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Analyse. « Hollande a su capter l'héritage du centre droit »

Brice Teinturier, directeur général délégué de l'institut de sondage Ipsos, tire les enseignements de la présidentielle et des législatives.
Brice Teinturier, directeur général délégué de l'institut de sondage Ipsos, tire les enseignements de la présidentielle et des législatives.
Reuters

Brice Teinturier, directeur général délégué de l'institut de sondage Ipsos, revient sur cette longue séquence électorale qui a donné la majorité à François Hollande et au PS.

Qui sont les abstentionnistes ?

Au second tour des législatives, 64 % des jeunes n'ont pas voté, contre 27 % des plus de 60 ans. Plus vous êtes aisé, plus vous votez : 61 % des foyers qui gagnent moins de 1 200 ? se sont abstenus, contre 39 % de ceux qui gagnent plus de 4 500 ?. Au plan politique, les électeurs de François Bayrou et, surtout, ceux de Marine Le Pen ne se sont pas déplacés.

Quelle est la principale leçonde cette séquence électorale ?

Le pays est plus divisé que jamais. Avec des fractures territoriales, sociologiques, liées aux revenus, à l'âge. J'ajoute des fractures idéologiques, au point que je perçois une forme de ressentiment dans le pays : à l'égard des « assistés », des immigrés, des riches, etc. La France est fracturée entre un bloc très à droite, un autre très à gauche et un grand bloc qui pense que c'est à l'intérieur de la mondialisation que le pays pourra s'en sortir.

Comment expliquez-vous cette carte rose à l'Ouest ?

L'espace du centre droit a été progressivement incorporé par Hollande. C'est lié, d'une part, à l'itinéraire de François Bayrou qui l'a conduit à faire d'une formation de centre droit, un parti « ni à droite ni à gauche ». Et, d'autre part, au refus de Jean-Louis Borloo d'incarner cette famille.

Les démocrates chrétiens auraient-ils voté à gauche dès le premier tour de la présidentielle ?

On peut le penser. Le vote de centre droit, faute d'être incarné, est de moins en moins présent. En revanche, le vote socialiste a progressé dans tout l'Ouest. Nicolas Sarkozy a développé des propositions qui n'étaient pas dans la sensibilité première de ce centre droit, attaché à la relation à l'autre, à la tolérance... Tout cet héritage-là s'est retrouvé disponible et c'est le candidat Hollande qui a su le capter en faisant une campagne plutôt de centre gauche.

L'UMP a-t-elle commis une erreur de stratégie ?

Elle ne pouvait pas adopter une autre position que le « ni-ni ». L'UMP est un peu piégée. Son erreur, c'est de ne pas avoir assez équilibré son discours. On a eu le sentiment qu'une des composantes avait été oubliée. Du coup, on déportait le centre de gravité de la droite trop en direction de cet enjeu : comment faire revenir les électeurs tentés par le FN ?

Comment le centre peut-il se reconstruire ?

Le centre de Bayrou, qui a voulu dépasser le clivage gauche droite, me semble extrêmement difficile à mettre en oeuvre compte tenu de la contrainte institutionnelle. Le centre droit, tel qu'il est censé exister au sein de l'UMP, a deux possibilités. Soit de s'organiser au sein de l'UMP et de peser sur les choix. Soit il se crée de manière autonome. Ce qui a été l'objectif du Nouveau centre, mais il faut qu'il pointe davantage ses divergences avec l'UMP.

Et le FN à l'Assemblée ?

C'est plus qu'un symbole. Son entrée au Parlement va lui donner une tribune, une fonction d'opposition... ou de rapprochement avec l'UMP. C'est aussi l'occasion de faire apparaître des figures nouvelles. Même si, sur le fond, un point essentiel différencie le FN de tous les autres partis : c'est la seule formation qui considère que l'immigration est la cause de pratiquement tous les problèmes en France. L'UMP devra se positionner par rapport à cette question.

Recueilli par François VERCELLETTO.

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