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"L'ampleur des réformes que nous sommes entrain d'engager trouve sa justification dans la conviction absolue qui est la mienne que notre organisation sociale produit aujourd'hui plus d'injustice que de justice, qu'il faut donc en changer et que c'est un nouveau contrat social, profondément renouvelé, profondément différent, que nous devons élaborer ensemble. Mais l'urgence de la situation ne saurait en aucun cas justifier que l'on méprise le dialogue social". Qui a dit ça ? François Hollande, lundi, dans son discours introductif à la "grande conférence sociale" qui se tient pendant deux jours au Cese et qui doit accoucher de l'agenda des réformes sociales du quinquennat ? Non, même si le chef de l'État n'a pas dit grand chose de différent. Cette longue tirade est l'œuvre de... Nicolas Sarkozy, son prédécesseur. On l'a oublié aujourd'hui mais l'ex-président de la République s'était plié à un exercice quasi-similaire à la rentrée 2007, soit 4 mois après son élection. Le 18 septembre 2007 précisément, à l'occasion de la célébration des 40 ans de l'AJIS qui se déroulait sur une demi-journée au Sénat, autre lieu symbolique tranchant avec l'Élysée.

AJIS-004.jpgDans un discours retransmis à la télévision et devant tout ce que la France comptait à l'époque de responsables sociaux (dirigeants des organisations syndicales et patronales représentatives ou pas, responsables d'administrations et d'agences publiques, experts en tout genre, journalistes sociaux, ministres, parlementaires...), Nicolas Sarkozy avait décliné pendant une heure l'agenda des réformes sociales qu'il envisageait de mettre en œuvre au cours de son quinquennat. Bref, sa politique sociale. Sur le fond, pour le coup différent de celui présenté hier par François Hollande, tout y était : les régimes spéciaux de retraite, la défiscalisation des heures sup, la représentativité syndicale, la formation professionnelle, la fusion ANPE-Assedic, l'assurance-maladie... Mais sur la forme aussi, avec une large place laissée aux partenaires sociaux. "Je suis confiant dans leur capacité à dégager des compromis innovants, avait-il alors indiqué. Quand il y aura eu accord, la loi le consacrera. Là où il n'y aura pas eu accord, l'État prendra ses responsabilités. Si l'accord est un faux accord, l'État se réserve le droit de le dire." A la formulation et au style près, François Hollande aurait pu tenir le même discours...

Et le pire - on a aussi tendance à l'oublier -, c'est que l'ex-chef de l'État a tenu parole. Jamais à l'époque les partenaires sociaux n'avaient jamais été mis en responsabilité. Sur tous les sujets qui dépendaient directement de l'État (régimes spéciaux de retraite, offres raisonnables d'emploi, fusion ANPE-Assedic...), ils ont systématiquement été consultés tout en reconnaissant à chacun le droit d'avoir un avis différent, de l'exprimer et de s'opposer. "Je ne préjuge pas des positions des uns et des autres, ni de l'ampleur des convergences ou au contraire des points de désaccords, a identiquement reconnu... François Hollande, hier. Mais je suis convaincu que la démarche que nous engageons peut aboutir à des solutions nouvelles. Je ne demande à personne ici d'abandonner ses convictions, de renoncer à ses revendications, de ne céder à je ne sais quelle pression. Je fais confiance à des acteurs libres et indépendants pour prendre leur part de la tâche commune. " Bah, du Sarkozy entre les lignes, dans le texte et en pratique...

L'ex-président de la République n'avait pas hésité non plus à confier aux partenaires sociaux certaines de ses promesses de campagne (la définition d'un contrat de travail unique qui s'est transformée en création de la rupture conventionnelle, la réforme de la formation professionnelle ou de la représentativité syndicale...). Puis transposé en loi les accords auxquels ils étaient parvenus. "Je crois à la réforme par le dialogue social, je l'ai prouvé et je vais continuer", avait-il promis en cette rentrée 2007. Nombre des acteurs de l'époque confirment d'ailleurs que le chef de l'État a tenu ses engagements, du moins dans la première partie de son mandat. "Attention à ne pas réécrire le quinquennat de Nicolas Sarkozy, nous avons bénéficié au début d'une large autonomie et avons été beaucoup consultés notamment sur la fusion ANPE-Assedic", reconnaissait la semaine dernière un dirigeant de l'UPA. "Il a respecté sa parole jusqu'en 2010", a confirmé hier soir Jean-Claude Mailly, le patron de FO. "Il est de bon ton pour un gouvernement qui arrive de dire qu'il n'y a jamais eu de dialogue social avant mais les partenaires sociaux n'ont jamais autant signé d'accords que sous la présidence de Nicolas Sarkozy", abondait encore dimanche matin Laurence Parisot, la présidente du Medef. Près d'une cinquantaine à la louche, dont une demi douzaine en 2011... après le conflit sur les retraites et quelques unités même début 2012. Bah, quelle parodie de dialogue social !

AJIS-002.jpgJe précise, en guise de conclusion, que les partenaires sociaux avaient été invités par l'AJIS, ce 18 septembre 2007, à réagir publiquement au discours et aux annonces du président de la République. Quatre tables-rondes de deux heures (sur l'emploi, le vieillissement, la santé et le journalisme social) avaient rythmé en parallèle l'après-midi des 1000 participants de ces "Premières rencontres du social". Puis une table-ronde inédite, retransmise à la télévision et réunissant Laurence Parisot (Medef), Bernard Thibault (CGT), François Chérèque (CFDT), Jean-Claude Mailly (FO), Alain Olive (Unsa) et Xavier Bertrand (ministre du Travail), avait permis - moins de trois heures après l'allocution de Nicolas Sarkozy - à chacun de s'exprimer sur les annonces de son discours et sur les résultats d'un sondage réalisé par OpinionWay sur les attentes sociales des Français et leur jugement sur les premiers pas du président élu. Bref, une "conférence sociale" à petite échelle cinq ans avant l'heure...

