My Bielaroussy (Nous, Biélorusses)

Mes origines biélorusses que je dois à ma mère, née dans un authentique village paysan de la région de Moguilev, n’ont jamais eu pour moi de signification identitaire. Même si dans mon ancien passeport qui comportait encore la rubrique «nationalité» (национальность, comprendre comme «origine ethnique»), supprimée depuis, j’étais inscrite comme telle.

Je me souviens d’une seule fois où je suis allée en Biélorussie chez ma grand-mère, je devais avoir 8 ans. Babouchka Nastia avait des brebis, des oies, des poules et un cochon, elle cultivait tout le nécessaire sur son terrain, et dans sa petite isba la cuisine se faisait dans un poêle de masse, sur lequel on pouvait aussi dormir..

«Nous, Biélorusses, un peuple pacifiste..», je ne connais que cette première ligne de l'hymne biélorusse, grâce à ma fille qui s'y est intéressée un jour. Mais en y pensant je repense tout de suite, au contraire, à la guerre, et à la Forteresse de Brest, située à la frontière biélorusso-polonaise, la première à être attaquée par les Allemands en 1941 et à s'être héroïquement défendue.. Des rares repères que j’ai par rapport à ce pays proche et méconnu en même temps..

J'ai été étonnée quand il y a quelques année on m'a parlé de la Biélorussie comme d'un pays à visiter. Il paraît que le mélange de la nature, du patrimoine historico-architectural et de l’ambiance unique et dépaysante qui règne dans ce «pays-frère» resté à l'abri du consumérisme à l'occidentale, est tout simplement enchanteur pour notre sensibilité russe.

Quand la semaine dernière dans la foule serrée d'une soirée russe à Paris je me retrouve aux côtés du nouvel ambassadeur de Biélorussie en France Pavel Latushka, le sujet de conversation est tout trouvé. J’apprends entre autres qu’on ne parle pratiquement que le russe là-bas, qu'il y reste des châteaux de la période lituano-polonaise que la Biélorussie est en train de restaurer massivement, que Marc Chagall est originaire de Vitebsk, que l’art moderne n’y a pas beaucoup de succès, et qu’on pourrait qualifier le sentiment des Biélorusses pour leur président depuis 20 ans Alexandre Loukachenko comme une «habitude bienveillante».. Ancien ambassadeur en Pologne et ancien ministre de la culture, Pavel Latushka vient tout juste de remettre à François Hollande ses lettres de créance. «Je lui ai montré une photo de François Mitterrand en visite à Minsk et lui a dit : «Monsieur le Président, cette photo date d’il y a 40 ans, et moi-même j’ai 40 ans..», et François Hollande a fini ma phrase : «Vous ne voulez donc pas attendre encore 40 ans pour qu’un président français vienne chez vous!»», me raconte-il.

Avec ses relations plus que tendues avec l’Occident, victime de sanctions économiques et de visa, le président biélorusse n’a pas besoin de grandes ambassades, et le corps diplomatique biélorusse en France compte seulement 9 diplomates. Le principal partenaire de la Biélorussie (officièlement - Bélarus) reste la Russie, et les deux pays forment même officiellement depuis presque 15 ans un état d’union qui prévoit une intégration économique et politique progressive. Mais je pense qu'il y en a qui ne le savent même pas, car cet état n'avance pas beaucoup et reste plutôt un état-fantôme.. Heureusement le couloir spécial «pour les citoyens de l’Etat d’union Russie-Biélorussie» au contrôle aux frontières à l'aéroport Cheremetievo à Moscou, telle la seule preuve tangible de son existence, est là pour nous rafraichir la mémoire de temps en temps…

Photo: Une femme sème du blé dans un champ près de sa maison dans un village de la région de Grodno. © RIA Novosti.

Lire aussi: «Le Bélarus, le plaisir de la découverte» par Yannick Harrel.
Et découvrir: l'Association Rhône Bourgogne Biélorussie.

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Kiosque du 16 septembre

Après une nouvelle absence de plusieurs mois, j'ai été dimanche sur le plateau de Kiosque, où nous parlions, entre autres, des violentes réactions dans le monde arabe à la suite de la diffusion sur internet d'un extrait de Innocence of muslims.

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Le trotskisme et les différences culturelles

En dépit de mon poste à RIA Novosti, je me suis toujours intéressée assez peu à la politique, au fond. J’ai toujours trouvé, pour me justifier, qu'elle avait une place moins importante dans la société russe en général, le caractère jeune de notre système politique et notre mentalité en étant des explications possibles. Le débat politique français me paraissait souvent inutilement verbeux, et sa place médiatique exagérée.

Le mouvement de protestations en Russie à la suite des législatives de décembre dernier, puis la campagne présidentielle en France ont pu avoir sur moi un effet nouveau. L’actualité politique m’intéressait enfin, un peu... La rencontre sur un plateau télé avec la candidate de Lutte Ouvrière Nathalie Arthaud y est sans doute également pour quelque chose...

Quand en février dernier on m’a proposé de l’interviewer, je ne devais pas avoir trop l’air de la connaitre... « Mais tu sais Alexandra, c’est un parti trotskiste, et c’est une candidate qui a succédé à Arlette Laguiller », précisait au téléphone Sylvie Braibant de TV5Monde pour m’aider à me situer. J'ai instantanément eu un flashback...

Retour en 1999-2000. Je suis étudiante de la deuxième année au MGIMO. Notre jeune professeur de français Julia Balych nous apprend à un des cours qu’il y a en France des adeptes des idées de Léon Trotsky, des « trotskistes » !, et que c’est quelque chose qui y est assez connu. Je suis très impressionnée. Du programme d’histoire scolaire je me souviens principalement d’une lutte entre Trotsky et Staline pour la succession à Lénine et de la victoire de Staline dans celle-ci. Mais le nom de Trotsky appartient pour moi définitivement au passé, et le fait qu’il ait été à l’origine d’un mouvement politique, d’une part, et que ce mouvement existe aujourd’hui dans un pays occidental, de l'autre, est une vraie découverte!…

Mes compatriotes plus âgés me diront qu’ils ont appris un peu plus que ça quand même sur le trotskisme pendant leurs études supérieures. Toujours est-il que pour ma génération le terme-même de « trotskisme » en tant que mouvement politique organisé est largement méconnu.

Julia Balych me racontera aujourd'hui que c’est en 1992, à l’âge de 15 ans, grâce à la rencontre à Moscou avec un groupe de résistants et déportés français venus participer à une conférence sur les Goulags qu’elle apprendra l’existence du trotskisme en France quant à elle. Ces vieux hommes et femmes qui « se sont avérés le fleuron de la France » vont se prendre de sympathie pour leur jeune interprète bénévole. « En une semaine auprès d’eux j’ai appris plus que durant toutes les années d’école»... C’est Jean-René Chauvin, auteur de «Trotskiste dans l'enfer nazi», trotskiste convaincu jusqu'à sa mort en 2011, qui lui parlera du trotskisme. Par la suite, Julia gardera avec eux le contact le plus chaleureux, ils l’accueilleront plusieurs fois en France... « Je n’en reviens toujours pas que j’aie eu une telle chance dans la vie.. C’est à ces gens que je dois tous mes liens avec la France, et toute ma carrière professionnelle.. ».

Quant à moi, l’épisode du MGIMO ne m’a pas vraiment amenée à l’époque à approfondir le sujet, et ce n’est donc que 12 ans plus tard que je vais découvrir le trotskisme d’aujourd’hui de près en me rendant tout d'abord sur le site de Lutte Ouvrière. J’y retrouve un vocabulaire oublié: les classes exploitées, la bourgeoisie, la révolution mondiale, le communisme... Ces mots, employés aujourd’hui dans le programme politique d’un parti dont la candidate a pu recueillir en 21e siècle presque 6 pour cent des voix à une élection présidentielle (Arlette Laguiller en 2002), sonnent pour moi assez improbables.. Je suis comme captivée. On se sent en dehors du temps et de l’espace. Une société juste, égalitaire, un monde sans états ni frontières…, l’image est oubliée, mais n’en est pas moins belle !...

Sur le plateau de TV5Monde je découvre une jeune femme moderne, touchante, convaincue. «Communiste révolutionnaire», précise-t-elle. J’ai beaucoup de questions à poser à Nathalie Arthaud ! Mais je n’en aurai finalement que deux…

Le lendemain les étudiants de la cinquième année de Julia Balych au MGIMO vont eux-aussi être éclairés, avec mon interview de Nathalie Arthaud comme support pédagogique : eh oui, il y a des trotskistes en France ! …

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Photo: dans les coulisses de France2012 avec Nathalie Arthaud et Pierre Marlet, TV5Monde, le 29 fevrier 2012. DR.

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Kiosque du 25 septembre

La Palestine, la crise économique, l'affaire Karachi, Poutine-Medvedev, l’allégeance aux armes - au menu du dernier épisode de Kiosque (avec Deborah Berlinck - O Globo (Brésil), Ana Navaro Pedro - Visao (Portugal), Joav Toker - Koteret (Israël), Ahmed Youssef - Al Ahram hebdo (Egypte) et moi-même).

 

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Youri Gagarine, une révolution

« Le 12 avril 1961 L’Union soviétique a mis sur l’orbite autour de la Terre le premier vaisseau spatial au monde Vostok avec un homme à bord. Continuer la lecture

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С Новым годом!

C’est naturellement avec le Père Gel et le sapin (de Nouvel An !), symboles pour tous les Russes de l’arrivée de la Nouvelle Année, que RIA Novosti vous présente ses meilleurs vœux. Continuer la lecture

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Russie-France: projets dans les hautes technologies – point presse le 31 mai

Le premier-ministre russe Vladimir Poutine arrive en France le 11 juin prochain pour, notamment, inaugurer l'Exposition nationale russe (Grand Palais, 11-15 juin). Continuer la lecture

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Photo: Yuri Bashmet au Club de la presse de RIA Novosti le 10 avril 2010. DR.

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Photo: A ma droite - Evgueni Bounimovitch, à ma gauche - Lev Rubinstein, Paris, le 17 mars 2010. © DR

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France-Russie 2010

L'Année de la Russie en France et l'Année de la France en Russie devaient initialement se suivre, comme cela se fait d'habitude. Continuer la lecture

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Vladimir Poutine en France: Actualités de RIA Novosti-Paris

Le premier ministre russe Vladimir Poutine est attendu en France les 26-27 novembre prochains. Continuer la lecture

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Kiosque du 18 octobre

Le retour des bonus à Wall street, le Pakistan face aux attentats, la faim dans le monde, la visite de Vladimir Poutine en Chine, 100 ans des services secrets britanniques, la polémique autour de Jean Sarkozy, - sur le plateau de Kiosque (TV5) on commente l'actualité de la semaine écoulée.

Participants: Zyad Limam - Afrique magazine, Christian Rioux - Le Devoir (Canada), Louis Keumayou - Le Messager (Cameroun), Vaiju Naravane - The Hindu (Inde), et moi-même. Présentation: Philippe Dessaint.

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Un aperçu du nouveau site (merci pour votre aide!)

Le nouveau site français de RIA Novosti ne sera finalement pas identique au russe ni à l'anglais, mais aura sa propre formule, plus adaptée aux goûts du public français. Continuer la lecture

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Aidez-nous à améliorer le site de RIA Novosti!

Il était temps. Après les sites en russe et en anglais, c'est le tour du site de RIA Novosti en français d'adopter une nouvelle formule pour mieux répondre aux besoins de nos lecteurs. Continuer la lecture

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Kiosque du 7 juin

L'adresse de Barack Obama au monde musulman au Caire, les élections législatives au Liban, les élections européennes, le 65ème anniversaire du débarquement des alliés en Normandie, la disparition de l'avion de Air France, 20 ans de l'insurrection de la place Tiananmen - sur le plateau de Kiosque nous commentons l'actualité de la semaine écoulée (Ruolin Zheng - Chine, Antoine Sfeir - Liban, Axel Crause - Etats Unis, Fernando Eichenberg - Brésil et moi-même).

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Nous avons tout fait pour nous en rapprocher

Le Jour de la Victoire, le 9 mai en Russie, est de loin la fête la plus chère à toutes les générations des Russes. Elle marque pour nous la victoire dans ce qu'on appelle La Grande Guerre patriotique, la guerre la plus lourde et la plus meurtrière que la Russie ait jamais connue, et qui a opposé l'Allemagne nazie et l'URSS pendant la Seconde guerre mondiale suite à l'invasion du territoire de l'URSS par Hitler en juin 1941.

L'exploit du peuple soviétique, sur le front comme à l'arrière, qui, au prix de plus de 26 millions de morts dont près de 9 millions de soldats, et grâce à un élan patriotique sans précédent, a (nous en sommes convaincus) joué le rôle principal dans la défaite du fascisme, constitue peut-être le dénominateur commun le plus fort et l'élément le plus important de notre fierté nationale. L'héroïsme massif inouï dont les soviétiques ont fait preuve pendant ces 4 années de guerre nous bouleverse toujours autant, nous touche profondément et nous fait pleurer (oui!) tous les 9 mai en regardant, dès le matin, des images documentaires et des vieux films soviétiques consacrés à ces événements déjà lointains. "Le Jour de la Victoire, comme il était loin de nous... Ce jour, nous avons tout fait pour nous en rapprocher...", la célèbre chanson "Den' pobédy" (Le Jour de la Victoire), sur toutes les radios le 9 mai, avec sa consonance qui peut paraître démodée et naïve, voire risible à des non-Russes tellement elle est « soviétique », on la prend au sérieux, nous, et elle nous donne le frisson.

