8 millions de Syriens et d'Irakiens. 

« Le problème, relève Haytham Manna, c'est que l'EI n'a pas de véritables cadres pour construire son État. Seuls les tribunaux islamiques fonctionnent bien. Ailleurs, il y a beaucoup de gâchis. Pour masquer les faiblesses de son État, l'EI distribue de l'argent, par exemple à un commerçant pour reconstruire son affaire. Mais cela crée de la gabegie contre laquelle l'EI ne cesse de parler dans sa propagande. » 

Pour Washington, Daech est la plus riche des organisations terroristes. Elle disposerait d'un budget de deux milliards de dollars, selon les estimations du ministère de la Défense à Paris. « De quoi acheter armes et allégeances », s'alarme un militaire français. Une note de la Direction des renseignements militaires détaille l'armement de l'EI et s'inquiète des contacts que l'organisation terroriste a déjà noués sur le marché noir des armes à partir de la Bulgarie. 

Indépendance financière

Grâce à ses ressources financières, l'EI a acheté des armes aux autres groupes rebelles syriens. Aujourd'hui, Daech ne dépend plus exclusivement de ses bailleurs de fonds privés saoudiens, qatariens et koweïtiens, désormais dans le collimateur de leurs régimes. L'EI a quasiment assuré son autofinancement, grâce à la contrebande de pétrole, au racket des commerçants, au versement des rançons payés pour la libération d'otages occidentaux, sans oublier les taxes perçues au passage des camions. 

Rappelant le temps de Saddam Hussein, l'EI cherche à apparaître comme un père nourricier pour de nombreux Irakiens. Lutter contre ses sources d'approvisionnement risque de priver la population d'une partie de l'aide financière ou humanitaire que l'EI verse aux nécessiteux, s'inquiètent des responsables américains. Comme toutes les formations islamistes, l'EI s'est doté d'un majlis al-choura, un conseil représentatif. Mais, contrairement aux Frères musulmans par exemple, le majlis de l'État islamique ne se réunit que rarement. Il n'était même pas informé de l'attaque contre Mossoul. Ses membres, censés apporter une caution islamique à leurs crimes, sont essentiellement des étrangers en qui la direction de Daech n'a qu'une confiance relative : ce sont des imams saoudiens, koweïtiens ou maghrébins. 

Vers un état sunnite pur

Vingt-cinq mille personnes auraient prêté allégeance à l'EI, dont 6 000 pour le seul mois de juillet. Chacune toucherait un salaire mensuel allant de 300 à 2 000 dollars. Un comité, dirigé par Abdallah Ahmad al-Meshedani, procède au tri des étrangers qui arrivent. Derrière les salamalecs d'usage, une question préoccupe ses chefs : qui est compétent, et dans quel domaine ? Si le jeune ne présente aucun intérêt pratique, il est dirigé vers une opération suicide. En revanche, s'il possède une expérience, en informatique par exemple, on l'utilisera à cette fin, et s'il n'est pas marié, on lui trouvera rapidement une épouse irakienne pour s'attacher la tribu de cette dernière. Mais à de rares exceptions près - Abou Omar le Tchétchène par exemple - les étrangers sont regardés avec suspicion. Pour avoir récemment contesté la domination des Irakiens sur l'EI, Abou Obeida le Maghrébin a été accusé d'être « un agent de l'Occident » et fut aussitôt exécuté. 

L'EI ne dispose pas de camps d'entraînement fixes. Ses combattants se forment dans le désert, puis ils partent ailleurs au bout de quelques jours. Quand ils attaquent un village, ils prennent généralement en otages des familles entières pour convaincre les autres de ne pas s'opposer à leur conquête. Ils vont jusqu'à expulser des tribus hostiles pour installer à leur place des islamistes venus en famille du Caucase ou d'ailleurs, comme les mamelouks, ces esclaves affranchis au service des califes musulmans au XIIe siècle. « Pour eux, l'État idéal c'est l'État sunnite pur, observe Haytham Manna. D'où leur volonté de poursuivre leur conquête vers la Méditerranée plus que vers Bagdad et le sud de l'Irak où la population est à majorité chiite. Nous sommes confrontés à un projet diabolique qui associe le fascisme nationaliste à l'obscurantisme religieux. »

Pronostic d’un militaire français en charge du Moyen-Orient : « Les Américains ne vont pas tarder de frapper les positions de l’Etat islamique en Syrie, et ils ne seront pas seuls ».