Crédit photos : Jérôme Chatin / AJIS
On le sait, François Hollande a fait de l'anti-sarkozysme un axe majeur de sa campagne présidentielle mais également l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire dans l'exercice du pouvoir. Tout, dans ses premiers actes, l'atteste. La volonté est de trancher avec le style et les méthodes de l'ancien locataire de l'Élysée et l'objectif, de porter le dialogue social en principe absolu. L'ode et les louanges à l'adresse des syndicats, alors que Nicolas Sarkozy avait conspué les corps intermédiaires durant la campagne, n'en sont qu'une preuve parmi d'autres. Et pourtant... Quand on y regarde de près, la "rupture" n'est pas si flagrante. Démonstration.

Rappelons-nous tout d'abord le début de quinquennat de Nicolas Sarkozy. L'ex-chef de l'État avait reçu les partenaires sociaux avant même d'être investi. Une première dans l'histoire de la Vè République. Alors que tout le monde pensait qu'il passerait en force, il avait lancé un cycle de consultations pour arrêter ses premières mesures. Mieux, il avait confié aux partenaires sociaux un certain nombre de dossiers (modernisation du marché du travail, réforme de la représentativité syndicale, refonte de la formation professionnelle...) avec un engagement on ne peut plus clair pris dans un discours fondateur lors des 40 ans de l'AJIS. "Si vous parvenez à un accord, je le transposerai. Mais s'il s'agit d'un faux accord, je reprendrai la main et vous n'aurez que vos yeux pour pleurer", leur avait-il dit en substance. Et il avait tenu parole, au moins dans un premier temps. Tant sur la rupture conventionnelle que syndicats et patronat ont préféré à sa commande de mettre en place un contrat de travail unique, que sur la représentativité syndicale qu'il a mise en œuvre sans tarder.

Les premiers pas du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, au-delà des mots, ne changent pas fondamentalement la donne. Le premier ministre a confirmé ce matin que tout ne serait pas négocié avec les partenaires sociaux et a fait une distinction nette entre consultation, concertation et négociation. Sur certains sujets, syndicats et patronat n'auront pas leur mot à dire. La fixation des modalités d'un retour partiel à la retraite à 60 ans ne fera pas l'objet d'une négociation mais d'une concertation. Une nuance qui n'a pas échappé aux intéressés et que ne cesse d'ailleurs de marteler, en "off", la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine. Quant à la grande conférence sociale de mi-juillet, qui tranchera sur la forme avec les sommets sociaux organisés par Nicolas Sarkozy, rien ne dit qu'il en ressortira quelque chose de probant. Tout dépendra des sujets mis sur la table et surtout de leur nombre (faut-il réintroduire la question du partage de la valeur ajoutée, par exemple ?), des acteurs invités (faut-il l'élargir aux non représentatifs ?) et de la méthode retenue. "Si la conférence traite de tous les problèmes, on n'y arrivera pas", avoue un proche de Michel Sapin, le ministre du Dialogue en charge de piloter cette réunion.

JMA et FH.jpgReste un dernier point qui pose question, celui du décret organisant un retour partiel à la retraite à 60 ans. Le nouvel exécutif l'estime à un milliard d'euros par an et escompte 150.000 bénéficiaires chaque année (Jean-Marc Ayrault a abaissé la barre à... 100.000 ce matin sur RTL). Bref, 5 milliards sur le quinquennat, financés par une hausse de 0,1 point par an des cotisations retraite. Voilà pour le pitch. Mais cette estimation est... "pifométrique". Pour cinq raisons.

Primo, il est impossible d'en estimer le coût et le nombre de bénéficiaires tant qu'on en connaît pas les modalités. Sauf bien sur si elles ont déjà été arrêtées et dans ce cas la concertation promise ne sera qu'un leurre pour épater la galerie. Secundo, on se rappelle tous des estimations farfelues qui avaient été réalisées en 2003 lors de la réforme Fillon au sujet du dispositif des carrières longues. La note avait été bien plus salée que prévu et le gouvernement avait été obligé de réduire ensuite la voilure et d'en restreindre les modalités pour en abaisser le coût.

Tertio, le gouvernement intègre dans son estimation de 150.000 personnes touchées par an le nombre de bénéficiaires attendus des dispositifs "carrières longues" et "pénibilité" de la réforme Woerth. Soit aux alentours de 120.000 personnes par an. Or cette estimation avait été fortement critiquée il y a deux ans, notamment par la gauche, lors du vote de la loi et les premiers résultats des départs anticipés pour cause de pénibilité le démontrent. Ainsi, sur les 7 premiers mois d'application, seules 1250 retraites pour pénibilité avaient été accordées, loin très loin même des 30.000 escomptées. Quarto, le coût financier doit être cumulé : un milliard la première année, deux la deuxième et ainsi de suite. La mesure, si elle marchait à plein régime, ne coûterait donc pas 5 milliards à la fin du quinquennat mais 5 milliards en année pleine en 2017. Soit un total de 15 milliards sur l'ensemble du mandat. Bref un rapport de 1 à 3 dont on espère, pour les comptes de l'État, qu'il ne se réalisera pas.