"Si les Russes veulent la guerre Demandez-le au silence... Demandez-le aux soldats qui gisent sous les bouleaux...", celle-ci aussi, comme bien d'autres encore...

La bataille de Moscou en 1941, la première défaite d'Hitler en Europe, la bataille de Stalingrad en 1943, la plus sanglante de toutes et la plus dévastatrice - "le tournant décisif" de la Seconde Guerre mondial en Europe avec le début du retrait interrompu de Werhmarcht jusqu'à la reddition allemande, puis celle de Koursk en 1943, tout autant décisive... En terme d'ampleur des hostilités et de forces allemandes employées (près des 3/4 en 1941-42, puis près des 2/3 de la totalité des troupes), c'est le Front de l'Est qui a pris le coup le plus dur, lit-on dans nos manuels d'histoire. Et même si on en prend d'avant la pérestroika, ce chapitre, intitulé "Le rôle historique de l'URSS dans la victoire sur le fascisme" ne nous semble pas du tout exagéré, en dépit d'un certain excès de l'idéologie... Les pertes infligées à Werhmarcht par l'Armée Rouge représentent quant à elles les 2/3 de toutes les pertes des Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale...

En cette fin d'avril 2005, à la veille du 60ème anniversaire de la Victoire, évènement que la Russie allait célebrer avec un défilé militaire particulièrement impressionnant en présence d'une soixantaine de dirigeants du monde entier dont Georges Bush et Jacques Chirac, je me trouvais à Volgograd (ancienne Stalingrad) à l'occasion d'un petit voyage de presse. Dans cette ville sur la Volga, littéralement rasée de la terre à l'issue de 200 jours de bataille effroyable, tout respire le souvenir de la guerre. La colline Mamaiev, dominée par la sculpture majestueuse de la Mère patrie, haute de 80 mètres - lieu près duquel la bataille de Stalingrad a prit fin le 2 février 1943; la maison Pavlov, un important point défensif tactique, où, entièrement encerclés, quatre combattants russes ont repoussé les attaques de l'ennemi pendant 58 jours jusqu' à l'arrivée de renforts; le Magasin universel central, dans les sous-sols duquel le 31 janvier 1943, deux jours avant la fin de la bataille de Stalingrad, le général feldmarechal Friedrich von Paulus, commandant en chef du groupe d'armées allemandes Sud, a été fait prisonnier avec 23 autres généraux ennemis... 

"Quelque chose relie les rives de la Volga et les plages de Normandie, la Bataille de Russie et la Campagne de France. Quelque chose qui nous a allégés d'un grand poids et pèse sur nos épaules. Nous sommes les petits-enfants des sables d'Omaha Beach et des rues de Stalingrad", écrira, à l'issue de ce voyage, un confrère d'Ouest France...

Vidéo: "Tyomnaya notch" (La nuit noire), la chanson du film "Deux combattants" (1943):

La nuit noire Les balles sifflent sur la steppe
Le vent souffle bruyamment dans les fils Les étoiles brillent d'une lueur pâle
Dans la nuit noire je sais que toi, ma chérie, tu ne dors pas
Et que près du petit lit d'enfant tu essuies discrètement une larme
Comme j'aime la profondeur de tes yeux caressants
Comme je voudrais poser maintenant mes lèvres sur eux
La nuit noire nous sépare, ma chérie
Et la steppe noire inquiétante s'est glissée entre nous

Je crois en toi ma belle amie
Et c'est cette foi en toi qui me protège des balles en cette nuit noire
Pour ma plus grande joie je suis calme dans ce combat mortel
Je sais que tu accepteras avec amour mon destin, quel qu'il soit
La mort ne me fait pas peur Je l'ai côtoyée maintes fois dans la steppe
Et voilà qu'elle tournoie à présent au-dessus de moi
Tu m'attends et près du petit lit d'enfant tu ne dors pas
C'est pour cela que je sais qu'il ne m'arrivera rien

(Traduction des paroles du russe: Alain Slimane, RIA Novosti)

Album photo

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A l’approche de Pâques (orthodoxe)

Hilarion, évêque de Vienne et d'Autriche de l'Eglise orthodoxe russe

Il faut absolument s'adresser à lui par "Vladyka", prévenait Denis, un collègue de RIA Novosti à Moscou, plutôt futé dans ces questions-là, en me donnant les coordonnés d'Hilarion, évêque de Vienne et d'Autriche de l'Eglise orthodoxe russe. "Vladyka" provient du verbe russe "vladet'" - qui veut dire "posséder", "dominer", "être maître de", et sonne peut-être encore plus fort que Monseigneur en français.. Cela fait un peu bizarre d'appeler quelqu'un ainsi, mais j'y arriverai quand-même.. C'était il y a deux mois, Hilarion participait à Paris à une conférence de presse qu'on organisait à l'occasion de l'élection du nouveau patriarche à la tête de l'Eglise orthodoxe russe "Quelle Eglise orthodoxe russe avec le patriarche Kiril?". 

Après des décennies d'oppression la foi religieuse est aujourd'hui de retour en Russie. De mille monastères de la Russie tsariste il ne restait que dix-huit à l'époque soviétique, on en compte auojourd'hui près de huit cents. Les Russes étant majoritairement orthodoxes (près de 80% se diraient tels), même si on est un pays multiconfessionnel c'est l'Eglise orthodoxe qui est la plus présente dans la vie de la société russe. Le pouvoir semble lui accorder une place de choix. "Celle-ci est considérée comme une des clefs de cette « identité nationale » en cours d'élaboration depuis l'effondrement de l'empire soviétique il y a une vingtaine d'années. Le Kremlin cherche ouvertement à s'appuyer sur l'Eglise pour se démarquer de l'Occident, de son sécularisme et de ses idéaux de démocratie libérale", analysait à l'époque le Monde.

Dans ce studio sur les Champs Elysés, l'air discret, le calme-même, s'exprimant dans un français excellent même si avec un certain accent, vladyka Hilarion parlait d'une "symphonie" nécessaire entre l'Etat et l'Eglise, tout en soulignant le principe de la non-ingérence dans leurs affaires respectives. Il nommait parmi les objectifs principaux du nouveau patriarche l'élargissement de la présence de l'Eglise à tous les niveaux de la vie de la société. "Nous ne sommes pas d'accord avec l'avis selon lequel la religion serait une affaire strictement personnelle, et que les hommes politiques ne devraient pas afficher ouvertement le fait d'être chrétiens", disait Hilarion. Cet avis ne semble de toute façon pas peser sur les premiers numéros du pouvoir russe, et on peut voir le président et le premier ministre à la télé participant publiquement aux cérémonies religieuses importantes, telle l'intronisation de Kirill en février dernier, les verrons-nous sans doute également à la Cathédrale Saint-Sauveur à Moscou dimanche prochain, à l'occasion de Pâques orthodoxe.

Célèbre théologien, auteur a 43 ans de 300 publications dont 30 livres, Hilarion vient de quitter son diocèse de Vienne, qu'il a dirigé pendant six ans, comme celui de Budapest dont il était responsable également, aussi bien que son poste de représentant de l'Eglise orthodoxe russe auprès des institutions européennes à Bruxelles. Le Saint-Synode de l'Eglise orthodoxe russe réuni il y a dix jours, l'a nommé le chef du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, ce même poste qu'avait occupé pendant 20 ans celui qui est aujourd'hui le patriarche Kirill. D'autres changements ont résulté de cette première, depuis l'élection de Kirill, réunion de l'organe suprême de l'Eglise orthodoxe russe. "Les changements structurels les plus importants depuis les derniers temps", commente Hilarion. "Une perestroika complète de toute la structure de la haute pouvoir de l'église", analyse Andrei Zolotov sur RIA Novosti.

D'une manière générale la direction de l'Eglise devrait devenir plus efficace et aussi plus contrôlable pour le patriarche. Parmi les nouveautés - un département à part est créé pour s'occuper de la communication de l'Eglise, avec un laique à sa tête. Rédacteur en chef d'un magazine populaire orthodoxe et mon ancien professeur à MGIMO, Vladimir Legoida compte mettre en place une politique unie de communication de toute l'église, jusqu'au présent partagée entre différentes structures qui la menaient chacune dans son domaine.

Côté missionnaire, Hilarion déclare aujourd'hui la nécessité d'une approche plus active, en particulier auprès des jeunes. "Les missionnaires de l'Eglise orthodoxe russe doivent utiliser toutes les occasions pour prêcher auprès des jeunes, y compris dans des discothèque et des concerts de rock", cite ses propos RIA Novosti...

Photo: Hilarion, à Paris, le 13 février 2009. © DR.

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Femmes dans les médias: leadership reporté?

© DR

J'ai un honneur immense de remplacer le rédactrice en chef de RIA Novosti Svetlana Mironiouk au Festival international du journalisme à Pérouse, en Italie, ou je vais participer le 4 avril prochain à une table ronde sur le thème "Femmes dans les médias, leadership reporté?". Je n'y avais jamais réfléchi avant, mais le sujet m'a tout de suite intéressée, d'autant plus que ce leadership n'est pas du tout "reporté" à RIA Novosti, qui a bien une femme à sa tête. Pour enrichir mes propres idées, je lance un appel à tous ceux qui se trouveront sur ce blog: faites-moi savoir qu'est-ce vous en pensez vous-mêmes?

Pourquoi en effet il n'y a pas beaucoup de femmes à la tête des grands médias en Europe?.. Est-ce qu'à votre avis le secteur des médias devrait être considéré comme un cas à part dans ce contexte-là, ou est-ce que c'est un problème général?.. Est-ce d'ailleurs un problème?.. Une fois dirigeantes, est-ce que les femmes apportent quelque chose de différent dans le traitement d'informations et d'actualités?... Qu'est-ce vous pouvez dire encore à ce sujet?.. Tous vos commentaires me seront très précieux et je vous en remercie d'avance.

Photo: © DR.

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Aidez-moi, pour Lisa

Elise André, en novembre 2008. © DR. Mise à disposition par J.-M. André.

L'enlèvement le vendredi dernier de la petite Elise a attiré autant d'attention en Russie qu'en France. Une semaine s'est écoulée depuis, mais la fillette de trois ans et demie née d'un père français et d'une mère russe n'est toujours pas retrouvée. On ne sait pas non plus où se trouve sa mère, Irina Belenkaya, qui est supposée d'être à l'origine de cet enlèvement violent, dont le visage de Jean-Michel André, le père, porte des traces évocatrices... La mission qu'on me confiait mardi n'était pas facile, mais s'est avérée possible, et une conférence de presse vidéo de Jean-Michel André, en duplex depuis Paris, pour les médias russes a fait salle pleine à RIA Novosti à Moscou aujourd'hui...

Il ne demande pas l'impossible. Il veut juste que la petite Lisa ait son père. "Je n'ai jamais souhaité que Lisa passe tout son temps avec moi... Elle a du sang qui va du Caucase jusqu'au Gibraltar, elle peut très bien grandir entre la France et la Russie.. Ce que je demande c'est tellement légitime, c'est tellement évident".

A ce moment-là on ne comprend vraiment pas le comportement d'Irina Belenkaya, si c'est bien elle qui a enlevé la petite. Pourquoi d'abord cette violance? "Je n'ai pas crié avant que la portière de la voiture ne se referme pour ne pas traumatiser Lisa", dit le père, qui a dû être hospitalisé après les coups des ravisseurs. Et puis pourquoi vouloir priver le père de sa propre fille? Il est vrai que la législation russe en terme du divorce, qui date de l'époque de l'URSS, quand on vivait dans un système où tout le monde était "égal" sur le plan materiel, confie d'habitude la garde des enfants communs à la mère. Dans notre mentalité c'est presque automatique: c'est la mère qui élève les enfants. Mais même si on suit cette logique, élever ne veut pourtant pas dire usurper, et comment comprendre ce message qu'Irina aurait envoyé à son ex-mari un de ses jours: oublis-la?.. Ne savons-nous pas quelque chose? Il faudrait écouter sa version à elle... A la télé russe Irina laissait entendre un jour que l'amour de son ex-époux envers l'enfant n'aurait rien d'un amour d'un père, mais s'expliquerait par d'autres sentiments, moins sains...

"Elle a décidé que Lisa lui appartient, comme avec sa première fille, Sacha", dit Jean-Michel André. "Elle est folle, elle n'est pas normale". Dans la voiture, après la conférence de presse, il décrit son ex-femme comme une femme traumatisée dans son enfance, par un homme.., et pour laquelle "les hommes c'est mal, mais ça se manipule". Lui qui n'a rien dit de mal sur Irina pendent la conférence, dans la voiture devient plus éloquent et va jusqu'à livrer des détails plutôt intimes sur son image morale... Bizarre... Elle n'aimerait d'ailleurs sa fille qu'avec des mots et des câlins, et pas au fond. "Je pense que Lisa, et sa première fille aussi, elle ne les a fait que porter"...

"Monsieur le president, Monsieur le premier-ministre, aidez-moi, pour Lisa", - Jean-Michel André renoncera finalement à prononcer cette petite phrase, en russe, devant les journalistes et les caméras, réunis dans la salle de presse de RIA Novosti à Moscou - "C'est trop tôt". Il demandera de l'aide à tous les russes: "Je voudrais vraiment être rassuré, si vous la voyez, faites-le savoir!".  Un message à son ex-épouse? "Qu'elle pense à Lise"...