Selon lui, ces frappes deviennent inévitables après l’avancée des djihadistes qui ont pris le contrôle de plus de 60 villages kurdes au nord de la Syrie, obligeant plus de 100 000 Kurdes syriens à se réfugier de l’autre côté de la frontière en Turquie.


Parmi les pays qui pourraient accompagner les Etats-Unis dans leurs bombardements aériens contre Daech figurent certaines monarchies du Golfe, les Emirats arabes unis notamment, dont les avions ont déjà visé des islamistes récemment en Libye, mais également l’Arabie saoudite.


Proche de Riyadh, le chef de la coalition nationale de l'opposition syrienne Hadi al-Bahra a d’ailleurs appelé ce lundi la communauté internationale à mener des frappes aériennes "immédiates" contre les jihadistes de l'organisation Etat islamique, qui ont lancé une offensive dans le nord-est de la Syrie.

La situation s’est brusquement détériorée ces derniers jours principalement pour les Kurdes, dans la région d'Aïn al-Arab, dans le nord-est syrien.


Comment fonctionne l'Etat islamique?

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Voici la première partie d'une de mes récentes enquêtes publiée dans Le Figaro, intitulée L'ordre barbare du califat, qui trace les grandes lignes du fonctionnement de l'Etat islamique. La deuxième et dernière partie suivra demain. 


L'État islamique repose sur le sens de l'organisation des anciens militaires du régime de Saddam Hussein et le fanatisme religieux de son chef, le « calife » Abou Bakr al-Baghdadi. Ce dernier est entouré d'un conseil de guerre. Des « ministres » et des « gouverneurs » administrent les territoires conquis en Irak et Syrie.


L'horrible bizutage est infligé à certains nouveaux venus dans l'État islamique (EI). « Plusieurs prisonniers ont raconté avoir été sodomisés peu après leur arrivée en Irak ou en Syrie », nous affirme un dirigeant kurde dont le mouvement détient des djihadistes. « À travers ces humiliations, ajoute-t-il, Daech (l'acronyme arabe de l'EI) cherche à faire revenir ces combattants à l'état animal pour qu'ils soient prêts à commettre les pires exactions. Et comme ces séances ont été filmées, l'homme ainsi abusé sera renié par sa famille, si jamais il quittait les rangs de l'État islamique. » Une « véritable fabrique de la barbarie », pour l'opposant syrien Haytham Manna, qui s'apprête à publier une enquête sur « Le Califat de Daech », fruit de trois mois d'observation des méthodes de ce monstre moyenâgeux au fonctionnement opaque.


À sa tête, le calife Abou Bakr al-Baghdadi, dont la tête a été mise à prix par les Américains à hauteur de 10 millions de dollars. Cet ancien professeur de charia de 51 ans est la caution religieuse de l'EI. Autour de lui, siègent dans un véritable cabinet de guerre une demi-douzaine d'anciens officiers de l'armée ou des services de renseignements de Saddam Hussein, ivres de vengeance depuis leur démobilisation par les Américains, dans la foulée du renversement du dictateur à Bagdad en 2003. C'est ce premier cercle de centurions, sans grande référence religieuse, qui, dans la plus pure tradition baasiste, offre à l'EI organisation, discipline, goût du secret et cruauté.

« C'est un groupe qui a exercé le pouvoir, analyse Haytham Manna. Certains ont fait la guerre contre l'Iran avec Saddam Hussein. D'autres ont torturé des prisonniers chiites et kurdes, mais tous ont été torturés après 2003 par les occupants américains de l'Irak. » Si Baghdadi décide, la force de l'EI vient de ces convertis au djihadisme, rompus à la clandestinité. Deux cents officiers de l'armée de Saddam Hussein auraient ainsi rallié l'organisation. « Aux yeux de Baghdadi, ces ex-baasistes sont devenus de bons musulmans, après avoir expié leur passé, et prouvé par leurs faits d'armes qu'ils étaient des combattants valeureux », ajoute Manna.