Quinto, outre qu'il est difficile d'anticiper les comportements des agents économiques, le nombre de bénéficiaires devrait diminuer fortement au fil des ans. Les premiers gagneront 9 mois au plus par rapport à l'âge légal de départ (le passage à 62 ans est progressif jusqu'en 2017), les seconds 14 mois et ainsi de suite. Mais on va vite arriver dans des générations qui auront effectué l'ensemble de leur carrière pendant les pires années de la crise et donc eu des carrières morcelées, chahutées, entrecoupées de période chômage et de maladie. Or, si Marisol Touraine parvient à contenir le nombre de trimestres validés dans le décret à celui déjà en vigueur pour les carrières longues (soit 8 tout compris) - ce que la CFDT signerait des deux mains, le seul objectif de la ministre -, de plus en plus de salariés ayant commencé à travailler jeunes ne pourront pas partir en retraite à 60 ans parce qu'ils n'auront tout simplement pas l'intégralité de leurs annuités. Bref, retour à la case départ...

(Crédit photo : Le Figaro)
Les cabinets présidentiel et ministériels se constituent au fur et à mesure. Selon les informations recueillies par Les dessous du social, les trois postes essentiels dans la sphère sociale - les futures têtes pensantes des réformes à conclure et les principaux contacts des partenaires sociaux - viennent d'être attribués et devraient être rendus publics dans les heures qui viennent.

- Michel Yahiel, actuellement délégué général de l'Association des régions de France (ARF), ancien président de l'ANDRH et ex-DRH de la Ville de Paris, occupera le poste très prisé de conseiller social de François Hollande à l'Élysée. C'est un proche de Bertrand Delanoe, le maire de Paris, d'Alain Rousset, le président de la région Aquitaine, et de Jean-Louis Bianco, l'ex-bras droit de Ségolène Royal.

- Christophe Devys, actuellement secrétaire général du conseil d'État et ancien directeur de cabinet de Maryse Lebranchu au ministère de la Justice entre 2000 et 2002, sera quant à lui le conseiller social de Jean-Marc Ayrault à Matignon. Un poste qu'il connait bien puisqu'il a été conseiller technique en charge de la protection sociale sous Lionel Jospin, alors premier ministre, entre 1997 et 2000.

- Gilles Gateau, actuellement directeur des compétences et de la performance sociale chez EDF, est le directeur de cabinet de Michel Sapin au ministère du Travail, de l'Emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social. Lui non plus n'est pas un inconnu puisqu'il a travaillé à l'ANPE et été conseiller technique sous Martine Aubry (1991-1993) au ministère du Travail puis sous Lionel Jospin (1997-2001) en charge de l'emploi à Matignon. Avant d'occuper plusieurs fonctions de direction au sein d'EDF...
C'était la "der" ce matin de Xavier Bertrand comme ministre du Travail, de l'Emploi et de la Santé. J'ai couvert ses deux passations de portefeuille (avec Marisol Touraine pour les Affaires sociales et la Santé ; puis Michel Sapin pour le Travail, l'Emploi, la Formation professionnelle et le Dialogue social) pour Le Figaro. Petit résumé, en six photos, de cette demi-journée particulière pour un ministre qui, depuis 2004, aura marqué - en bien ou en mal, c'est selon - le social en France.

XB1.jpgLa première passation de la journée s'est déroulée avenue Dusquesne, dans une certaine désorganisation. L'entrante et le sortant se sont entretenus pendant une trentaine de minutes. Xavier Bertrand a notamment mis en garde sa successeuse sur la gestion des épidémies et le budget des agences régionales de santé. Il l'a également prévenue qu'à ce poste - qu'il a occupé pendant près de quatre ans en deux fois - on ne dormait pas beaucoup et qu'il fallait oublier le terme de weekend. A l'issue, les deux ont répondu aux questions des journalistes présents, tant bien que mal vu la configuration des lieux. Une passation courtoise et républicaine, sans plus.

XB2.jpgXB s'est ensuite installé dans un café avec ses collaborateurs. Il a raconté les grandes lignes de son entretien avec Marisol Touraine et fait un petit retour en arrière. Au moment de son entrée au gouvernement. Il était en lice pour prendre deux postes de secrétaire d'État : le premier auprès de François Fillon à l'Éducation "pour ne rien faire" ; et le second sous Philippe Douste-Blazy à la Santé pour gérer la réforme de l'assurance-maladie. "Si tu viens avec moi, tes journées seront bien occupées", lui avait dit son futur ministre de tutelle. Et elles le furent. Nul doute que son avenir aurait été différent s'il avait atterri à l'Éducation...

XB3.jpgMichel Sapin, son successeur au Travail et à l'Emploi, pour faire court, arrive au 101 rue de Grenelle - le ministère s'y délocalise pour un an, pour cause de travaux à l'hôtel du Châtelet - avec 5 bonnes minutes d'avance. Il le fait d'ailleurs remarqué aux journalistes présents et file rejoindre XB dans le bureau pour le traditionnel entretien de passation. L'ex-ministre a prévu de lui communiquer une liste d'une dizaine d'entreprises qui ont lancé des plans sociaux et qu'il devra surveiller. Il doit également lui souhaiter bonne chance pour avoir à commenter chaque mois, devant la presse avide de petites phrases - toujours les mêmes -, les chiffres des inscrits à Pôle emploi.