Voir un extrait de la conférence

Photo: La petite Elise, en novembre 2008. © DR. Mise à disposition par J.-M. André.

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Patricia, qu’elle gagne ou non

Patricia Kaas en concert à Annecy avec son show Kabaret, le 21 mars 2009. © DR

Le phénomène Kaas est né en Russie quand notre pays s'appelait encore l'URSS. J'ai un souvenir très clair de ce soir de 1991, où j'étais devant la télé, avec ma mère, à regarder "un évènement": un grand concert de Patricia Kaas à Moscou retransmis en direct, dans toute la Russie. "J'étais assez surprise quand on m'avait demandé à l'époque si je voulais faire un concert à Moscou. Je m'étais dit : "bon, qui va venir me voir" ? Et en fait... ", - ils sont venus 16000, tous les 4 soirs... Aujourd'hui le public russe est toujours inconditionnel de Patricia Kaas. Après Charles Aznavour, Mireille Mathieu, Joe Dassin, elle est la dernière dans cette lignée, et après Patricia Kaas, on ne connaît plus de noms de chanteurs français en Russie, résume, à juste titre, un chroniqueur à la radio Echo de Moscou.

Faire l'interview de Patricia Kaas à l'occasion de sa participation à l'Eurovision, le 16 mai prochain à Moscou, ce n'était donc pas une idée qui nous ait demandé beaucoup de créativité... L'annonce de sa participation au concours en janvier dernier en a surpris plus d'un en Russie: pourquoi elle y va en effet, elle qui est une chanteuse confirmée, avec 16 millions de disques vendus dans le monde entier?... Oui, je suis prête à me déplacer... Annecy?.. Très bien, cela me va tout à fait...

Dix-huit ans après le premier concert télévisé de Patricia Kaas à Moscou, c'est une découverte qui m'attend ce soir-là à Annecy. Je ne me suis en fait jamais intéressée à la personnalité de cette artiste, et à part encore un concert, un vrai, à Paris, il y a quatre ans, je ne l'ai vraiment pas vue sur scène... Je ne la connaissais que par sa voix superbe et par ces quelques chansons que m'offrait l'unique CD de Patricia Kaas en ma possession - "The best of", les chansons qui me parlaient tant... Je m'étais fait d'elle une certaine idée pourtant. Pourquoi est-ce que je m'avais imaginé une femme un peu tragique, une chanteuse un peu "figée"?...

Pendant que je médite en attendant la foule se disperser après le spectacle, un groupe de trois jeunes femmes s'en distingue, elles ont un bouquet énorme de roses blanches et semblent chercher quelqu'un. Elles parlent... le russe. Cyril Prieur, le manager de Patricia Kaas depuis 22 ans et l'objet de leur quête, ne les voit pas pour la première fois. Deux d'entre elles sont venues de Russie. Moi? Je suis venue de Paris, je suis journaliste... "Journaliste? J'ai une chose à demander à vous tous", me dit la plus jeune des trois. "Pourquoi quand Patricia vient, tout le monde se précipite pour la voir, mais après, on n'en voit que quelques lignes dans les médias? S'il vous plaît, écrivez un peu plus sur elle!"... C'est chose faite, j'espère que l'interview de son idol sur RIA Novosti ne la décevra pas... C'est en tout cas le cas de ma rédaction, et on me félicite avec cette première interview écrite de la chanteuse à un média russe après l'annonce de sa participation à l'Eurovision. On voudrait également que ce soit à RIA Novosti que Patricia Kaas fasse sa conférence de presse à Moscou, en mai. OK, je vais essayer de voir avec eux. Après le final alors? Si elle gagne?.. Même si je me suis permis ce petit doute, la réponse de mon rédacteur en chef adjoint, Serguey Vykhoukholev, ne me surprend pas vraiment: "On sera heureux d'accueillir Patricia quand elle le souhaite, avant ou après le final, qu'elle gagne ou non"...

Photo: Patricia Kaas en concert à Annecy avec son show Kabaret, le 21 mars 2009. © DR

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Kiosque du 15 mars

Les tueries en Allemagne et aux Etats-Unis, l'affaire Madoff et la crise économique, 50 ans de l'insurrection au Tibet, le dixième anniversaire de l'entrée des premiers pays de l'Est à l'Otan... autant de sujets d'actualité qui ont marqué la semaine écoulée et que nous commentons, nous quelques journalistes en poste à Paris (un français, un américain, un brésilien, une polonaise et moi-même) dans cette édition du Kiosque du 15 mars.

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Le 8 mars

Le 8 mars 2008, à Moscou, © DR

“C’est le seul jour de l’année où toutes les femmes sont heureuses…” - dans mon petit essai sur les principales fêtes en Russie, un devoir du français à ma première année d’études, le 8 mars occupait une place de choix. Mais le lecteur français ne comprendra pas l’humour que contenait mon oeuvre sans être familier avec les usages de fêter le 8 mars propres à la société russe. Véritable institution populaire, en Russie le 8 mars est férié, est chez nous cette “fête du printemps et de la beauté” comme on a l’habitude de l’appeler, a un caractère tout particulier, comparé à ce qui en France n'est qu’une journée officielle, comme il y en a d'autres...

"Je dois te laisser maintenant, retrouvons-nous tout à l'heure, à la fête", - en cette fin d'après-midi du vendredi 6 mars Andrey Kleymenov, comme les autres diplomates de l'Ambassade de Russie à Paris, ne peut pas manquer à ses devoirs d'un homme galant. Il va donc rejoindre ses collègues hommes, qui, dans une salle d'apparat aux décors réalisme social représentant les quinze républiques soviétiques, s'affairent déjà autour des plats. Pas de cuisiniers ni de personnel de service de l'Ambassade, ce cocktail festif est l'oeuvre des diplomates eux-mêmes, désireux ce jour-là plus que jamais de faire plaisir à "la belle moitié" de l'équipe...

…C’est en 1921 que Lénine décrète le 8 mars la journée des femmes en Union soviétique, bien avant que les Nations Unies l’officialisent en 1977 et que la France l’adopte en 1981. Il devient férié en 1965, mais aujourd'hui "la fête du printemps et de la beauté" n'a plus rien de politique. Une échéance commerciale des plus importantes, les commerçants de fleurs réalisant ce jour-là sans doute leur plus belle bénéfice de toute l'année, et loin d'être une fête des féministes, il est bien au contraire une fête du "sexe faible", qui l'assume, et qui accepte tous ces signes de reconnaissance, d'admiration, de sympathie et d'amour que les hommes russes lui témoignent ce jour-là.

La fête dépasse largement le cercle familial, et impossible d'imaginer dans une grande entreprise russe que des voeux, voire des cadeaux, ne soient pas adressés aux femmes à cette occasion, ni que la moitié masculine n'ouvre pas quelques bouteilles pour porter des tostes à la santé de "nos belles femmes". Des concerts sont organisés partout, et le célèbre couturier russe Valentin Youdachkine présente, depuis des années, dans la Grande salle de concerts du Kremlin, un défilé spécial du 8 mars, un grand rendez-vous télévisé du soir...

Même si à Moscou je me sens d'habitude un peu gênée par cette journée de vénération des femmes, de ce cocktail à l'ambassade je rentre au bureau plutôt touchée. En dépit de tout c'était chaleureux tous ces tostes, et ils semblaient sincères, les hommes... Comment un bouquet de fleurs m'attend?.. Pour le 8 mars??... Je regarde la carte: ça y est, c'est d'un confrère russe, évidemment!...

Avec tous ses sourirs, dans un pays où les femmes ne représentent que 10% des cadres au pouvoir tout en représentant plus de 50% de la population, cette fête peut aussi être triste. "Les hommes offrent aux représentantes du beau sexe des fleurs et des cadeaux, prodiguent des compliments” - résume l’Agence ITAR-TASS le comportement que nos hommes adoptent le 8 mars... La journée des femmes à la russe: est-ce de la galanterie masculine? Est-ce un signe de machisme de la société russe?..

Photo: le 8 mars 2008, à Moscou, © RIA Novosti.

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RIA Novosti: impressions d’un utilisateur non-éclairé

Vladimir Poutine et Svetlana Mironiouk, sur l’écran - le fil de dépêches multimédia de RIA Novosti, le 24 février 2009, © RIA Novosti

Non, je ne peux pas entrer. Oui, il se souvient bien de moi, et il sait qui je suis, mais il ne peut rien faire si j'ai oublié mon laisser-passer électronique à Paris. L'agent de securité à l'entrée de RIA Novosti boulevard Zoubovski à Moscou ne fait que faire son travail: pas de visiteurs aujourd'hui, à une exception près: ce jour-là le premier ministre Vladimir Poutine lui-même nous rend visite...

L'occasion pour la rédactrice en chef de RIA Novosti Svetlana Mironyuk qui, depuis deux ans, a entrepris une modernisation technologique dernier cri de l'agence, de présenter à cet hôte de marque la news-room multimédia de RIA Novosti à deux niveaux, "qui n'a pas d'analogues en Russie, et qui incarne des know-how d'avant-garde en matière de collecte, de traitement et de publication d'informations".

Dmitri Medvedev n'a pas attendu la visite de son premier-ministre pour inclure, une semaine plus tôt, la numéro un de RIA Novosti dans la première centaine de cadres dirigeants appelée "la liste de la réserve présidentielle". Mais Poutine, a-t-il été séduit, lui? A-t-il apprécié tous ces know-how de technologies d'information? Et ce dossier multimédia, avec des dépêches/ photos/ vidéo/ infographie, le tout déjà on-line, sur une réunion consacrée aux Jeux olympiques de Sotchi de 2014 qui venait de s'achever quelques minutes auparavant et qu'il avait lui-même conduite?

"Chouette, très pratique", relate la réaction plus que laconique du premier ministre la dépêche de RIA Novosti.

A la différence du président Dmitri Medvedev, réputé pour son goût pour l'internet et l'informatique et qui avait innové en octobre 2008 en lançant un blog vidéo sur le site du Kremlin, Vladimir Poutine n'aurait pas envoyé, à en croire Time magazine, un seul mail dans sa vie...

Photo: Vladimir Poutine et Svetlana Mironiouk, sur l'écran - le fil de dépêches multimédia de RIA Novosti, le 24 février 2009, © RIA Novosti

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Vassily Kononov contre la Lettonie

Vassily Kononov a 17 ans quand sa République bourgeoise lettonne natale entre dans l'Union soviétique. De son plein gré, selon les journaux de l'époque. Un an plus tard, au lendemain de l’agression nazie contre l’URSS en juin 1941, il adhère à l’Armée rouge. Après s'être entraîné en Russie il est parachuté en 1942 en Lettonie, dont tout le territoire est alors occupé par les fascistes, et où il devient le commandant d’un groupe de partisans sapeurs. Il fera dérailler personnellement 16 trains transportant le matériel de guerre et les troupes allemands, et après la guerre sera décoré par l’ordre de Lénine.

Dix ans après le rétablissement de l’indépendance lettonne, en 1998, une enquête judiciaire est engagée à son encontre. Les autorités de la Lettonie le considèrent comme un criminel de guerre. Il est arrêté et reste en prison jusqu’en 2000. Il est introduit devant la justice lettonne à 6 reprises, la décision finale est rendue le 28 septembre 2004 – coupable : sa participation à la guerre du coté de l’Union soviétique serait criminelle...

Ce jour-là Me Mikhail Ioffé n'a pas beaucoup d'interlocuteurs autour d'un petit-déjeuner dans ce café parisien. Mais l'avocat de Vassily Kononov qui le défend actuellement dans la Cours européenne des droits de l'homme n'a pas l'air de se décourager. Il nous raconte en détail sa version des faits, à nous deux journalistes entourés de l'attaché de presse de l'ambassade russe...

Les faits remontent donc au 27 mai 1944, ce jour-là le groupe de Kononov est chargé d’une mission particulière. Ils doivent exécuter une sentence de la cours martiale de partisans ordonnant la peine capitale pour quelques habitants du village letton Malye Baty, jugés coupables de l’extermination d’un groupe de partisans soviétiques. Il s'agit du groupe du commandant Tchougounov qui, en février 1942, s’arrête à Malye Baty pour y passer la nuit. Les habitants du village les rassurent en disant qu'il n'y a pas d'allemands dans le coin. Celui qui les héberge envoie cependant un voisin dans la garnison allemande stationnant à 5 kilomètres du village pour les dénoncer. A six heures du matin les allemands arrivent, tous les 12 partisans périssent après quatre heures de combat.

Une enquête est menée par les partisans. La sentence de la cours martiale condamne les traîtres à la peine capitale. Le groupe commandé par Vassili Kononov rentre dans le village déguisé en uniforme allemand. Se croyant être en face des collaborationnistes comme eux les six villageois condamnés se vantent d’avoir participé à l’extermination du groupe de Tchougounov. Tous détiennent des armes: des fusils et des grenades délivrés par les nazis. Pour Kononov et ses hommes - plus aucun doute, ce sont bien des auxiliaires des nazis. Les six hommes sont alors exécutés. Plus trois femmes qui, aux dires de Me Ioffe, seraient leurs complices actives ...