Une organisation atteinte de paranoïa

Proche du calife, Abou Mouslim al-Turkmani pilote le nouveau réseau de contre-espionnage mis en place par l'EI dans les territoires sous son contrôle en Irak et en Syrie. Une priorité pour une organisation où l'on se méfie comme de la peste des infiltrations. Ancien officier du service de Sécurité extérieure de Saddam Hussein, l'homme s'appelle en fait Fadel Ahmad Abdallah al-Hiyali, et c'est au cours de son séjour à la prison de Bouka, au sud de l'Irak, tenue par les Américains au milieu des années 2000, qu'il se convertit au djihadisme. Comme pour d'autres cadres de Daech, Bouka a servi d'incubateur pour l'EI. 

Abou Ahmad al-Alwani est le chef du conseil militaire. De son côté, l'ancien colonel, Abou Ayman al-Iraqi, est revenu en Irak après avoir été dépêché en Syrie pour installer l'EI au nord d'Alep et à Raqqa. Il aurait été récemment blessé à une jambe. Deux autres membres de ce premier cercle très restreint ayant accès à Baghdadi ont été tués ces derniers mois : Haji Baker - en Syrie par des rebelles salafistes - et surtout Abou Rahman al-Bilawi. C'est ce dernier qui a secrètement planifié la fulgurante conquête de Mossoul le 9 juin, préparée par une incroyable mission d'infiltration. 

En début d'année, Adnan Smaïn Najem - son vrai nom - se présente, barbe rasé et sous une fausse identité, comme un riche homme d'affaires revenu dans la ville du nord pour épouser une Mossouliote, après un séjour réussi en Arabie saoudite. C'est l'ancien officier baasiste et non pas l'islamiste qui va avancer masqué, tissant peu à peu un réseau de contacts avec les dirigeants baasistes d'autres groupes rebelles qui passeront à l'action le 9 juin, mais sous les ordres de l'EI. Bilawi meurt quelques jours avant l'attaque, lors d'un contrôle de police. Comme les autres cadres de l'EI, il portait une ceinture dissimulant des explosifs, qu'il actionna. A l'instar de tant d'autres djihadistes, Bilawi ne voulait absolument pas être fait prisonnier. En guise d'hommage posthume, Daech a dénommé la prise de Mossoul « Opération Bilawi ».
Au-delà de ce premier cercle, d'autres membres occupent des postes de « ministres » et de « gouverneurs ». Leurs noms sont protégés par l'organisation, après les révélations mi-juillet par la presse britannique de l'identité de leurs prédécesseurs, au lendemain d'une saisie de documents par les services irakiens dans la maison d'al-Bilawi.

(A suivre demain).

(Crédit photo: DR)


Deux millions de Libyens en Tunisie

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Il y a deux millions de Libyens actuellement sur le territoire tunisien, selon une estimation des services de renseignements de Tunis. Ce qui représente environ 20% de la population tunisienne. 

Cet été, le ministre des Affaires étrangères tunisien, Mongi Hamdi, avait évalué cette présence à 1,8 million.

Cette explosion d’arrivées de Libyens est la conséquence des derniers affrontements, notamment à Tripoli où l’insécurité règne plus que jamais.

Cet afflux de Libyens provoque une flambée des loyers à Tunis. « Le moindre appartement se loue maintenant l’équivalent de 1 500 euros », regrette une source française qui fait de fréquents allers-retours entre Tunis et Paris.

En 2013, la Libye comptait environ 6 millions d'habitants. 


(Crédit photo: AFP).

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Alors que les diplomates se retrouvent ce jeudi 18 septembre à New York pour discuter des négociations sur le nucléaire iranien, je vous propose l'analyse de François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran, sur les principaux obstacles encore à régler pour parvenir à un accord d'ici au 20 novembre prochain, l'échéance que se sont fixées les deux parties. 


L’ombre du doute s’étend en ce moment sur la négociation nucléaire entre l’Iran et le groupe P 5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne), alors que le fossé sur la question clé du format du programme iranien d’enrichissement apparaît peu à peu comme insurmontable. Devant l’incapacité à résoudre cette question parmi toutes celles faisant partie de la négociation, il y a un risque réel que les efforts des deux parties au cours de l’année écoulée pour parvenir à un accord à long terme aient été déployés en vain.