XB4.jpgFin de l'entretien entre les deux hommes qui aura duré une demi-heure. Un pupitre a été installé sur le perron du ministère et c'est XB qui ouvre le bal. Michel Sapin, visiblement ému, l'écoute attentivement. Et à la surprise générale, le sortant rend hommage à l'entrant. "Nous avons été face à face et nous voici côte à côté", attaque-t-il. Respect, estime, compétence, humanité... les mots fusent et touchent le nouveau ministre qui ne s'y attendait visiblement pas. "C'est un ministère auquel on s'attache et je suis convaincu que vous vous y sentirez à l'aise", lui dit XB.

XB5.jpgC'est ensuite à Michel Sapin de prendre la parole et de rendre, là encore de manière inattendue, une forme d'hommage à son prédécesseur. S'ils se sont souvent combattus sur les rangs du Parlement et les plateaux de télévision, le nouveau ministre indique toute l'estime qu'il a pour Xavier Bertrand et se dit convaincu que leurs chemins se recroiseront encore. Il l'espère même. Les deux hommes se connaissent bien, sont de gros bosseurs, s'apprécient réellement et avouent même qu'ils pourraient être amis s'ils n'appartenaient pas à des camps différents.

XB6.jpgMichel Sapin serre chaleureusement la main à Xavier Bertrand qui lui souhaite à nouveau bonne chance. Il le raccompagne ensuite jusqu'à la rue sous les applaudissements nourris des nombreux fonctionnaires venus saluer leur ancien ministre. Dans la cour des agents versent une larme, y compris un directeur d'administration centrale. Xavier Bertrand repart avec sa femme tandis qu'un fonctionnaire commence déjà à défaire la plaque qui orne le ministère. Rue de Grenelle, le changement est devenu une réalité. Le nouveau locataire des lieux va pouvoir se mettre au travail. Avec trois priorités en tête : la mise en œuvre des contrats de génération, le coup de pouce promis au smic et la préparation de la conférence sociale et économique qui se tiendra en juillet à l'Élysée. Mais ceci est une autre histoire sur laquelle Les dessous du social reviendront bien évidemment... Bye bye Xavier, welcome Marisol et Michel.
FH.jpgEXCLUSIVITÉ - Le président élu aime les symboles. Du genre de ceux qui marquent le début d'un mandat... C'est pourquoi, fort de sa promesse de faire du dialogue social la pierre angulaire de sa méthode de réforme, François Hollande a invité demain à sa passation de pouvoirs avec Nicolas Sarkozy les cinq leaders des syndicats représentatifs de salariés : Bernard Thibault (CGT), François Chérèque (CFDT), Jean-Claude Mailly (FO), Philippe Louis (CFTC) et Bernard Van Craeynest (CFE-CGC). Une première, semble-t-il, dans la Vè République. Seul le patron de la CGT - qui a pourtant avoué dans l'entre deux tours qu'il voterait pour le candidat socialiste pour éjecter le président sortant - a décliné l'invitation du nouveau locataire de l'Élysée en raison d'un déplacement en province dans le cadre de la campagne qu'il mène pour imposer sa candidate à la tête de la CGT. Il sera remplacé par un dur de dur, Michel Doneddu, le trésorier de la centrale de Montreuil.

Il semblerait toutefois que le staff du nouveau chef de l'État n'a pas fait preuve du même zèle côté patronat. Ce serait même un peu le bordel, si l'on peut dire. Et pour cause : Laurence Parisot (Medef), qui n'avait pas mâché ses mots pendant la campagne contre le candidat Hollande mais a mis de l'eau dans son vin depuis une semaine, a été invitée et sera bel et bien présente à l'Élysée. Jean-François Roubaud, son homologue de la CGPME qui l'avait pourtant reçu avec les honneurs avant le premier tour, n'a reçu aucun carton d'invitation du président élu. Oups, ça fait mauvais genre pour qui veut remettre le dialogue social au cœur du process de décision et rétablir une République irréprochable... "Ce n'est pas notre place, ni celle des syndicats de salariés", rétorque d'ailleurs l'un des proches de Jean-François Roubaud. Ambiance. Quid de Jean Lardin, le patron de l'UPA ? Et bien le représentant des artisans n'a pas été oublié. Il sera lui aussi bel et bien présent à l'Élysée. Mais pas avec sa casquette UPA, fait-on savoir dans son entourage, non au titre du CESE dont il est secrétaire. Allez comprendre...

De deux choses l'une : soit l'exercice du pouvoir est bien compliqué et les services du protocole du président élu sont loin d'être au niveau, soit ce n'est absolument pas une erreur et cela démontre la conception particulière et très inégale du dialogue social irréprochable du nouveau chef de l'État. Personnellement, je penche plutôt pour la première option. Les symboles, rappelez-vous, les symboles...

Crédit photo : François Bouchon / Le Figaro
AM.jpgCertains pronostiqueurs l'annoncent déjà au ministère de l'Industrie, à Bercy, tandis que d'autres le voient Garde des Sceaux, à la Justice, place Vendôme. Mais Arnaud Montebourg, la révélation des primaires socialistes qui a gagné ses lettres de noblesse en faisant campagne sur le thème porteur de la démondialisation, pourrait bien atterrir rue de Grenelle, au ministère du Travail et de l'Emploi (amputé de la Santé qui devrait retourner dans le giron des affaires sociales sous l'égide de Marisol Touraine). La rumeur, en tout cas, court dans les milieux autorisés depuis quelques heures. Et si le chantre de la gauche du PS peut encore être transbahuté des deux côtés de la Seine d'ici à la désignation définitive du gouvernement, l'idée de l'asseoir dans le fauteuil occupé depuis fin 2010 par Xavier Bertrand n'est pas totalement saugrenue.