L'histoire de Kononov, je la connaissait vaguement avant, et racontée avec tant de détails, elle me fait y penser toute la journée... Cette affaire est vite devenue une affaire politique, et pour la Russie, qui a octroyé à Vassily Kononov la nationalité russe, elle n'est qu'un exemple des "tendances inquiétantes" ayant lieux dans les républiques baltes, en Lettonie et en Estonie, qui "tendent à réviser le bilan de la Seconde guerre mondiale et les décisions du Tribunal de Nurnberg", comme le dit Me Ioffe... Deux visions y sont en effet confrontée. Pour le partisan anti-fasciste Kononov (et pour la Russie plus généralement), la Lettonie fait à l'époque partie de l'URSS et se trouve sous l'occupation nazie contre laquelle il combat; les villageois exécutés sont des complices des nazies. Coté letton, la Lettonie se trouverait sous une double occupation, les soviétiques seraient eux-mêmes les premiers occupants, et à Malye Baty Kononov, non pas un libérateur mais un occupant du moment qu'il s'est rallié aux soviétiques, aurait tué des civils innocents qui, en dénonçant les "partisans rouges" ne feraient que sauver leurs propres vies.

La Cour européenne reconnaîtra le 24 juillet 2008, que l'accusation de Kononov par la justice lettonne a été faite en dehors de la loi. La formule semble pourtant plutôt vague: Kononov "ne pouvait pas prévoir le 27 mai 1944 que ses actes étaient considérés comme une crime de guerre selon la législation de l'époque". Un parallèle s'impose: est-ce que les villageois exécutés, à leur tour, pouvaient prévoir que leurs actions étaient criminelles?.. Rien ne peut légitimer les idées nazies ou la collaboration active avec l'Allemegne nazie, tranche la Cour européenne.

La Lettonie avait déposé une demande de réexamen du dossier par la Grande chambre. On apprend aujourd'hui que cette demande a été satisfaite. Le procès de Vassily Kononov contre la Lettonie continue donc...

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La Russie et les médias occidentaux

Les médias occidentaux font-il un mauvais procès à la Russie? Je suis loin de partager l'avis assez répandu en Russie selon lequel une campagne délibérée de propagande antirusse aurait lieu dans la presse occidentale. Cela n'empêche qu'on trouve que les idées toutes faites l'emportent parfois sur les faits dans la couverture des actualités russes.

Ce soir, sur le plateau de RFI, le sujet ne doit pas faire l'unanimité. En face de moi Jean-Michel Carré, réalisateur et auteur du documentaire intitulé Le système Poutine. Lors de la diffusion du film par la chaîne belge RTBF, l'ambassade de Russie a protesté comparant l'émission à la « propagande de mauvaise qualité qui reproduit les pires exemples de l'époque de la guerre froide » la traitant de « calomnie »,  me renseigne la Wikipedia..

Surprise: mon vis-à-vis s’avère sympathique, et son regard sur Vladimir Poutine me parait même plutôt pondéré… En nous quittant il m’apprend qu’il travaille actuellement sur un nouveau film, dont le titre - Le système Sarkozy - doit sans doute rassurer, un peu, l’ambassade russe à Bruxelles…

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Destination Géorgie: n’ayons pas peur

A Tbilissi, pendant la fête de la ville, le 26 octobre 2008. Tableau: ”Un repas bien arrosé sous une tonnelle de vigne”, du peintre géorgien Niko Pirosmani (1862-1918), © DR.

"Russes?" - ce policier qui a arrêté notre voiture sur la route menant de Tbilissi au centre de la principale région viticole géorgienne, la ville de Télavi, est étonné. Il passe sa tête dans le salon sombre et jette un regard plutôt suspect sur les passagers. On ne saura expliquer son étonnement par la baisse saison touristique ni par l'heure tardive qu'il fait, et même s'il n'y a rien de méchant dans son comportement et le contrôle des papiers ne dure pas plus qu'une minute, on est du coup un peu mal à l'aise. Le conflit armé russo-géorgien de l'août dernier, on aurait préféré qu'il n'ait pas lieu.

Pour que se réalise ce voyage en Géorgie, envisagé depuis des années et cent pourcent touristique, il nous a pourtant bien fallu ce déclic, en plus d'un proche ami géorgien comme guide, semble-t-il... 

Nous sommes en automne, il fait plutôt froid et parfois gris, mais le vin, le fromage et les khinkalis brûlants ne manquent jamais, et pendant ces dix jours en Géorgie l’impression est telle comme s’il était à nous seuls, ce beau pays montagnard peu connu par les touristes, ce pays du peuple fier et hospitalier, ce pays du vin, des tamadas, des toastes interminables… La Géorgie nous offre en effet des itinérares bien dégagés, même si un australien, deux irlandais et une américaine croiseront notre chemin en direction de l’Eglise de la Trinité, un site à couper le souffle à 2200 mètres d’altitude au nord du pays, à Kazbeghi, à deux pas de la frontière russe.  Le poste frontalier Kazbeghi-Verkhni Lars est fermé, et la ville de Vladikavkaz n’est plus accessible par l’historique Route militaire de Géorgie traversant les sommets du Caucase et liant Tbilissi avec la capitale nord-ossète. Sa construction commencera avec la signature en 1783 d’un accord plaçant la Géorgie sous le protectorat russe. Alexandre Griboïedov, Alexandre Pouchkine et Mikhail Lermontov la prendront un jour.

Brillant diplomate, auteur dramatique et compositeur russe né en 1795, dont "Le malheur d'avoir trop d'esprit" demeure l'une des pièces les plus jouées en Russie, Alexandre Griboïedov sera en poste en Géorgie dans les années 1820 et y épousera en 1828 la belle Nina Tchavtchavadzé, une princesse géorgienne de dix-sept ans qu'il connaît depuis son enfance. Une histoire d'amour qui finira tragiquement quand cinq mois à peine après leur mariage Griboïedov se fera cruellement assassiné à Téhéran par un groupe de fanatiques religieux alors qu'il se trouve en Perse en tant que "ministre plénipotentiaire" de l'Empire russe. Devant sa tombe, à Tbilissi, au monastère Saint-David qui domine la ville, on a du mal à retenir les larmes, en lisant ces mots qu'on connaît par coeur, depuis l'école, ces mots que Nina fera graver sur le tombeau de son mari: Ton esprit et tes actions sont immortels dans la mémoire russe, mais pourquoi t'ai-je survécu mon amour? 

Le lendemain, aux abords de la capitale ancienne de la Géorgie, Mtskheta, à 20 kilomètres de Tbilissi, c'est avec les poèmes de Mikhail Lermontov qu'on continuera à entraîner notre mémoire. Là, de la hauteur de l'église de Djvari du 6ème siècle, s'ouvre une vue que le poète russe a rendue célèbre: le confluent de l'Aragva et du Koura qui "s'embrassent telles les deux soeurs". C'est ici que passera sa courte vie, loin de son pays natal, un jeune novice dans son poème "Mtsyri", qui m'a tant bouleversée, enfant. L'auteur d'"Un héros de notre temps" et un de mes auteurs préférés, Lermontov mourira en 1841, à l'âge de vingt-sept ans seulement, de l'autre coté de la chaîne caucasienne, à Pyatigorsk, dans un duel stupide avec un vieux camarade...

Ce soir, réunis dans un restaurant traditionnel sur les quais du Koura, à Tbilissi, c'est à la paix qu'on boit avec nos amis géorgiens. Dans la cour une conversation s'engage, en russe, avec un jeune homme, Eldar. Il s'avère être de Soukhoumi, qu'il a dû fuir, "à cause de la guerre", précise Eldar en esquissant un sourire forcé. Pas la dernière bien sûr, mais celle des années 90 - "la guerre d'Abkhazie", éclatée entre les Géorgiens et les Abkhazes peu après la proclamation de l'indépendance de la Géorgie en 1991. Je n'y suis pour rien, mais je me sens gênée, un peu, car Eldar doit en vouloir à la Russie, qui a toujours soutenu les Abkhazes. Pas aux Russes pourtant. Nous avons toujours aimé les Russes, me dit-il. - On ne peut pas vivre sans les Russes! Encore plus sans les femmes russes!.. Je ris, Eldar rit. Et il tient donc à me rassurer sur le bon déroulement de mon séjour en Géorgie en citant dans le célèbre roman d'Alexandre Pouchkine, "La fille du capitaine": N'ai pas peur, Macha! Eldar omet la suite, mais le programme soviétique scolaire de littérature oblige et elle nous vient automatiquement à l'esprit à tous les deux: N'ai pas peur, Macha! Je suis Doubrovski!.. Deux peuples frères, avec une histoire commune longue de 200 ans et des cultures aussi entremêlées, comment en sommes-nous arrivés là, à ne plus avoir de vols directs Moscou-Tbilissi? Ni de vins géorgiens à nos tables?..

Photo: A Tbilissi, pendant la fête de la ville, le 26 octobre 2008. Tableau: "Un repas bien arrosé sous une tonnelle de vigne", du peintre géorgien Niko Pirosmani (1862-1918), © DR.

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Objectif Vladimir Poutine

Vladimir Poutine arrive au rendez-vous avec les membres du Club Valdai, accompagné de Svetlana Mironiouk. A table - Richard Beeston, Volker Perthes. Sotchi, le 11 septembre 2008, © RIA Novosti

“Est-ce que je peux aussi aller rencontrer Poutine?..” – j’ai toujours un espoir, bien que tous les signes ce matin me disent que je ne suis pas dans la liste. On est le 11 septembre 2008, je suis à Sotchi avec les autres membres du Club Valdai, et la rencontre avec le premier ministre russe va bien avoir lieu dans quelques heures. Mais même si les chefs de quelques bureaux de RIA Novosti sont conviés à suivre le programme de cette manifestation, l’usage est que ce ne soient que les “vrais membres”, les experts étrangers, qui rencontrent les premiers numéros du pouvoir russe. “Je ne sais pas”, répond la directrice de RIA Novosti Svetlana Mironiouk, elle n’y a sûrement pas pensé. Mais je sais qu’elle essayera maintenant de faire quelque chose pour moi…

Ce n’est pas dans sa résidence d’été que Poutine reçoit cette année à Sotchi. On nous dit qu'il en a toujours une ici, même si ce n'est plus Botcharov routchey, qui est passée au nouveau locataire du Kremlin. Mais les invités sont cette fois réunis dans une grande salle de réceptions d’un sanatorium local, établissement de villégiature et de cure haut de gamme comme il n’en manque pas dans cette ville balnéaire à bord de la mer Noire. Après plusieurs heures d’attente ce déjeuner commence à l’heure largement espagnole, mais qui pensera aux plats pendant ces trois heures avec celui qu’on considère toujours comme le “vrai patron” ?

J’observe le tout de derrière les chaises, à coté d’un groupe de journalistes moscovites qui sont à Sotchi pour toute la durée des vacances du premier ministre pour couvrir ses éventuels rendez-vous de travail. L’actualité oblige, l’entretien commence par l’Ossétie du sud. Mais non seulement on entend très mal ce que dit Vladimir Poutine, le son des micros allant à peine plus loin que la table, on devra aussi quitter la salle après 20 ou 30 premières minutes de l’entretien. “J’ai failli me lever pour vous proposer ma place, j’ai pensé que c’était un malentendu”, l’américain Charles Dolan, consultant pour une agence de communication engagée par le Kremlin, sera le seul à s’étonner de cette petite injustice… 

Tant pis, avec quelques confrères je vais donc manger à la cantine, à l’autre bout du sanatorium, tandis que les invités du premier ministre ne feront que prendre des notes… Une fois de retour, la curiosité m’amène à apprendre l’existence d’une petite pièce où travaillent deux ingénieurs de son et où, le sourire aidant, on me laisse regarder en direct, sur un petit écran, le reste de l’entretien. “Monsieur le président”, s’adresse au premier ministre russe Eric Hoesli: une simple habitude bien sûr, loin d’être significatif de quoi que ce soit… Le pouvoir ne lui manque pas trop depuis qu’il n’est plus président?, demande un autre invité - Vous savez, répond Vladimir Poutine, j’était si fatigué d’aller expliquer sans cesse notre point de vue aux partenaires occidentaux, qui ne le comprenaient pas de toute façon. Aujourd’hui je peux me concentrer sur des choses réelles, concrètes, dans certains domaines de la politique économique et sociale je deviens un vrai expert, je vois ma qualification augmenter, et j’y prends un vrai plaisir. Сomme toujours, il sonne sincère. Et celui qui fait peur aux occidentaux, nous inspire à nous les Russes du respect à la limite de l'admiration... Où se situe-il en termes de convictions politiques? - Je n’aime pas me penser en ces termes-là… Mais je vous dirai quand-même que j’ai des convictions conservatrices, je suis un conservateur, confie Poutine.