Remercions ceux qui se sont récemment donné beaucoup de peine pour mettre au point des formules ingénieuses permettant de sortir du blocage actuel : en particulier Robert Einhorn, ancien conseiller spécial au Département d’État américain, l’International Crisis Group, et l’Arms Control Association. 

Leurs suggestions tournent plus ou moins autour du même principe : moins de centrifuges aujourd’hui en contrepartie de plus de centrifuges plus tard ; l’Iran devrait accepter de démanteler la plupart de ses centrifugeuses en échange de la possibilité d’étendre ultérieurement sa capacité d’enrichissement, quand sera restaurée la confiance de la communauté internationale dans les intentions pacifiques de Téhéran, et quand son industrie nucléaire aura un réel besoin d’enrichissement. 

Mais il n’est pas sûr que ces recommandations fassent impression sur les négociateurs, tant il est difficile pour des acteurs extérieurs de se mettre au diapason de responsables immergés dans leurs propres informations, contraintes et pratiques. 

L'épineuse question de l'enrichissement

Pour des raisons symboliques, les Iraniens auront la plus grande difficulté à démanteler une partie de leurs 9.000 centrifuges en activité. En raison de l’agitation développée autour du concept de breakout time, ou temps de la course à la bombe, concept pertinent sur un plan technique, mais auquel la politique a donné une importance exagérée, les Occidentaux ont une difficulté égale à accepter le programme d’enrichissement iranien dans son format actuel. Il leur est également difficile d’envisager que ce programme encore modeste puisse prendre un jour une dimension industrielle, qui lui permettrait en théorie de produire annuellement la matière de plusieurs douzaines de bombes. D’où le présent blocage autour de la question de l’enrichissement. 

Et pourtant, s’esquissent dans le même temps des solutions pour la plupart des autres sujets traités dans la négociation, si complexes soient-ils. Il serait donc très dommage de voir l’ensemble du processus échouer pour un seul élément manquant. Peut-on encore trouver une solution à cet ultime problème, qui ouvrirait la voie à un accord ? 

Il serait tout d’abord important que les négociateurs continuent de mettre en forme les termes de cet accord comme si la question de l’enrichissement était résolue. Ils devraient ainsi, espérons-le, parvenir à un texte qui ne contiendrait plus que quelques chiffres, quelques formules, peut-être un paragraphe ou deux, entre crochets. Ce résultat permettrait aux observateurs les plus critiques : le Congrès américain, le Majles iranien… de prendre conscience de ce que rapporterait un succès, de ce qui serait perdu en cas d’échec. En bref, la question de l’enrichissement, insérée dans un contexte plus large, se retrouverait dans une plus juste perspective. 

Un plafond de neuf mille centrifugeuses

Dans un premier temps, quelles limites à la capacité d’enrichissement iranienne ? Entrant dans le vif du sujet, nous savons déjà que les Iraniens sont prêts à plafonner leurs activités d’enrichissement à un taux de 5%, à les soumettre à des contrôles renforcés de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et à transformer la plupart de leur production en dioxyde d’uranium, la rendant ainsi impropre, sauf nouvelle transformation, à des enrichissements plus élevés. Mais dès que l’on tente d’aller plus loin en fixant un plafond précis au nombre de centrifugeuses autorisées, s’élèvent aussitôt des protestations contradictoires : trop peu pour les Iraniens, mais trop pour les Occidentaux. 

Il devrait être toutefois possible de répondre à la préoccupation occidentale touchant au breakout time en établissant que l’Iran devrait disposer d’une capacité d’enrichissement suffisamment réduite pour l’empêcher d’acquérir en, disons, moins de six mois assez d’uranium enrichi de 80 à 90% pour contenir une « quantité significative » d’uranium 235 
(c’est-à-dire 25 kilogrammes de la matière nécessaire à la production d’une bombe, selon la définition de l’AIEA). Ce délai de six mois est ici suggéré car il a été évoqué par John Kerry lui-même comme un délai de breakout envisageable, sinon immédiatement acceptable. 