Primo Arnaud Montebourg est avocat de formation et il a l'art de la parole. Une qualité que le futur locataire de l'hôtel du Châtelet devra posséder tant les relations avec les syndicats, qui ont plus ou moins ostensiblement poussé à l'élection de François Hollande (ou à la défaite de Nicolas Sarkozy), nécessiteront du doigté. Le président élu ayant érigé le dialogue social comme un principe absolu de son mandat, les discussions tripartites sur un certain nombre de dossiers nécessiteront un ministre qui maitrise parfaitement tous les rouages des négociations délicates. Son côté anti-entreprises, un peu plus poussé que la moyenne au PS, pourrait toutefois être un frein tant les mouvements patronaux verraient comme un signal négatif sa nomination rue de Grenelle...

Secundo le 3ème homme des primaires socialistes s'est non seulement fait un nom sur la lutte contre les paradis fiscaux ou la corruption mais aussi sur la détresse et la misère des salariés broyés et opprimés par leurs employeurs. Autant dire donc qu'il passe bien dans l'opinion et peut sans trop de difficultés revêtir le costume social du ministre du Travail...

Tertio François Hollande est obligé de le remercier pour son soutien après le tour des primaires socialistes et ne peut que lui offrir un beau ministère, un grand ministère. On dit d'ailleurs que l'intéressé a déjà prévenu qu'il refuserait un poste qui ne serait pas à sa hauteur, type secrétariat d'État ou ministère délégué. Il faut dire que l'avocat est grand, au moins par la taille...

Quarto, il ne resterait pas beaucoup de postes à se partager
selon les informations qui circulent et le portefeuille du Travail - un véritable casse tête, dit-on, tant l'heureux élu aura fort à faire dans les mois qui viennent compte tenu des sombres prévisions qui planent sur les fronts de l'emploi et du chômage - est toujours vacant. L'industrie, où il est parfois annoncé, irait au président de la région Aquitaine, Alain Rousset, un grand spécialiste de ces questions. Vous l'imaginez à ce poste, en charge du commerce extérieur, lui qui a fait campagne sur la démondialisation... La Justice, autre maroquin où Arnaud Montebourg est pressenti ? Michel Sapin, qui a déjà occupé le poste au début des années 90, y est pour l'heure annoncé. Fin du suspense dans quelques jours maintenant...
FH.jpgLes Français ont donc choisi François Hollande pour présider aux destinées de la nation pendant 5 ans. Une victoire nette, sans appel, cohérente au vue de la campagne et du rejet du président sortant. On aurait pu s'attendre à un écart plus important, c'est sans doute la seule vraie surprise de ce second tour... Les dessous du social souhaitent donc bonne chance au président élu. Sincèrement. Quoi qu'on en pense, il est une certitude : l'état de grâce ne durera pas. Et, côté social, l'atterrissage risque d'être brutal, pour ne pas dire violent. Le président élu hérite en effet d'une situation pour le moins calamiteuse : un chômage qui frôle les 10%, des créations d'emploi dans le rouge, un taux de pauvreté qui n'en finit plus de progresser, des chômeurs de longue durée qui représentent plus de 40% des inscrits, des jeunes qui galèrent plus que jamais pour décrocher un premier emploi et des seniors qui s'accrochent pour conserver le leur, enfin quand ils en ont un. Une photographie sociale de la France inédite, que François Hollande aura bien du mal à corriger...

Si le président élu va rapidement être confronté au principe de réalité, c'est aussi parce que le candidat a beaucoup promis. D'inverser la courbe du chômage d'ici un an. D'offrir de l'emploi aux jeunes et aux seniors. De réduire la pauvreté. De mettre de la justice dans les départs en retraite, de prendre en compte la pénibilité au travail. De rétablir l'équilibre des comptes sociaux. De défaire toutes les réformes iniques mises en œuvre par le président sortant. Pour y parvenir, il a promis de s'appuyer fortement sur les partenaires sociaux et renvoyé la déclinaison de la plupart de ses engagements à la concertation sociale. Une stratégie naturelle pour tout candidat élu - Nicolas Sarkozy avait rencontré tous les leaders patronaux et syndicaux après avoir été élu en 2007 et avant de prendre officiellement ses fonctions - mais qui pourrait s'avérer plus compliquée qu'attendue. Et ce, pour plusieurs raisons.

Hormis sur la place à accorder à la démocratie sociale, les syndicats sont loin d'être sur la même ligne que le président élu. La CGT a des revendications beaucoup plus à gauche (smic à 1700 euros brut, retour à la retraite à 60 ans, relance des services publics...) qui ont été portées pendant la campagne par Jean-Luc Mélenchon. Et l'opposition inédite de Bernard Thibault à Nicolas Sarkozy, tout en créant beaucoup d'espoir, va obliger la première centrale syndicale de France à reprendre un peu de champ par rapport au politique. D'où des tensions à attendre. La CFDT n'est pas en reste. Si le programme du président élu colle assez bien avec sa philosophie et sa vision de la société, le deuxième syndicat français a d'ores et déjà annoncé que François Hollande ne bénéficierait d'aucun état de grâce. Les tensions les plus vives pourraient d'ailleurs ne pas tarder à ressurgir sur la question des retraites, la CFDT poussant pour que la mise en œuvre d'une réforme systémique soit anticipée et que le rendez-vous point d'étape programmé en 2013 intervienne dès à présent. Quant à FO, dont un quart des sympathisants et militants ont voté pour Marine Le Pen au premier tour, nul ne sait jamais dans quel sens elle va pencher tant sa stratégie reste guidée par sa volonté de nuire à la CGT et à la CFDT, responsables à ses yeux de vouloir tuer le pluralisme syndical en France.