Le son est maintenant bon, l’image aussi, mais pas de notes - ce jeune homme en costume et cravate qui apparaît soudain dans la pièce, de nulle part, est formel. Je m’insurge: Mais vous êtes qui? - Je travaille ici, répond-t-il, une réponse qui ne dit rien tout en suggérant beaucoup…

Avant de quitter la table Vladimir Poutine demande à ces invités d’observer une minute de silence en mémoire des victimes des attentats du 11 septembre 2001 à New York. “Cela a été fort”, reconnaissent des convives, tout le monde ayant probablement un peu oublié ce triste anniversaire. La partie sur l’Ossétie du sud, que je regarderai plus tard à la télé, sera forte elle aussi. “Un bon communicateur”, diront d’aucuns à la sortie du rendez-vous, - un homme solide, avec des convictions, quelqu’un de bien, se dit-on aussi en l’écoutant. Le lendemain, interrogé par RIA Novosti, Alexandre Rahr évoquera des “interventions émotionnelles" de Vladimir Poutine, Dmitri Medvedev et Sergueï Lavrov et évaluera à 80% le nombre des membres du club Valdaï qui, désormais, “partagent et comprennent la position de la Russie sur les événements du Caucase”…

Photo: Vladimir Poutine arrive au rendez-vous avec les membres du Club Valdai, accompagné de Svetlana Mironiouk. A table - Richard Beeston, Volker Perthes. Sotchi, sanatorium Rous', le 11 septembre 2008, © RIA Novosti

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Un Français ambitieux, obsédé par l’idée d’être utile*

La première édition de la World Policy Conference s'est ouverte le 6 octobre à Evian. Ce forum international est consacré aux problèmes globaux du devenir de la planète et au rôle des Etats dans la solution des problèmes mondiaux. Cette conférence, qui doit accueillir de nombreux chefs d'Etat et de gouvernement ainsi que des hommes politiques de haut niveau, de même que de grands experts de différents pays, sera clôturée le 8 octobre par les présidents de la Russie et de la France, Dmitri Medvedev et Nicolas Sarkozy. Voici le portrait de l'auteur de ce projet ambitieux, le directeur de l'Institut Français des Relations Internationales Thierry de Montbrial. 

De beaux cheveux ombrés d'une touche de gris, la raie sur le côté, le regard noble et sûr de soi, des manières élégantes mais sans affectation, une silhouette de belle prestance à peine voûtée, à 65 ans, le président de l'Institut Français des Relations Internationales Thierry de Montbrial sait qu'il paraît moins que son âge. Fondateur et directeur immuable d'un des principaux think-thank européens, il sait qu'il fait des envieux. Mais qu'il s'agisse de jalousie, de malveillance, de simple inimitié ou, au contraire, d'un enthousiasme débordant, Thierry de Montbrial réussit à ne pas prêter attention au regard et à l'opinion des autres. "J'ai toujours été ambitieux, reconnaît-il, mais dans un sens tout à fait respectable, j'ai voulu réaliser des choses allant dans le sens de mon destin". 

"En un certain sens, je suis aussi un entrepreneur" 

Jeune, il se voyait aussi bien professeur de physique ou de mathématique découvrant des choses formidables qu'homme d'Etat faisant de grandes choses pour le monde. Finalement, Thierry de Montbrial dit avoir "essayé de trouver une espèce de compromis entre la tendance intellectuelle qui a toujours été très profonde chez moi et une certaine forme d'action". A trente ans, cet ancien Polytechnicien titulaire d'une thèse en économie soutenue à l'Université de Berkeley crée, en 1973, le Centre d'analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères, tout en commençant à enseigner à l'Ecole Polytechnique dont il dirigera le département des sciences économiques pendant près de vingt ans. En 1979, il fonde l'Institut Français des Relations Internationales (IFRI), centre indépendant de recherches sur l'ensemble des questions internationales contemporaines. "Mon ambition, dit-il en parlant de l'IFRI, c'est de laisser derrière moi une grande institution qui… existe encore dans cinquante ou cent ans." En 1989  l'IFRI emménage dans ses propres locaux sur la rive gauche, dans le 15e arrondissement de Paris. Thierry de Montbrial, qui était à l'époque un des plus jeunes académiciens de toute l'histoire de France, avait réussi à collecter auprès de sponsors 67 millions de francs pour la construction de ce siège. A l'époque, rappelle-t-il, "nombreux étaient ceux qui pensaient que je n'y arriverai pas, qui me jugeaient aventuriste". Mais il a toujours su trouver un langage commun avec les hommes d'affaires : "Il est vrai, dit-il, que moi aussi, en un certain sens, je suis un entrepreneur." 

D'aucuns diront que l'Institut se trouve dans une situation privilégiée du fait qu'il est subventionné par l'Etat (le budget lui consacre une ligne individualisée). "Pour la France, note un expert de ce pays, cet institut est, pour une large part, une vitrine". Le financement public est pourtant en régression constante et ne constitue plus que le tiers du budget de l'Institut. "Je me bats constamment pour trouver des fonds", reconnaît Thierry de Montbrial. En 2005, des bruits ont couru sur une crise au sein de l'Institut : un rapport confidentiel rédigé à la demande du Premier ministre et mentionné par l'Express constatait "(des) méthodes de gestion autoritaires, (une) atmosphère déliquescente", des secteurs en friche dans la recherche, une perte de prestige. Thierry de Montbrial avait alors répliqué : "si je m'en vais, l'IFRI s'écroule". La polémique est restée sans suite. "J'ai gagné", dira-t-il alors. La chance lui aurait-elle souvent souri ? "Oui, bien sûr, répond-il sans hésiter, j'ai eu de la chance mais je crois qu'il faut aller la chercher et qu’il faut aussi savoir la reconnaître lorsqu'elle se présente. La chance, oui, mais il ne faut jamais prendre la chance d'une manière entièrement passive, la chance c'est aussi une action." 

"Thierry de Montbrial, c'est le roi du monde !" 

En septembre 2004, il se rend un peu par hasard à Novgorod-le-Grand pour la première réunion du club de discussion Valdaï, créé à l'initiative de RIA Novosti. Il y avait eu, se souvient-il, "ces invitations anonymes par courrier électronique... au dernier moment qui plus est... ce n'est pas ainsi que l'on procède!". A cette époque, justement, le soutien financier d'un gros homme d'affaires russe lui avait permis d'ouvrir, à l'Institut, un programme à part entière pour l'étude de la Russie - "Ca m'a intéressé", dit-il. Après Novgorod, ce fut Tver, puis Khanty-Mansiisk, Kazan, Rostov-sur-le-Don, sans oublier les deux séjours qu'il fit à Krasnoïarsk et à Vladivostok entre deux sessions du club Valdaï, et sans compter les deux capitales russes… Depuis 2003, Thierry de Montbrial est membre étranger de l'Académie des sciences de Russie. Son premier voyage en URSS remonte aux années 70. "Je suis un homme curieux, explique-t-il. Avoir la possibilité de beaucoup voyager est vraiment un privilège, j'aime voir les gens chez eux." 

Aujourd'hui encore, Thierry de Montbrial est quelqu'un qui ne tient pas en place, habitué à travailler et à dormir en avion. Il s'adapte facilement au décalage horaire, très certainement parce qu'il s'en tient à une règle d'or: ne jamais sauter un repas et le prendre à l'heure locale. "Thierry de Montbrial demande de vérifier que les billets d'avion soient bien en première classe", s'inquiète son assistante. "Quand on voyage aussi souvent que moi, fait-il remarquer, c'est réellement important". Ses collaborateurs demandent toujours s'il sera accueilli dans le salon VIP de l'aéroport "comme à l'habitude"... "Thierry de Montbrial, c'est le roi du monde !" s'amuse un expert français qui n'est pas le seul à lui reprocher une "immense suffisance".  Un désordre soigné règne dans son bureau parisien qu'envahissent les livres. Au mur, des photographies le représentant en compagnie d'hommes politiques connus, de personnalités importantes. Il y a dix ans, pour les vingt ans de l'institut, quarante-cinq chefs d'Etat étrangers s'étaient rendus à Paris. "J'ai été amené à rencontrer les hommes d'Etat les plus divers, explique-t-il, mais ce ne sont pas forcément eux qui m'ont fait le plus impressionné parce que les grandeurs d'établissement ne sont pas forcément les personnes les plus importantes." Depuis maintenant de nombreuses années, le politologue français tient le journal de sa vie, tellement riche en rencontres et en événements extraordinaires. Des notes qui représentent aujourd'hui quelque 8 000 pages dactylographiées. Thierry de Montbrial réserve pour une publication posthume l'essentiel de ce journal, qui n'est pas sans rappeler la série soviétique à succès "La vie des hommes remarquables", mais le récit est à la première personne et concerne moins le sujet qu'autrui. "J'y parle en toute sincérité et avec une grande impartialité de nombreuses personnes très connues, explique-t-il." Il prévoit d'en publier prochainement une petite partie : 600 pages concernant la période 2001-2004. 

Le projet le plus important de sa vie 

Qu'est-ce qui, dans sa vie, le rend particulièrement fier ? "Je pense que dans toutes les actions importantes de ma vie, déclare-t-il, j'ai été mobilisé par des motifs respectables et conformes à mon idéal fondamental qui est de contribuer à ma manière à rendre la vie meilleure." L'enseignement, la publication d'ouvrages, la création de l'Institut des relations internationales et, maintenant, un nouveau projet ambitieux, "le plus important" de sa vie, la Word Policy Conference qui se réunit pour la première fois à Evian, du 6 au 8 octobre, autour de plusieurs dizaines de "leaders mondiaux" et d'experts de renom venus débattre de "l'état du monde" et trouver des solutions pour l'améliorer. "Je prends de gros risques, tout peut s'écrouler", admettait il y a encore six mois celui qui semble ne jamais douter. "C'est faux, confie-t-il, des doutes, j'en ai tout le temps. Simplement, dans ma position, je n'ai pas le droit de le montrer".   Même si on peut penser que la conférence d'Evian est une tentative de faire concurrence au forum de Davos - et Thierry de Montbrial présentait d'ailleurs son projet, en privé, comme une "concurrence à Davos" il y a quelques mois - la logique et l'ambition dela World Policy Conference sont tout autres, selon lui. Il ne s'agit pas d'un lieu de rencontres, même à un haut niveau, mais d'une tentative de trouver des réponses constructives et acceptables aux processus en cours dans le monde. Ce n'est pas une "énorme machine", tout au plus quelque milliers de participants. Ce n'est pas une rencontre "en général" mais sur un thème précis : que faire pour améliorer le fonctionnement du monde ? " A Evian nous voulons faire surgir des solutions. Toute l'ambition de ce projet tient en un seul mot: être utile", affirme l'organisateur de la WPC. La conférence se réunira tous les ans, a annoncé Thierry de Montbrial et, lorsqu'il aura assuré sa "relève" au poste de directeur de l'IFRI - la question le taraude depuis quelque temps - c'est sans doute elle qui deviendra la grande affaire de sa "retraite". Si tant est, bien entendu, que l'on puisse parler de retraite pour un homme à qui la notion de "passe-temps"est étrangère et qui, obsédé par son idée d'être utile, a bien l'intention de rester actif "jusqu'à l'heure de sa mort". Et si le projet imaginé ne réussissait pas ? Thierry de Montbrial pourrait sans doute répondre à cette question en reprenant une phrase de l'un de ses derniers livres : "il est nécessaire d'espérer pour entreprendre, mais il n'est pas nécessaire de réussir pour persévérer."* Article paru sur RIA Novosti le 6 0ctibre 2008. Traduit du russe par Maryse Bénech, RIA Novosti.

Photo: Thierry de Montbrial, dans son bureau, en mars 2008. D.R.

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Ossétie du Sud: une annonce échouée

 Photo (celle qui a été choisie par l’Ambassade pour illustrer l’annonce): Dans la ville de Tskhivanli, le 13 août 2008. © RIA Novosti.

"En mémoire des victimes de la tragédie en Ossétie du Sud - ossetès, géorgiens, russes. Nous partageons le deuil de leurs proches", ce petit texte de l'Ambassade de Russie en France accompagné d'une photo de la capitale sud-ossète Tskhivanli, en ruines, devait être publié dans la rubrique Annonces/Carnet de Libération du 17 septembre. C'était le quarantième jour depuis le début des opérations militaires dans la région, et la tradition russe veut que ce jour-là on se souvienne de ceux qui nous ont quitté 40 jours plus tôt.

Tout était sur les rails la veille, même si Libération avait corrigé le texte initial proposé par l'Ambassade en supprimant dans la première phrase ce passage non politiquement correct: "de tous ceux qui sont morts de l'attaque du régime te Tbilissi". Il ne restait donc à l'Ambassade qu'attendre la facture de 9000 euros - le prix demandé par le quotidien pour la publication de ce quart de page de condoléances.

Mais l'argent russe allait être épargné - Libération ne publiera pas l'annonce le lendemain, et on annoncera à l'attaché de presse de l'Ambassade Serguei Parinov, perplexe, que sa publication a été refusée par le conseil de la rédaction.

La dépêche du bureau parisien de RIA Novosti relatant cet incident est devenue aujourd'hui le sujet du Making-of/Les coulisses de Libé, à la page 7 du journal. Dans ce petit encadré intitulé "L'argent russe" la correspondante de Libération à Moscou parle de "sensation" que l'info aurait faite en Russie... Perception exagérée, quand on sait par exemple que le site russe de RIA Novosti en accès libre n'en a parlé qu'en 4 phrases, et dans une dépêche 15 fois plus longue consacrée, en général, aux manifestations commémoratives qui se sont déroulées en ce jour de deuil en Russie et dans le monde.