Cette formule obligerait l’Iran à ne détenir, en toute hypothèse, qu’un maximum d’environ 9.000 centrifugeuses du modèle IR.1 actuellement déployé. Mais ce plafond serait à due proportion abaissé si l’Iran choisissait de conserver un stock significatif d’hexafluorure d’uranium disponible pour des enrichissements plus élevés, ou encore s’il décidait de remplacer ses centrifugeuses de première génération par des modèles plus performants. Dans ce dispositif, toutes les centrifugeuses excédentaires actuellement installées seraient démontées et conservées dans des entrepôts spéciaux comme éléments de rechange. Tout cela, bien entendu, sous l’étroit contrôle du département des garanties de l’AIEA, détenteur de toute l’expertise utile pour assurer le suivi détaillé des règles adoptées. 

Bouchehr et les autres réacteurs

Vient ensuite la question de la durée de mise en œuvre de ce dispositif contraignant. Nous savons que l’Iran prévoit de porter son programme d’enrichissement à une échelle industrielle en vue d’alimenter, au moins partiellement, avec de l’uranium localement enrichi d’abord son réacteur de Bouchehr, et plus tard ses futures centrales nucléaires. Jusqu’à ce jour, les discussions sur la durée des limitations imposées au programme d’enrichissement iranien ont débouché sur des chiffres arbitraires, allant de trois à vingt ans. Serait-il possible de mieux évaluer les besoins concrets du programme électronucléaire iranien en capacité d’enrichissement ? 

En ce qui concerne le seul réacteur de puissance actuellement en activité, celui de Bouchehr, nous savons que les Russes se sont engagés à fournir le combustible nécessaire pour encore au moins huit ans. Après cette période, il faudrait savoir s’ils accepteront de laisser les Iraniens alimenter ce réacteur avec du combustible que ces derniers auraient eux-mêmes fabriqué, éventuellement sous supervision russe. La même question se pose pour les autres réacteurs que les Russes pourraient construire en Iran, si la négociation en cours entre Moscou et Téhéran débouche bien sur un accord. L’un dans l’autre, la solution la plus pratique serait que l’Iran accepte de subordonner son accession à une capacité d’enrichissement industrielle à deux critères incontestables : d’abord la possession d’une capacité reconnue de fabrication de combustible nucléaire, éventuellement développée en coopération avec un autre pays, et deuxièmement la présence sur le sol iranien de nouveaux réacteurs en cours avancé de construction. 

Deux possibilités pour en arriver là. Ou l’Iran parvient à conclure rapidement avec la Russie (moins vraisemblablement avec un autre pays) un accord pour la construction à bref délai de deux réacteurs supplémentaires sur le site de Bouchehr alimentés au moins partiellement avec du combustible iranien, et éventuellement pour la construction d’autres réacteurs, plus tard et ailleurs. En ce cas, l’horizon pour une capacité industrielle d’enrichissement apte à répondre aux besoins de ces réacteurs se situe au plus tôt autour de sept ans. Ou, faute d’accord avec la Russie, l’Iran décide de développer sa propre série de réacteurs. En ce second cas, au vu des difficultés prévisibles pour le développement d’un modèle national de réacteur, l’horizon pour une capacité industrielle d’enrichissement et de fabrication de combustible ne peut être inférieur à quinze ans. Il n’y a donc aucune raison de vouloir définir dès maintenant la date à laquelle lever les contraintes appliquées aux activités d’enrichissement iraniennes, sans connaître la voie finalement choisie par l’Iran pour développer son programme électronucléaire. A ce stade, l’adoption des deux critères objectifs déjà mentionnés : possession d’une capacité de fabrication de combustible reconnue par l’AIEA, construction en cours de nouveaux réacteurs devant être alimentés, au moins partiellement, par du combustible iranien, devrait suffire pour l’accord à passer entre l’Iran et le groupe P 5+1. 

Les propositions ici présentées pour surmonter la querelle de l’enrichissement pourront être attaquées comme tendant à brouiller les faits et les chiffres sur lesquels les experts du nucléaire fondent leurs impeccables démonstrations. Les données scientifiques et techniques forment, bien entendu, l’indispensable fondation de toute solution durable à crise nucléaire iranienne. Mais elles ne doivent pas prendre un tour si intimidant qu’elles en viendraient à déterminer le cours même de la négociation. Tout accord contient un élément de risque et nécessite au moins une étincelle de confiance. Espérons que les négociateurs, des deux côtés, trouveront la force de surmonter leurs doutes et leurs peurs, tout en gardant, bien entendu, leurs yeux bien ouverts.