Reste le patronat, dont les adhérents ont probablement la gueule de bois en ce lundi 7 mai. Le Medef, totalement inexistant du point de vue des idées pendant la campagne, a pris fait et cause pour le président sortant et n'a même pas été reçu par le candidat socialiste. Pis, son programme pour la France, basé entre autres sur la baisse des charges, est en totale contradiction avec les engagements de campagne du président élu. Pas facile, dans ces conditions, d'engager un dialogue serein et constructif, même si Laurence Parisot a très tôt reconnu que son organisation travaillerait avec le futur président, quel qu'il soit, et que son entourage a multiplié les contacts ces derniers jours avec des proches du candidat socialiste. Même constat pour la CGPME et l'UPA, dont l'inclination à droite n'est pas un secret, à la nuance près que les deux mouvements patronaux n'ont manifesté aucune hostilité pendant la campagne envers François Hollande. Mieux, la CGPME l'a même reçu à Puteaux début avril.

On le voit, l'atterrissage pour le président élu risque donc d'être compliqué. Tant du point de vue des promesses à tenir que du dialogue social à instaurer. Gageons que le changement de tête dans les deux principaux syndicats facilitera les rapports avec le nouvel exécutif. Question de changement. Mais celui-ci ne devrait pas intervenir avant l'automne au plus tôt pour la CFDT et mars 2013 pour la CGT après une guerre des chefs qui laissera des traces en interne. Bonne chance quand même Monsieur le président...

Crédit photo : Vincent Boisot / Le Figaro
NS.jpgLa fête (internationale) du Travail est-elle de droite, de gauche ou bien a-politique ? C'est la question - la polémique - de ce début de campagne de l'entre-2 tours, depuis que Nicolas Sarkozy a eu l'idée d'organiser mardi un rassemblement place du Trocadéro pour célébrer "le vrai travail". Passons rapidement sur le quadruple opportunisme qui a poussé le président candidat à prendre une telle initiative : primo, continuer de stigmatiser "les corps intermédiaires" (CGT en tête) qui bloquent selon lui les réformes en France ; secundo, revenir sur le thème (la valeur travail) qui lui avait permis de l'emporter en 2007 ; tertio, draguer les électeurs du Front national qui a fait du 1er mai et de la célébration de Jeanne d'Arc (une icône patriotique sur laquelle Nicolas Sarkozy a déjà fait une OPA en janvier) un temps fort de communion ; et quarto, créer un nième clivage avec François Hollande sur un marqueur idéologique qui oppose depuis toujours droite et gauche.

Avant de répondre à la question, il est utile de faire quelques rappels historiques. Sauf erreur, ce sont des travailleurs américains qui ont les premiers fait, en 1884, du 1er mai une journée de revendication en réclamant le droit à une journée de... 8 heures de travail. Deux ans plus tard, l'American federation of labour (syndicat nord-américain qui s'est unifié en 1955 avec le Congrès des organisations industrielles pour former l'AFL-CIO, la principale organisation syndicale des États-Unis) pousse 350.000 travailleurs à débrayer. Prémisse à l'institution, en 1889 par la 2è internationale socialiste, de la première journée internationale de revendication des travailleurs qui se soldera deux ans plus tard, pour sa première célébration dans l'Hexagone, par une fusillade faisant à Fourmies, dans le Nord, 9 morts dont 8 adolescents, et 33 blessés. Pis, en 1941, le maréchal Pétain instaure le 1er mai comme "la fête du travail et de la concorde sociale", sur la proposition de René Belin, un ancien dirigeant de l'aile communiste de la... CGT devenu secrétaire d'État au Travail. Autant de signes (il est vrai, sélectifs) qui démontrent que les 1er mai ont toujours été historiquement connectés à la politique.

1er mai 2008.jpgNotamment en France, depuis 10 ans où la gauche a tenté de faire de chaque fête du travail un rendez-vous anti-droite. En 2002, toutes les organisations politiques s'étaient associées aux centrales syndicales pour faire du 1er mai une journée de mobilisation contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, sans que cela ne choque personne à l'époque (l'UMP naissante, comprise) à l'exception des électeurs du Front national bien entendu. Ce jour-là, entre 1 et 1,5 million de personnes avaient défilé dans les rues de France. Un record. Par la suite, le PS a toujours appelé ses militants à se joindre aux cortèges syndicaux pour s'opposer à la politique du gouvernement (réforme Fillon des retraites en 2003, premier anniversaire de l'élection de Nicolas Sarkozy en 2008, non à la crise en 2009...) et mandaté une délégation de dirigeants (des seconds couteaux) pour arpenter le bitume. En provoquant d'ailleurs régulièrement les récriminations des leaders syndicaux refusant toute récupération politique. Pis, en 2010, en plein combat contre la réforme des retraites du gouvernement Fillon, les Hollande, Aubry et consorts s'étaient fait renvoyer dans leurs 22 par Bernard Thibault (CGT) et François Chérèque (CFDT) qui leur avaient refusé de défiler à leurs côtés. Une simple photo, à un coin de rue, avait alors été négociée. Entre 195.000 et 350.000 personnes avaient cette année-là manifesté contre la réforme Woerth, dévoilée quinze jours plus tôt...