Contrairement à ce que stipule la consoeur, ce n'est pas non plus le fait de ne pas avoir pu "acheter" ce qu'on voulait qui ait pu étonner les Russes. La correspondante de Libération à Moscou, qui connaît pourtant bien la Russie et dont les reportages des différents coins du pays sont toujours des réussites, se trompe en pensant que les Russes aient été indignés parce que cette fois-là l'argent ne leur avait pas ouvert "toutes les portes". C'est tout simplement le fait que cette annonce on ne peut plus sobre, en tout cas au final, ait été censurée, au dernier moment qui plus est, qui a pu paraître étrange à ceux qui ne sont pas encore familiers avec les états d'esprit occidentaux au sujet des récents évènements dans le Caucase. C'est dans ce contexte-là, avec une sorte de questionnement et pas indignation, que la dépêche purement factuelle que j'envoyais à Moscou a été traitée, brièvement, par le site de RIA Novosti en langue russe.

Le texte de l'Ambassade "insinuait que Moscou n'aurait fait que voler au secours de la pauvre Ossétie du Sud pour la libérer des griffes de la Géorgie", écrit la journaliste de Libé en rajoutant que "Libération refuse régulièrement ce type d'annonces proposées par toutes sortes de régimes ".

Libération ne refuse pas en revanche des tribunes de type beaucoup moins pondéré proposées par des particuliers, et le fameux "SOS Géorgie? SOS Europe!" du duo André Glucksmann/BHL sur le conflit russo-géorgien ne restera sans doute pas dans les annales comme un exemple d'objectivité. Comparées aux dires de ces intellectuels français les deux petites phrases de condoléances de l'Ambassade russe adressées à toutes les victimes du conflit, paraissent bien innocentes. Bref, Serguei Parinov de l'Ambassade de Russie avait de quoi être étonné, même s'il ne doit pas ignorer non plus que la perception russe et occidentale des évènements en Ossétie du Sud se diffèrent, légèrement...

Photo (celle qui a été choisie par l'Ambassade pour illustrer l'annonce): Dans la ville de Tskhivanli, le 13 août 2008. © RIA Novosti.

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Quelques heures à Grozny

Des l'atterrissage à l'aéroport de Grozny l'impression est étrange, surréaliste. Vous voilà sur cette terre qui a tant souffert de guerres et qui vous a toujours semblé très loin, à vous qui vivez en paix. Sous le ciel trop bleu et trop lourd, sous le soleil et la musique particulièrement éclatants, les visages des jeunes tchétchènes dans les costumes nationaux qui bordent votre passage, souriants, vous avez envie d'en regarder chacun et de leurs sourire en retour comme si vous leurs étiez redevable de quelque chose...

Avec les participants du Club Valdaï je suis à Grozny pour rencontrer le président de la Tchétchénie Ramzan Kadyrov. Une visite éclaire de la capitale tchétchène est également prévue.

Trois ans après son premier voyage en Tchétchénie Eric Hoesli ne reconnaît pas la ville. "A l'époque il n'y avait rien, que des ruines", raconte-t-il. Or on voit des maisons toutes neuves, une belle mosquée toute neuve, des routes et des trottoirs tout neufs, et tout est très propre même si des travaux sont ici et là, et tout est ... paisible même si le trafic semble un peu désorganisé dans le centre ville. Le sentiment surréaliste des premières minutes ne me quitte pas, je continue à regarder dans les visages de tous ces gens qui nous entourent: officiels, policiers, ouvriers, simples passants, en me demandant qu'est-ce que cela fait de vivre en Tchétchénie, dont le nom même est devenu pour nous un symbole de guerre et d'atrocités?

Kazbek Agmadov ne sourit pas beaucoup et ne vous regarde presque pas quand il vous parle, mais ce jeune et beau premier vice-ministre des relations extérieures de la République tchétchène qui a vécu dix ans à Moscou où il a fait ses études, vous fait noter son numéro de téléphone. Un autre jeune homme en costume et cravate noires vous dit d'enlever vos lunettes de soleil aussitôt après vous avoir salué. Vous vous exécutez sans avoir le temps de réfléchir. "Ils sont beaux, tes yeux, ne remets plus tes lunettes" - vous souriez, même si après un an à Paris vous êtes un peu choqué par une telle spontanéité... Caucase!  

Il y a trois ans encore on ne pouvait pas se rendre en toute sécurité dans cette république caucasienne où l'ordre était encore précoce. "J'ai essayé plusieurs pistes, et on me disait que ce ne serait possible que si je voyageais avec un camion de fric - au cas où on voudrait m'enlever", raconte Eric Hoesli, qui avait finalement pu y aller accompagné du secrétaire du Conseil de la sécurité de la Tchétchénie en personne et ses hommes, en avril 2005. Un an plus tôt le président tchétchène Akhmat Kadyrov se faisait tuer par une explosion alors qu'il assistait au défilé du 9 mai dans un stade à Grozny. Deux ans plus tard, en avril 2007, c'est son fils âgé de trente ans, Ramzan Kadyrov, qui devenait président.

La ville de Goudermes se trouve à une quarantaine de kilomètres de Grozny. C'est par là, près de son village natale, que Ramzan Kadyrov a fait installer sa résidence présidentielle. Cet ancien garde du corps, puis le chef du service de sécurité de son père, avait d'abord combattu avec lui du coté des séparatistes pendant la "première guerre de Tchetchenie" de 1994-96 avant de rallier les rangs des forces fédérales russes en 1999, au commencement de la "deuxième guerre" et au moment même de la nomination soudaine de Vladimir Poutine au poste de premier-ministre.

Ramzan Kadyrov nous accueille donc dans sa résidence qui semble être tout juste construite, avec les carreaux qui sont en train d'être posés. Impression trompeuse: les carreaux sont reposés, pour la troisième fois déjà, car "cela n'a pas plu", confie un des jeunes ouvriers. Le président tchétchène se dit ouvert à toutes les questions. Son russe n'est pas parfait. Il ne l'aurait appris qu'il y a huit ans, selon un collègue de RIA Novosti. Ce docteur en droit esquive quand on lui pose une question sur le sécularisme, apparemment il ne comprend pas de quoi il s'agit. "C'est un bandit", dit Eric Hoesli. "Est-il vraiment un bandit?", doute Hélène Carrère d'Encausse. Lui-même préférerait sûrement dire qu'il "s'était trompé de chemin", comme il appelle lui-même les 7000 autres combattants tchétchènes qu'il a fini par amnistier.

Ce père de cinq enfants fait un peu peur, mais il touche un peu aussi, car il se montre cruel et humain en même temps. Cruel quand il parle par exemple de Chamil Bassaev, un des lideurs séparatistes tchétchènes lui-même connu par sa cruauté, qui serait responsable de plusieurs actes terroristes, y compris la prise d'otages dans un théâtre à Moscou en 2002 qui a fait 130 victimes: "L'annonce de sa mort a été pour moi une grande fête, mais en même temps elle m'a aussi attristé, parce que je voulais le faire moi-même". Touchant quand il parle de son zoo personnel installé dans sa résidence présidentielle. "Il y a des tigres, des lions, des guépards, des léopards, j'aime parler avec eux, cela m'apaise", raconte-t-il, attendri. Il se montre aussi religieux, comme tous les tchétchènes. "En exécutant Sadam Hussein le jour qui est un jour saint dans l'islam ils m'ont humilié en tant que musulman, ils ont humilié le monde musulman dans son ensemble", dit-il des Etas-Unis.

Dans le bus qui nous ramène à nouveau à l'aéroport de Grozny le jeune Kazbek du service de protocole du président nous apprend que c'est le dixième jour du ramadan. Il n'a donc pas mangé ni bu de la journée. Mais il fait enfin nuit, sa mère l'appelle, elle l'attend, il ne tardera pas de rentrer. 

Photo: Un jeune tchétchène danse devant les participants du Club Valdaï. L'aéroport de Grosny, le 10 septembre 2008. © RIA Novosti.

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ria novosti… ria-nouveau-sti… ria nouveau site!

  

 

Il faut le reconnaître, nous en avions un peu marre de l'ancien : il nous a bien servi, mais on ne pouvait plus avancer avec. Continuer la lecture

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Club Valdaï

Pendant la réunion du Club Valdaï à Tver, en septembre 2005, © RIA Novosti

On est début 2004 et nous sommes une quinzaine à être réunis dans le bureau de la directrice de RIA Novosti Svetlana Mironiouk pour discuter de quelques projets de l'agence. La réunion touche à sa fin quand Svetlana décide de nous faire part d'un projet que vient de lui transmettre Andrey Zolotov, rédacteur en chef du magazine Russia Profile édité par RIA Novosti. On approche à l'époque le 20ème anniversaire du début de la perestroïka et l'idée d'Andrey est de réunir en Russie pendant quelques jours des journalistes étrangers qui ont vécu la perestroïka en étant en poste à Moscou. Pour beaucoup d'entre eux cette période riche en actualité est devenu un vrai tremplin dans leur carrière leur amenant depuis aux postes importants dans les médias internationaux. Andrey propose de leur faire rencontrer des personnalités et des experts russes, et tout cela dans le cadre de l'ancienne datcha de Staline à Valdaï, une belle région naturelle au nord-ouest de la Russie. A part son exotisme ce décor soviétique doit servir à mieux disposer les participants, qui auront plus facilement pris du recul, à discuter de « la Russie à la charnière des siècles », le thème qu'il suggère pour cette réunion. Svetlana est emballée, son enthousiasme nous envahi aussi, même si l'idée d'Andrey évolue au fur et à mesure et la réunion d'ex-correspondants en URSS devient, plus généralement, celle d'experts et de journalistes spécialistes de la Russie. On s'y met donc à fond bien qu'on néglige parfois la forme : « Ces invitations anonymes par courrier électronique, au dernier moment qui plus est... Ce n'est pas ainsi que l'on procède !", dira le directeur de l'IFRI Thierry de Montbrial qui hésitera avant de venir tellement notre invitation lui semblera maladroite.

C'est ainsi que naissait le Club de discussion Valdaï, devenu un rendez-vous annuel incontournable pour les connaisseurs de notre pays, un lieu de débats et d'échanges, une possibilité de rencontrer les plus hauts responsables russes. Drôle de détail, les réunions du Club ne se sont jamais tenues à Valdaï dont il porte le nom, la datcha de Staline s'étant avérée trop petite. C'est seulement en passant que les invités de la première édition du Club ont découvert cette demeure historique où Staline n'aurait séjourné en réalité qu'une seule fois. Novgorod le Grand en 2004, Tver en 2005, Khanty-Mansiysk en 2006, Kazan en 2007, dans quelques semaines Rostov-sur-le-Don, au sud de la Russie - les débats sont à chaque fois accompagnés de la découverte d'une région, et un long entretien avec le président russe clôture traditionnellement ce forum, réunissant au début de septembre une cinquantaine d'invités étrangers et autant de russes.

Avec le changement du pouvoir en Russie en mars dernier nous avions tous des doutes au sujet du sort du Club Valdaï... Pendant longtemps rien n'était clair, y compris la question « cruciale » : est-ce que le président Medvédev recevra les invités ? Et rencontreront-ils le premier ministre Poutine, leur hôte habituel ?.. « Je suis prêt à parier qu'ils seront deux à nous inviter cette année », supposait à l'époque Thierry de Montbrial. En effet, les deux rendez-vous sont pour l'instant programmés pour cette cinquième réunion du Club baptisée « La révolution géopolitique mondiale du début du XXIe siècle. Le rôle de la Russie ».

Le programme de cette année doit en ravir plus d'un, et je pense plus particulièrement à Eric Hoesli, journaliste et écrivain suisse, un des plus fins connaisseurs de Russie passionné du Caucase et auteur de « A la conquête du Caucase : Epopée géopolitique et guerres d'influence » (2006) : une escale à Groznyï et un rendez-vous avec le président tchétchène Ramzan Kadyrov sont prévus. Bonne nouvelle - le brillant Alexandre Adler nous rejoint cette année, non sans que le bureau parisien ait mis un peut plus d'âme pour appuyer ces invitations centralisées par courrier électronique qui ne l'avaient jamais accroché avant. Une autre première - le lideur de « L'autre Russie », Garry Kasparov devrait rejoindre la liste de représentants de l'opposition qui, comme Grigory Yavlinsky ou Irina Khakamada, ont déjà participé aux réunions du Club Valdai, ou, comme Vladimir Ryzhkov ou Mikhail Délyaguine, y ont même leurs habitudes. Sauf imprévu Garry Kasparov devrait rencontrer les participants du Club autour d'un petit déjeuner, avant qu'ils n'enchaînent plusieurs rendez-vous avec des ministres et des « siloviki ». Peut-être l'ancien champion du monde d'échecs changera-t-il maintenant d'avis sur le compte de RIA Novosti...

Photo: Pendant la réunion du Club Valdaï à Tver, en septembre 2005: Marshall Goldman (avec le pain et le sel), John Connor, Michael Binyon, Richard Sakwa, Marie Mendras, Jan Carnogursky, Michael McFaul, Paul Sonders... © RIA Novosti

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5 ans

La nouvelle news-room de RIA Novosti, RIA Novosti

Je me souviens bien de ma première visite à RIA Novosti il y a pile 5 ans. Tout juste diplômée de l’Université des relations internationales de Moscou je me rendais à 4, boulevard Zoubovski pour mon premier entretien d’embauche. Au 6ème étage du « bunker » occupé par RIA Novosti, au milieu des intérieurs ringards des années 70, Léonid Bourmistrov, jeune adjoint au numéro un de l’agence, m’accueillait dans son grand bureau de pas moins de 40 mètres carrés qui, avec sa longue table interminable bordée de chaises, respirait le soviétique malgré des efforts sensibles de rénovation. Six mois plus tôt une jeune et brillante femme de 35 ans, Svetlana Mironiouk, prenait la direction de l’agence et RIA Novosti décrochait un important budget dans le cadre d’un programme censé améliorer l’image de la Russie à l’étranger. J’allais intégrer cette aventure dont Léonid Bourmistrov serait le « cerveau » pour travailler dans la section française...