Les raisons d'une longue absence

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Chers internautes,

Me voici revenu sur ce blog après une longue absence. Je vous dois une explication. Cette absence était due à la rédaction de mon prochain livre avec Christian Chesnot, qui sera publié en octobre. Il est consacré à la crise syrienne, et plus spécifiquement aux relations tourmentées entre Paris et Damas depuis une quarantaine d'années. Il s'intitule Les chemins de Damas, le dossier noir de la relation franco-syrienne. Je vous en reparlerai dans quelques semaines.

En attendant, je vais reprendre mes notes sur ce Moyen-Orient qui n'en finit pas de saigner, allant de crise en crise.

A très bientôt donc chers lecteurs. Georges Malbrunot.
 

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En charge des contacts avec l’opposition syrienne depuis deux ans, Eric Chevallier, 54 ans, devrait être nommé bientôt ambassadeur de France au Qatar. E. Chevallier, qui fut ambassadeur de France à Damas jusqu’en 2012, devrait être remplacé auprès des anti-Assad par Franck Gellet, qui représente la France au Yémen, après avoir été en poste notamment à Bagdad. 

La France est l’un des principaux soutiens à l’opposition syrienne qui cherche à renverser Bachar el-Assad depuis plus de trois ans.

Eric Chevallier ne sera pas trop dépaysé à Doha, où le renversement de Bachar el-Assad est également une priorité de la diplomatie qatarienne. 

(Crédit photo: AFP)

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Après la décision du roi Abdallah (photo ci-dessous) de confier à son demi-frère le prince Mouqrin la charge de lui succéder, en lieu et place du prince héritier Salman, je vous propose, avant de revenir plus en profondeur sur ces changements, de relire l'article que j'ai écrit le 20 mai 2013, qui analysait le jeu de chaises musicales auquel nous assistons aujourd'hui.  


Que se passe-t-il à la cour des Séoud d'Arabie? Plusieurs changements récents à des postes clés ont créé la surprise donnant à penser que le roi Abdallah, âgé de 89 ans, met en place sa succession. Quitte à bousculer les fragiles équilibres au sein d'une famille royale qui compte des milliers de princes.

Le 20 avril 2013, le Prince Khaled Ben Sultan (KBS) a été démis de ses fonctions de vice-ministre de la Défense par un décret royal qui a pris l'intéressé par surprise, alors qu'il se trouvait à New York au terme d'une tournée réussie en Extrême-Orient.

Auparavant, un demi-frère du roi, le prince Mouqrin, ancien patron de la «CIA saoudienne», avait été nommé au poste de second vice-premier ministre et second prince héritier. En parallèle, un autre demi-frère du souverain, le prince Ahmed, avait été lui remercié de son poste de ministre de l'Intérieur, tout comme Mohammed Bin Fahd, qui occupait jusque-là la fonction stratégique de gouverneur de la riche et sensible zone est d'Arabie saoudite, où se produit et s'exporte le pétrole, la poule aux œufs d'or du royaume.

Depuis, les chancelleries s'interrogent et tentent de décrypter ce jeu de chaises musicales dans un pays où l'opacité est la règle. Volonté de faire le ménage? Désir de renforcer son clan? Assurer la pérennité des réformes qu'Abdallah met difficilement en place?

Mithab sur orbite

La santé du roi, qui s'apprête à recevoir François Hollande, est déclinante. Si son cerveau fonctionne encore bien, il souffre en revanche de lancinants problèmes de dos, qui ne lui permettent plus que de travailler quelques heures par jour.

Depuis ces changements, la rumeur va bon train: Abdallah préparerait sa succession en renforçant son clan. Avec un objectif à terme: placer son fils aîné Mithab, le patron de la Garde nationale, à la tête du royaume, premier producteur mondial de pétrole et lié aux États-Unis par un pacte de sécurité, vieux de soixante ans.

Mais pour cela, le roi doit chambouler l'ordre de succession. À Riyad, le pouvoir se transmet de frère en frère, et non pas de père en fils. Or de nombreux frères ou demi-frères d'Abdallah, comme le Prince Ahmed par exemple, pourraient légitimement prétendre récupérer le pouvoir à sa mort. Mais soucieux de rajeunir les principaux dirigeants du pays, le monarque veut faire passer le relais à la génération des petits-fils d'Abdelaziz, le fondateur du royaume.