Il aurait été illusoire de croire, vu le contexte électoral cette année, que le 1er mai 2012 ne serait pas politisé tant l'opinion des différentes centrales composant l'intersyndicale est on ne peut plus explicite, toutes appelant (à des degrés divers) à mettre Nicolas Sarkozy à la retraite. Il n'y a que la CFDT (utopique, par nature) pour demander que la fête du travail soit cette année "100% syndicale", et ce même si ses sympathisants ont été les plus nombreux à voter pour François Hollande au 1er tour, selon un sondage Harris interactive publié dans Liaisons sociales quotidien. Les difficultés actuelles à s'entendre sur des mots d'ordre commun, les moins électoraux possible, le démontrent également. Il n'y a qu'à lire les derniers communiqués de la CGT, de la FSU ou de Solidaires pour s'en convaincre... Souvenons-nous enfin que la première fois que Bernard Thibault a ouvertement appelé à voter contre le chef de l'État sortant remonte au 1er mai 2011...

Nicolas Sarkozy, dans sa stratégie du "seul contre tous", a donc tout à fait le droit de récupérer lui-aussi le 1er mai pour en faire un événement électoral. La seule question qui vaille est : en fera-t-il un tournant de la campagne ? Difficile de le penser. Sans présager de l'issue, les plus grands doutes planent sur la sociologie des "vrais travailleurs" que le président candidat réunira dans une semaine au Trocadéro : des retraités, des jeunes UMP, des bourgeoises du 16è arrondissement... Pas vraiment "ceux qui travaillent dur, ceux qui sont exposés, qui souffrent" pour reprendre la définition du chef de l'État mais assurément ceux "qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille"...

Crédit photos : Jean-Christophe Marmara / Le Figaro


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NOTE BENE - J'ai commis une erreur dans ce post à propos de René Belin qui n'était pas un dirigeant de l'aile communiste de la CGT, mais l'inverse, de son aile anti-communiste. Il a même fini par être exclu de la CGT en 1944. Milles et plates excuses pour vous avoir induit en erreur.
Ne pas fâcher, ne pas trop se dévoiler, ne pas faire de fautes. Telle est la stratégie de François Hollande en cette fin de campagne pour le premier tour de la présidentielle. L'objectif est clair : limiter l'évaporation des voix pour être sur de rassembler plus de 50% des suffrages au 2ème tour. Une nouvelle preuve en est donnée ce mercredi dans le face aux lecteurs du candidat socialiste au Parisien/Aujourd'hui en France. A la question de savoir s'il conserverait le statut des intermittents du spectacle, voici ce que François Hollande a répondu : "Bien sur. Il vient à expiration en 2013. Les discussions entre partenaires sociaux seront engagées et le gouvernement y prendra toute sa part. L'intermittence fait vivre un grand nombre d'industries, pas simplement des associations. Ce statut est utile pour les bénéficiaires, mais aussi pour les employeurs qui ne pourraient pas vivre sans. Ce qui est contesté par un certain nombre de partenaires sociaux, c'est qu'il repose essentiellement sur les cotisations chômage. Il faut donc peut-être aller vers un financement plus diversifié."

FH.jpgCette réponse du peut-être futur chef de l'État est tout bonnement édifiante, du début jusqu'à la fin. Non seulement le leader socialiste (qui cherche à tout prix à ne pas perdre les voix de la culture) justifie qu'un système d'indemnisation finance l'industrie, au sens large, culturelle en lieu et place d'un investissement public en bonne et due forme. Mais il passe sous silence ses largesses, ses dérives, son coût abyssal... alors qu'il y a tant à dire. Selon les statistiques disponibles, les 105.100 intermittents du spectacle représentent 0,8 % des salariés affiliés au régime général d'assurance-chômage, 3,4 % des effectifs indemnisés mais 5,9 % des dé­penses. Les allocations versées en 2009 se sont montées à 1,3 milliard d'euros pour près de 225 millions de cotisations encaissées. Résultat ? Le déficit 2009 du régime des intermittents se monte à plus d'un milliard. Soit légèrement moins que le déficit global de l'Unedic en 2009 et un tiers de celui enregistré en 2010. Dit autrement, ce sont les allocations des 16 millions de salariés du privé affiliés qui financent le régime de 100.000 intermittents et la politique culturelle en France. Une aberration, non ? Mais une vieille lune du PS...

La Cour des comptes n'a d'ailleurs pas écrit autre chose dans son dernier rapport annuel en parlant de... "dérive massive". Selon les sages de la rue Cambon, "le déficit cumulé du régime des intermittents sur les dix dernières années s'est établi à un montant proche de l'endettement total du régime d'assurance chômage (9,1 milliards d'euros à la fin 2010)". Rien de choquant donc quand on se dit le candidat... de la justice sociale. C'est vrai, les allocations versées aux intermittents sont loin d'être "avantageuses" (indemnisation pendant 8 mois proportionnelle aux salaires perçus et au nombre d'heures travaillées pour 507 heures de cachet accumulées en 10 mois - un système 2,3 fois plus généreux que celui des intérimaires et sans commune mesure avec celui de droit commun) et la lutte contre les fraudes et les abus est efficiente (un service occupant 21 personnes qui "ne couvre pas les risques les plus forts" dixit la Cour). Surtout ne pas fâcher...

Alors que propose le candidat socialiste ? Rien, si ce n'est d'aller vers un financement plus diversifié. Lequel ? Mystère. Un financement public ? Une taxation des employeurs ? Une lutte acharnée contre la "permittence" (intermittents employés de manière permanente par un même employeur) ? Trop dangereux de répondre à ce stade, voire même après le 6 mai... François Hollande n'est en ce sens pas très éloigné de Jean-Luc Mélenchon qui propose dans son programme présidentiel d'abroger les dispositions relatives aux intermittents et de créer un "système mutualisé pérenne". La bonne affaire...