Quatre ans après mon premier entretien à RIA Novosti une réunion inédite aura lieu à Moscou. Tous les chefs de bureau et les correspondants de RIA Novosti à l’étranger y seront convoqués. Svetlana Mironiouk présentera devant ce public disparate réunissant des « anciens » et des jeunes repartis dans une trentaine de pays d’Europe, d’Amériques, de Proche Orient et d’Asie, la nouvelle stratégie de l’agence. Finie l’équivoque entre nos deux missions : information et communication, on n’a désormais qu’une seule identité – celle d’une agence de presse, fournisseur d’information textuelle et visuelle (photo, infographie, graphique dynamique, vidéo) sur l’actualité russe et internationale. Avec les mots « convergence », « multimédia », « contenu mobiles », « user generated content » et « news-room intégrée » qui se suivent et se répètent tout au long de son discours et qui font peur à plus d’un, l’effet est complet. Il est vrai que parmi le personnel de RIA Novosti nombreux sont ceux à qui ces 60 ans de passé « propagandiste » tiennent vraiment à coeur, il est aussi vrai que tout le monde n’arrive pas à comprendre toutes ces tendances modernes du marché d’information. A l'époque je m'apprête à partir à Paris en tant que directrice du bureau...

Depuis quelques années il n’y a plus de bureaux de 40 mètres carrés à RIA Novosti, et Léonid Bourmistrov ne pourrait plus jouer au mini-golf dans le sien, plus que modeste. En revanche la « news-room intégrée » de plus de 1000 mètres carrés a bien vu le jour en janvier dernier. Signe de changement, un nouveau logo avait été adopté un mois plus tôt : une « promesse » et un « catalyseur des changements intérieurs » dira Svetlana Mironiouk en parlant de l’objectif fixé - devenir en 3 à 5 ans la première agence multimédia en Russie. Pendant une courte mission qui m’amène à Moscou au début de ce mois de juillet je découvre également que RIA Novosti dispose désormais de son propre club de fitness, installé au 8 étage du « bunker » qui est méconnaissable de celui d’il y a 5 ans une fois on y entre. Les cours d’anglais ouvertes à tous les employés sont organisées. Modernisation technologique tous azimuts continue à s’opérer...

Dans cette période de vacances où il ne se passe pas grand-chose à Paris, dans mon bureau qui est 5 fois plus grand que celui de Léonid, j’essaye donc de regarder le passé pour envisager l'avenir : où est-ce que je serai et qu’est-ce que je ferai dans 5 ans? En vain - le présent est tellement formidable que je n'arrive pas à passer outre, et aucune idée ne me vient...

Photo: La nouvelle news-room de RIA Novosti, © RIA Novosti

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L’histoire d’un drapeau

Les défenseurs de la “Maison Blanche” à proximité de l’un des chars introduits dans Moscou le 19 août 1991 après que les membres du Comité d’Etat pour l’état d’urgence aient décrété l’état d’urgence dans la capitale. © RIA Novosti

Dans cette pièce d’apparat à l’Ambassade de Russie boulevard Lannes on est trois journalistes ce soir, tous russes. On est venu à cause d’un drapeau. Son histoire m’était inconnue avant le coup de fil de l’Ambassade la veille, mais arrivée sur place je regrette presque d’apprendre qu’on ne le verra pas ce jour-là, ce premier drapeau blanc-bleu-rouge de la nouvelle Russie.

C’est le 22 août 1991 qu’un drapeau à trois bandes horizontales : blanche, bleue et rouge flotte pour la première fois sur la Maison blanche, le siège du « parlement russe » de l’époque. L’URSS, avec à sa tête le président Mikhail Gorbatchev, vient de connaître une tentative de coup d’Etat: un groupe d’hommes politiques et de militaires veut empêcher la fin imminente de l’Union soviétique. Pendant ces quelques jours d’été les moscovites voient des chars rouler dans le centre-ville et quelques personnes sont mortes. Cette tentative échoue, le président de la République soviétique fédérale de Russie Boris Eltsine s’impose comme un véritable lideur national. Le 22 août les députés russes se réunissent pour une assemblée extraordinaire marquant la victoire de la nouvelle Russie. Dans un élan commun ils proclament un nouveau symbole d’Etat – le drapeau blanc-bleu-rouge, cet ancien attribut militaire et commercial devenu le drapeau officiel de l’Empire russe sous Nicolas 2, en 1896.

Il est décidé de faire lever le nouveau drapeau le jour-même, lors d’un meeting conduit par Boris Eltsine. Par le jeu de circonstances c’est celui qui décore le bureau du ministre du commerce extérieur, Victor Yarochenko, qu’on arrive à trouver le plus vite. Ce drapeau de 2 sur 3 mètres, Yarochenko l’a fait confectionner un an avant, en 1990, en Suède, ou se déroulait un salon commercial soviétique - le ministre avait eu l’idée de décorer ainsi le pavillon russe... Ce premier drapeau n’a flotté dans les cieux moscovites que jusqu’au lendemain, quand on l’a remplacé par un autre, un vrai – plus grand et plus solide – et l’a rendu à son « propriétaire ». Un an plus tard Yarochenko est nommé le représentant commercial de Russie en France, il apporte le drapeau historique avec lui à Paris, sa mission terminée Yarochenko reste en France, le drapeau aussi... Depuis 17 ans Victor Yarochenko espérait ouvrir un veritable musée, car il avait gardé plusieurs autres objets, tous témoins des changements historiques du début des année 90. Le musée du drapeau russe, il l'a bien enregistré à Paris et à Moscou, mais des fonds ne se sont jamais trouvés pour qu'il devienne une realité.

Ce jour-là à l’Ambassade de Russie on assiste donc à la signature d’un accord qui réglera pour toujours le sort de ce drapeau oublié. Tout s'est décidé à la suite d’une lettre au président russe écrite deux mois avant : c’est le célèbre musée d’Hermitage à Saint-Petersbourg qui le gardera désormais. Le moment solonnel passé, une coupe de champagne à la main on discute avec Nikolai Morozov d'ITAR-TASS, puis je file, lui aussi ne tarde pas de partir, sans doute dépêchons-nous l'un et l'autre pour être le premier à annoncer cette nouvelle cruciale dans nos dépêches.

P.S. Tout à l'heure, pile au moment de finir ce billet, 10 jours après les faits, un coup de fil - c'est Viktor Yarochenko qui appelle pour me remercier d'un echo "sympa" que RIA Novosti en a donné...

Photo: Les défenseurs de la "Maison Blanche" à proximité de l'un des chars introduits dans Moscou le 19 août 1991 après que les membres du Comité d'Etat pour l'état d'urgence aient décrété l'état d'urgence dans la capitale. © RIA Novosti

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Tchat avec Frédéric Beigbeder

Frédéric Beigbeder lors de l'entretien, chez lui.

L'idée d’un that avec Frédéric Beigbeder sur le site de RIA Novosti est venue avec la sortie en Russie de son dernier roman Au secours pardon. Frédéric Beigbeder est très populaire chez nous, il est parmi les meilleures ventes de romans contemporains français et il y a des foules à ses séances de dédicace à Moscou. L'intérêt du public russe pour son dernier roman était d'autant plus grand que l'action de ce livre sur "la marchandisation du corps", comme le dit l'auteur, et où on retrouve le personnage de 99 francs Octave Parango, se passe en Russie: à Moscou, Saint-Pétersbourg ou Nijny Novgorod.
"Je n'aurais pas passé des années à venir et à écrire sur ce pays si je ne l'aimais pas", dit Beigbeder. Et pourtant Au secours pardon peut agacer le lecteur russe. Les mannequins, les oligarques, les nuits folles, les orgies,.. même si tout cela existe, tout le monde en Russie ne vit pas cette vie, ne la connaît pas. Sans parler de clichés, on peut avoir l'impression d'exagération.

Acceptera-t-il de faire ce tchat ? Est-ce que les questions vont être méchantes ? Comment est-il ?... Coup de téléphone chez Grasset, un mail, encore un coup de téléphone, encore un mail – son attaché de presse n’a jamais donné suite à la demande. C’est par Inostranka, sa maison d'éditions en Russie, qu’on a pu avoir ses coordonnées.

Seul avec son chat au 2ème étage de sa maison de Saint-Germain des près Frédéric Beigbeder nous répond longuement aux questions recueillies sur le site de RIA Novosti en russe. L’entretien porte sur beaucoup de choses, les internautes russes ne semblent pas détester le roman, et c’est sa personnalité qui les intéresse surtout. La création est-elle pour vous une nécessité ? Pourriez-vous ne pas créer ? - Comment voyez-vous votre vie dans vingt ans ? - Comment vous définissez-vous, qui êtes-vous ? - Quelle œuvre avez-vous relue le plus grand nombre de fois ? - Quel comportement avez-vous avec les femmes russes ? - Votre rêve ? - Faites-nous part d'un événement ou d'une rencontre qui vous ont fortement marqué. - Qu'est-ce qui vous rend heureux, et l'êtes-vous souvent ? - Aimez-vous la solitude ? - Qui sont vos amis ? - Est-ce que le héros de L'Amour dure trois ans vous ressemble? ... (Oui, c'est lui-même, dans ce roman qui se lit d'un seul coup tout est la vérité). Il est intéressant à écouter. Il s’avère gentil, et surtout il ne se prend pas au sérieux. "Il t’a draguée ?", demande une amie française. Non, loin de cela. Il a dit " A bientôt, Alexandra ", mais c'était juste une formule de politesse.

"Depuis la première fois que je me suis rendu à Moscou, en l'an 2000, je suis tombé amoureux de ce pays. Il y a toutes les qualités, toutes les choses que j'aime. J'aime faire la fête, avoir des conversations littéraires interminables jusqu'à six heures du matin, j'aime les poètes clodos, j'aime l'alcool, les très jolies femmes, les milliardaires dépravés, les fleuves, les paysages, les nuages", - confiait l'écrivain. Il parlait aussi du polonium, mais cela a été jugé trop délicat pour être publié...

Photo: Frédéric Beigbeder lors de l'entretien, chez lui. D.R.

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RIA Novosti – Noga: on a gagné !

Au retour du Palais de justice, ce vendredi 16 mai.

Le nom de la compagnie suisse Noga m'était familier sans que je connaisse les détails de ce long litige datant du début des années 90 qui la lie avec le Gouvernement russe. S’affirmant creancière de ce dernier Noga a procedé par le passé à plusieurs saisies des biens russes à l’étranger, dont certaines, notamment l’affaire du voilier Sedov en France ou celle d'une collection de tableaux du Musée Pouchkine en Suisse, ont reçu une large couverture médiatique en Russie.

Il y a quatre mois et demie l’affaire Noga nous a pourtant touché de près, même si la lettre de la banque qui m'attendait au retour des vacances d’hiver ne nous a pas fait réaliser tout de suite la gravité de la situation : «Nous vous informons que par procès-verbal du 2 janvier 2008, Messieurs P.Robert et M.Robert, Huissiers de justice à Paris, nous ont signifié une saisie-attribution comportant également saisie des valeurs mobilières à votre encontre, à la requête de la Compagnie Noga d'Importation et d’Exportation,…, pour la somme de 49 006 941,20 euros. A ce titre nous avons déclaré que votre compte comportait le solde suivant, sous réserve du dénouement des opérations en cours : … 79 510, 17 euros». Mais cela s’avère grave, l’argent sur le compte de bureau parisien de RIA Novosti a bien été bloqué. Pourquoi ? Comment ? Qu'est-ce que RIA Novosti a à faire avec cette histoire ?..

La saisie ne nous ayant jamais été notifiée, je me procure une copie du procès-verbal adressé à la banque. Par le biais de son huissier, Noga y indique à coté du Gouvernement de Russie, son prétendu débiteur, tout un nombre de différents organismes et sociétés russes, dont l’Agence RIA Novosti, « en tant que tous constituent des émanations du Gouvernement de la Fédération de Russie ».

On va donc assigner Noga pour obtenir la mainlevée. Par ses statuts RIA Novosti est une personne morale distincte et indépendante du Gouvernement de Russie. Et même si nous sommes une entreprise publique, « entreprise fédérale unitaire d’Etat » plus précisément, RIA Novosti dispose de son propre patrimoine qui lui est confié par l’Etat « en gestion économique » - une notion du droit russe très proche de celle du droit de la propriété.

Un dossier de plusieurs centimètres de largeur comportant une assignation d'une vingtaine de pages rédigée par Me Renaud Thominette détaille tout cela, après des semaines passées entre des rendez-vous, des discussions téléphoniques, des mails... Pendant la plaidoirie l’avocat de Noga est pourtant très éloquent lui aussi. Il nous qualifie d’« une porte-parole disciplinée du Gouvernement », la raison pour laquelle l’état « se paye le luxe » de nous entretenir. Il va jusqu'à jeter sur le bureau du juge un numero du Monde en disant : regardez, toute la presse internationale parle des manifestations de l’opposition en Russie (Medvedev vient tout juste d'être élu le nouveau président), mais pas un mot dans les dépêches de RIA Novosti ! Nous serions donc bien une émanation du Gouvernement... Ce discours-là n’est pas du domaine du droit, me rassure Me Thominette...