KBS faisait partie des aspirants au trône. Mais il appartient à la branche des Soudeiri, vieille rivale du clan beaucoup plus modeste du roi qui souffrit de son hégémonie sur les affaires saoudiennes pendant des décennies et qu'Abdallah a toujours vue comme trop aligné sur les Etats-Unis.

Paris compte remettre Riyad au centre de sa politique

Localement, l'éviction de KBS a fait l'effet d'une bombe. Le fils du prince Sultan, demi-frère du roi décédé en 2012, gérait depuis de nombreuses années le tout puissant ministère de la Défense. C'est lui qui avait mené en 2009 la bataille contre les rebelles yéménites houthis qui menaçaient le flanc sud de l'Arabie. C'est lui encore qui avait supervisé en 2011 l'intervention des troupes du Golfe à Bahrein face aux révolutionnaires chiites.

Abdallah étant le premier des réformateurs en Arabie, il veut également que les changements qu'il a lancés lui survivent, et accessoirement que ses héritiers gardent les rênes du pays à sa mort.

Pour mettre sur orbite son fils, le roi compte sur deux personnages clé à la cour: son tout puissant directeur de cabinet, Khaled Touejhri, qui est intime de Mithab, et son demi-frère Mouqrin qui ne peut prétendre au trône puisqu'il est le fils d'une concubine yéménite d'Abdelaziz, épouse donc illégitime selon les us et les coutumes locaux.

Mithab, comme son père avant lui, dispose d'un levier de puissance avec la Garde nationale, composée de membres des tribus les plus loyales au clan d'Abdallah. KBS écarté, le ministère de la Défense devrait voir son rôle décliner dans la galaxie des centres du pouvoir en Arabie.Mais auparavant, le clan Abdallah-Mithab devra s'intéresser au sort de Salman, l'actuel prince héritier et titulaire du portefeuille de la Défense, qui à 78 ans souffrirait de la maladie d'Alzheimer. Une opportunité dont certains voudraient s'emparer pour le déclarer «inapte» au trône… Une «mini-révolution de palais» qui ne serait pas pour déplaire à certains en France. Mithab était un visiteur régulier de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, et son successeur François Hollande l'a reçu juste après sa victoire l'an dernier. Ça tombe bien: Paris compte remettre Riyad au centre de sa politique dans un Golfe persique, toujours sous la menace du nucléaire iranien.

(Crédit photo: AFP)

Des responsables espagnols des services de renseignements étaient, il y a une semaine, en visite à Damas, où ils ont rencontré le général Ali Mamlouk, l'un des principaux dirigeants des services locaux.

Les Espagnols sont, comme d'autres pays européens, très préoccupés par l'afflux de leurs ressortissants en Syrie pour accomplir le djihad, la guerre sainte, contre l'armée de Bachar el-Assad.

Les services espagnols ont arrêté récemment un membre du Front al-Nosra, lié à Al Qaida, qui était en charge d'une filière de recrutement de jeunes désireux d'aller se battre en Syrie.

Ce n'est pas la première fois que les grandes oreilles de Madrid font le chemin de Damas, depuis que la révolte a été lancée contre le régime syrien, il y a bientôt trois ans. 

Elles ont été suivies ces derniers mois par plusieurs services européens, les Allemands, les Italiens, un émissaire britannique et même par des Français. Les uns comme les autres aimeraient en savoir plus sur leurs ressortissants qui mènent la guerre, souvent aux côtés de groupes liés à Al Qaida (ceux qui sont arrêtés, les morts etc....).

Damas compte jouer sur la carte djihadiste pour convaincre les pays européens de renouer des contacts politiques avec Bachar el-Assad dans le cadre d'une lutte antiterroriste commune. Mais cette perspective est, jusqu'à maintenant, exclue aussi bien par Madrid, Berlin, Londres que bien sûr Paris. 

 

À propos de ce blog

Parce qu’au Moyen-Orient, la réalité ne correspond pas toujours aux déclarations officielles ou aux clichés véhiculés çà et là en Occident, je vous propose de découvrir la part d’ombre dissimulée sous le flot des nouvelles qui nous parviennent de cette poudrière. Pour mieux comprendre les enjeux qui secouent cette région, si importante pour la stabilité du monde, et qui a fini par se soulever contre des autocrates vieillissants.

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