Pour la petite histoire, il n'y a que la CFDT et le patronat qui plaident aujourd'hui pour revenir sur les annexes 8 et 10 de la convention d'assurance-chômage régissant le régime des intermittents. Lors de la dernière renégociation fin 2010, la centrale dirigée par François Chérèque avait reçu recommandation des pouvoirs publics actuels (en particulier de Frédéric Mitterrand, le ministre de la Culture) de ne pas y toucher : le gouvernement n'avait aucune envie d'avoir à gérer, un an avec les élections, une grève comme celle qui avait conduit en 2003 à l'annulation de bons nombres de festivals estivaux... Dont acte de la CFDT qui voulait alors s'assurer de la signature des autres syndicats sur la reconduction de la convention actuelle. Mais, promis, craché, juré : on ne l'y reprendra plus. Si jamais les pouvoirs publics ou le patronat tentait de rogner en 2013 sur les droits de tous les chômeurs, la CFDT n'hésiterait pas à mettre les pieds dans le plat et à revenir sur le régime inique d'indemnisation des intermittents du spectacle. Paroles de Laurent Berger, le futur patron de la centrale cédétiste et négociateur en chef de la convention assurance-chômage...

Crédit photo : François Bouchon / Le Figaro
Pas un jour passe sans que le chef de l'État et le secrétaire général de la CGT ne s'invectivent. Ce vendredi matin, c'est Nicolas Sarkozy qui a lancé les hostilités. Invité de Jean-Michel Aphatie sur RTL, le président-candidat a accusé le leader de la centrale de Montreuil d'être membre du bureau politique du PCF. "Chacun le sait", a affirmé Nicolas Sarkozy. Mieux, la très violente charge à son égard de la CGT ne vient pas de l'organisation elle-même mais de "quelques permanents".

img076580-011.jpgBernard Thibault a immédiatement saisi l'opportunité qui lui était offerte par le chef de l'État pour répondre dans un communiqué ravageur. Histoire de remettre les pendules à l'heure... "Nicolas Sarkozy n'a pas hésité à utiliser le mensonge pour tenter de décrédibiliser la CGT", a fustigé le patron du premier syndicat de France, rappelant que cela fait plus de dix ans qu'il ne siège plus dans une instance de direction d'un parti politique. Ce qui est vrai : c'est même lui qui a coupé les liens, du moins officiellement, avec le PCF... Et le patron de la CGT d'en remettre une couche : "Plombé par un bilan calamiteux et en difficulté pour faire adhérer à son projet d'austérité et de régression sociale et à la droitisation de son discours, Nicolas Sarkozy tente à travers le mensonge de ressusciter la peur du rouge. Cette attitude vis-à-vis du premier syndicat du pays n'est pas digne du président de la République d'un pays démocratique." Qu'il est loin le temps de l'idylle, quand tous deux trinquaient à l'Élysée après une bonne réunion de travail ou après s'être entendus pour trouver une sortie honorable au conflit sur la réforme des régimes spéciaux de retraite...

1 partout, la balle au centre. A ceci près que Nicolas Sarkozy fait sciemment une erreur d'analyse en attribuant à quelques permanents l'anti-sarkozysme ambiant à la CGT. Non, le rejet du président y est global, massif et extrêmement profond. Il n'y a qu'à se rendre à un meeting, une réunion d'une section ou d'une fédération de la CGT pour s'en rendre compte. L'anti-sarkozysme est devenu un puissant ciment en interne, probablement le plus fort jamais vu depuis des années malgré l'actuelle guerre des chefs qui a lieu pour la succession de Bernard Thibault.

Un récent sondage publié par Liaisons sociales indiquait d'ailleurs que neuf sympathisants sur dix de la CGT votaient à gauche, le plus important taux de toutes les centrales syndicales. Un résultat antérieur à la guerre de tranchées que se livrent maintenant depuis des mois Bernard Thibault et Nicolas Sarkozy. Nul doute qu'il doit dorénavant frôler les 100%, la charge contre les "corps intermédiaires" et la CGT - qui le lui rend bien et l'a bien cherché en décidant de s'impliquer à fond dans la campagne électorale tout en clamant, faussement, sa neutralité - du président candidat étant très mal vécue en interne. Et ce sans compter la très forte séduction que Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de gauche, opère auprès des adhérents et des militants de la centrale syndicale, complètement acquis à sa cause. Je ne sais pas vous mais je ne donne pas cher de leur relation à tous deux et plus généralement du dialogue social si jamais Nicolas Sarkozy est réélu le 6 mai. Suite, une nouvelle fois, au prochain épisode...

Crédit photo : Paul Delort / Le Figaro (29 mai 2007, après une rencontre à l'Élysée)

À propos de ce blog

Les questions sociales, en constante évolution, sont complexes et difficiles à décrypter pour un non-initié. Et pourtant le social, comme l’économie, est au cœur de tout : de la vie des entreprises, des relations politiques, du dialogue syndicats/patronat, de la mondialisation, du quotidien des gens. Bref, au cœur de la vie.

Comprendre le social, c’est donc une nécessité si l’on veut saisir le monde dans lequel on évolue. Décrypter ses jeux de rôle, analyser ses non-dits, révéler ses supercheries ou décomposer ses coups bas en fait également partie. C’est ce que je vous propose de faire dans ce blog intitulé « Les dessous du social ».

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