En effet. Me Philippe Scarzella que je croise aujourd'hui au Palais de justice le reconnaît lui-même. "C'était pour faire des effets au juge", dit-il quand on discute après avoir pris connaissace de la décision du juge, rendue aujourd’hui, après plus de deux mois d'attente. La décision est en notre faveur. Le juge « dit que RIA Novosti est une personne morale distincte du Gouvernement de la Fédération de Russie, dit en concéquence qu'elle n'est pas tenue de dettes de ce dernier, déclare nulle la saisie-attribution.., ordonne la mainlevée.. ». Nos comptes seront donc débloqués. Et si en plus Noga nous payait 30 000 euros de dommages et intérêts et de frais d'avocat, ordonnés par le juge... Ne nous berçons pas d'illusions! En tout cas, c'était une expérience. Bref, il faudra fêter!

Photo: Au retour du Palais de justice, ce vendredi 16 mai. D.R.

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De Paris à Dakar, souvenirs russes

Sénégal, voilà un pays auquel on ne pense pas souvent en Russie en faisant des projets de vacances. Les russes vont beaucoup en Afrique du nord, l’Egypte étant une de leurs destinations africaines les plus prisées, mais au delà le tourisme russe est quasi inexistant. « Parmi les citoyens russes ce ne sont que des membres des equipes participant au rallye Paris-Dakar qui se rendent régulièrement au Sénégal. D’une façon irrégulière visitent le pays des yachtsmen russes», dit le site de l’Ambassade de Sénégal en Russie. Il apprend également que c’est dans le… football que les relations russo-sénégalaises sont les plus actives, plusieurs footballers sénégalais jouant dans des clubs russes, notamment dans le Spartak et le Dinamo.
Mais nous sommes en France, et le nom de ce pays francophone de l’ouest de l’Afrique subsaharienne est presque immédiatement apparu à l’ordre du jour quand on cherchait où aller pour les vacances scolaires d’avril. Amis parisiens, agents de voyages, ils étaient plusieurs à nous conseiller le Sénégal. On n’en connaît rien et cela a l’air exotique - c’est donc décidé.

Sans doute étions-nous les premiers russes à demander le visa au Sénégal à son Ambassade à Paris. Mauvaise surprise nous attend – pour la Russie une consultation de Dakar est exigée ! Trois semaines plus tard Dakar n’ayant jamais répondu (!), on débarque au Sénégal avec des visas qu’il faut renouvler sur place car ils ne couvrent pas l’integralité de notre sejours.

On est au bord de l’océan, à 2 heures de Dakar, et du coup appeler l’Ambassade de Russie pour demander leur aide demande un vrai effort. Après le premier contact avec le consul c’est l’ambassadeur lui-même qui se charge de notre dossier. Joint au téléphone, il m'émerveille par son extrême gentillesse. Il ne peut rien garantir, mais il fera tout le possible pour régler notre petit problème. Pas besoin qu’on fasse un détour à Dakar, « les routes ici ne sont pas à la hauteur, je ne veux pas vous faire passer une telle épreuve », il va nous envoyer son chauffeur pour récupérer nos passeports... « Je me souviens bien de vous », me dit-il à la fin. Pas possible, il se trompe évidemment. Non, il ne se trompe pas, Alexandre Vassilievitch Choulguine. On s’est en effet rencontré à Moscou il y a trois ans pendant une réunion au Ministère des affaires étrangères, il était alors directeur adjoint du Premier département de l’Europe chargé des relations avec la France , moi – travaillais dans la section française du Département des relations internationales de RIA Novosti. Je n’en reviens pas, tellement cette coïncidence me semble impossible... Lui aussi a été plus que surpris. « Mais qu’est-ce qu’elle fait dans notre petit coin du monde oublié par le dieu ?! », était sa première pensée. C’est que s’il y en a du tout, les touristes russes venant chaque année au Sénégal se comptent sûrement avec les doigts d’une main !

Ils sont une trentaine à Dakar, dont 10 diplomates, « 11 avec moi », précise l’ambassadeur quand on lui rend une visite-surprise profitant d’une excursion qui nous amène jusqu’à Dakar. Il connaît bien les locaux de RIA Novosti place du Général Catroux à Paris, il a été en poste en France quand notre immeuble était encore occupé par l’Ambassade, il y a plus de trente ans... Il y avait donc déjà un marché et un Monoprix rue Lévis à l’époque... Alexandre Vassilievitch nous raconte comment s’est réglée la question de nos visas. Encore un coïncidence : un rendez-vous avec le ministre sénégalais de l’intérieur était programmé. Pendant le rendez-vous le ministre parle entre autres de sa volonté de favoriser le tourisme russe au Sénégal, mais justement, lui dit l’ambassadeur, il y a des touristes russes qui ont un petit souci...

Le Sénégal n’existait pratiquement pas pour moi avant. Je n’était pas loin de ce « guide » - tout le monde est guide là-bas dans les zones touristiques – qui nous aborde sur la plage : « La Russie ? Je ne connais pas de tel pays ». J’en sais un tout petit peu plus maintenant, au moins pourrais-je aider Jean-Marie Bigard et Laurent Baffie, sur lesquels je tombe en changeant de chaine au moment de finir ce billet, à choisir, dans cet episode de Qui veut gagner des millions, entre Le Mali, Le Niger, La Gambie et la Mauritanie en répondant à la question « Lequel de ces pays dAfrique n’a pas de frontière commune avec le Sénégal ? ». Et, même si le dernier Ramses de l’IFRI que je prends avec moi au Sénégal et qui y consacre un article n’en dit rien, je sais aussi, encore grâce au site de l’Ambassade de Sénégal en Russie, qu’en octobre 2002 un accord de partenariat dans le demaine d’échange d’information a été signé entre la compagnie sénégalaise Soleil-Grafisol et ... RIA Novosti !

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Xavier Emmanuelli – Léonid Rochal – bon anniversaire!

Avec Xavier Emmanuelli, dans son bureau.

Rendez-vous au siège de la Samusocial de Paris dans le 12ème pour rencontrer le docteur Xavier Emmanuelli, son fondateur et président. Non, ce n’est pas pour une dépêche d’actualité, c’est pour enregistrer un petit clip vidéo à l’occasion du 75ème anniversaire de son confrère et ami russe – le docteur Léonid Rochal. Personnalité peu ordinaire, ce chirurgien russe est directeur de l'Institut de recherches en urgences chirurgicales et en traumatologie pédiatrique. Il est aussi président de la Fondation internationale de l’aide aux enfants en situations de catastrophes et d'opérations militaires qu’il crée en 1988 après le tremblement de terre de Spitak, en Arménie. Léonid Rochal aidera également à monter la Samusocial de Moscou qui se consacrera à aider les sans-abris les plus vulnérables - les enfants.

Cela se fait beaucoup chez nous, lorsqu'une personnalité de la vie publique fête un anniversaire marquant, que d'autres personnalités et organisations lui rendent hommage. Il n'y pas de telle coutume en France, m'alertent mes collaborateurs français. Pas évident de demander aux gens de souhaiter publiquement son anniversaire à qui que ce soit. On prépare une lettre à M.Emmanuelli où on parle de cette tradition. On explique bien notre démarche. « L'Agence d'information internationale de Russie RIA Novosti, qui compte plus d'une quarantaine de bureaux à l'étranger, a décidé de s'associer pleinement et concrètement à cet hommage. L'activité du professeur Rochal s'étendant bien au-delà des frontières de la Russie , il nous a semblé naturel de recueillir des témoignages de personnalités marquantes de la vie publique internationale, engagées notamment, comme le professeur Rochal, dans le combat médical et sanitaire ».

M.Emmanuelli, qui a été également un des fondateurs des « Médecins sans frontières », nous accueille chaleureusement et simplement, il semble ravi de parler de son ami russe – « un homme de courage et de générosité ». Comme par hasard, il le revoit le le soir-meme à Paris. « Léonid vient simplement pour qu’on se voie ». Il nous invite à les rejoindre pour avoir des images de leur rencontre. Alléchant d'une part, et Carlos est prêt à m'accompagner, mais je décline, maintenant c'est à moi que cela semble un peu trop... pour un anniversaire!

Photo: Avec Xavier Emmanuelli, dans son bureau. D.R.

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Garry Kasparov – RIA Novosti – no comment

Vidéo enregistrée à Paris le 21 novembre 2007.

RIA Novosti : Bonjour, c'est RIA Novosti, je peux vous poser une question ?

Kasparov : Mais vous ne publierez rien. A quoi bon m'interroger, alors ?

RIA Novosti : Nous verrons bien…

Kasparov : Et bien justement, parce que vous "verrez bien", je ne vous dirai rien…

RIA Novosti : Juste une question…

Kasparov : Une question, allez… On enregistre, et on verra ensuite…

RIA Novosti : Quelle est aujourd'hui la personne en Russie qui, s'il lui était possible d'obtenir le poste présidentiel, serait capable d'assurer le développement de la Russie dans la bonne direction, d'assurer la stabilité économique, politique et sociale du pays ? Cette personne, ce serait vous ?

Kasparov : Les décisions sont prises non pas par une personne, ni même cinq ou dix. Elles doivent être prises par 140 millions de personnes. L'essentiel est d'assurer les conditions dans lesquelles 140 millions de personnes pourraient faire leur choix sans l'ingérence de forces qui sont intéressées à tel ou tel résultat. Si cette possibilité existait, je peux vous dire avec certitude que ceux qui dirigent la Russie aujourd'hui n'auraient aucune chance de le faire.

Un petit commentaire tout de même: finalement on a publié, au moins dans un blog!

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Un peu d’ITAR-TASS

Les ouvriers du sovkhoz « Zaokski » écoutent la dépêche de TASS sur le vol du vaisseau spatial Vostok avec Youri Gagarine à bord (le 14 avril 1961). © RIA Novosti

Au bureau parisien de RIA Novosti on est huit à plein temps aujourd'hui : 3 journalistes russes et 5 collaborateurs français. Ils étaient une trentaine dans les années 70. Sur une vielle photo que garde toujours Dominique Duperron, responsable de photothèque, c'est Vladimir Katine qui dirige l'équipe. Une dizaine de directeurs se sont succédés après, le bureau s'est beaucoup rétréci, mais il n'y a pas un seul parmi mes collaborateurs français d'aujourd'hui qui y travaille moins de 20 ans. Quel drôle d'effet cela doit leur faire quand ils ont comme chef une jeune femme comme moi qui il y a trois ans encore venais travailler à leurs cotés en tant que stagiaire. En effet, on ne devient pas chef du bureau à 30 ans en France, me dit Piotr Smolar du Monde.

Il y a trente ans RIA Novosti s'appelait APN (Agence de presse Novosti) et n'était pas encore une agence de presse dans le sens classique. APN était une agence de propagande, employant les commentateurs et les journalistes qui racontaient la vie en URSS dans la presse étrangère et éditant des dizaines de ses propres magazines partout dans le monde. C'est TASS (Agence télégraphique de l'Union soviétique) qui détenait alors le monopole en terme de « news ». Les bureaux du TASS, avenue Bosquet, notre chauffeur Carlos les connaît bien. En 1977 déjà il y allait tous les matins pour récupérer les dépêches, me raconte-il alors que j'y vais enfin, au bout de 6 mois de travail à Paris, pour faire la connaissance de Dmitry Gorokhov, chef du bureau.

Les dirigeants de l’Agence de presse Novosti (APN) montrent à Youri Gagarine des articles de l’APN sur les succès de l’industrie spatiale soviétique publiés dans la presse internationale (le 14 avril 1964). © RIA Novosti

Aujourd'hui RIA Novosti n'a plus besoin de dépêches de TASS, depuis 1991 nous sommes nous-même une agence de presse à part entière. La publication de « L'étude soviétique » en France a été arrêtée depuis une vingtaine d'années, et le rez-de-chaussée de nos bureaux est vide sans l'imprimerie qu'il abritait à l'époque.. Tout est en ébullition à Moscou en revanche. La nouvelle « news room » multimédia de RIA Novosti boulevard Zoubovsky à Moscou qui regroupe en 1 100 mètres carrés 300 correspondants et rédacteurs travaillant dans diverses langues avec les textes traditionnels, les photos, les vidéo, l'infographie, etc., a été inaugurée en janvier. Tous les trois on était déjà à Paris, et il est vrai qu'ici, dans le bureau de représentation que nous sommes, il peut nous arriver parfois d'avoir l'impression que cela se passe ailleurs... Cela ne dure pas longtemps en tout cas... Grandes tâches et petites tâches, le travail ne manque pas. Mon « marathon d'automne » risque de durer. Partir quelque part tous les week-ends - me conseillait le confrère d'ITAR-TASS. Avec ma BMW, pourquoi ne le fait-on pas, justement ?

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Des images qui parlent bien de la spécificité de la mission de l'agence TASS et de l'APN à l'époque:

Photo 1: Les ouvriers d'un sovkhoz écoutent la dépêche de TASS sur le vol du vaisseau spatial Vostok avec Youri Gagarine à bord (le 14 avril 1961). © RIA Novosti

Photo 2: Les dirigeants de l'Agence de presse Novosti (APN) montrent à Youri Gagarine des articles de l'APN sur les succès de l'industrie spatiale soviétique publiés dans la presse internationale (le 14 avril 1964). © RIA Novosti

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