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dimanche 23 novembre 2014

Une citation par semaine





8 « Etes-vous, mon Seigneur et mon Bien, réduit à une telle extrémité que vous trouviez bon d’accepter ma pauvre compagnie ? Et je vois, à l’expression de votre visage, que vous avez oublié vos peines en me voyant près de vous. Mais comment, Seigneur, est-il possible que les anges vous laissent seul, et que votre Père ne vous console pas ? S’il en est ainsi, Seigneur, et si vous voulez souffrir tout cela pour moi, puis-je appeler souffrance tout ce que je supporte ? de quoi ai-je à me plaindre ? Je me sens toute honteuse de vous avoir vu dans cet état. Je veux endurer, Seigneur, toutes les épreuves qui surviendront dans ma vie et les regarder comme un grand bien, pour vous imiter tant soit peu. Marchons ensemble, Seigneur ! Par où que vous alliez, il me faut aller. Par où que vous passiez, il me faut passer. »
Chemin de perfection, 42, 6

7 « Je ne vous demande pas de penser à lui, ni de forger quantité de concepts ou de tirer de votre esprit de hautes et subtiles considérations : je ne vous demande que de fixer sur lui votre regard. […]
Est-ce donc beaucoup que vous détourniez les yeux de l’âme des choses extérieures pour les porter quelques fois sur lui ? Songez, comme il le dit à l’épouse, qu’il n’attend de vous qu’un regard ; vous le trouverez tel que vous le désirez. Il estime tant ce regard que, de son côté, il ne négligera rien pour l’avoir »
Chemin de perfection, 42, 2

6 « Savez-vous ce qu’est être vraiment spirituels ? Se faire l’esclave de Dieu ‑ marqués de son empreinte qui est celle de la croix, parce que déjà ils lui ont donné leur liberté ‑ afin qu’il puisse nous vendre comme les esclaves de tout le monde, ainsi qu’il l’a été lui-même. […] Tout cet édifice, je le répète, a pour fondement l’humilité. […] Ainsi, mes sœurs, pour arriver à un bon fondement, faites-vous la plus petite de toutes et leur esclave, examinant comment et par quel moyen vous pouvez leur faire plaisir et les servir. […] Pour cela il ne faut pas poser vos fondations seulement sur la prière et la contemplation parce que si vous ne cherchez pas à acquérir les vertus et si vous ne vous y exercez pas, vous demeurerez toujours des naines. Et encore, plaise à Dieu que ce soit seulement de ne pas grandir, car vous le savez celui qui ne grandit pas rétrécit : je tiens en effet pour impossible que l’amour se contente de rester dans l’état où il se trouve »
Les demeures VII, 4, 9-10

5 « Dieu dérobe l’âme tout entière pour lui-même comme si elle était sa chose à lui ou son épouse et lui montre quelques parcelles du royaume qu’il a gagné, lui qui est ce royaume. Pour peu qu’on voie, c’est toujours beaucoup ce qu’il y a dans ce Dieu grand, et il ne veut nulle gène de personne, ni des puissances, ni des sens ; au contraire, il commande qu’on ferme toutes les portes de ces demeures. Et seule celle en laquelle il réside reste ouverte pour nous rencontrer. Bienheureuse et abondante miséricorde ! Avec raison ils sont malheureux ceux qui ne voudraient jouir d’elle et perdraient ce Seigneur. Oh mes sœurs, ce n’est rien ce que nous quittons, et rien ce que nous faisons ni pourrions faire pour un Dieu qui ainsi veut se donner à un ver ! »
Les demeures VI, 4,9

4 « Les confesseurs qui ne sont que des demi-théologiens ont fait un très grand mal à mon âme, car je ne pouvais m’adresser à des théologiens aussi bons que je l’eusse désiré. J’ai appris par expérience que, s’ils sont vertueux et de vie sainte, il est préférable que les confesseurs ne soient aucunement théologiens ; car, se méfiant d’eux-mêmes, ils recourent à ceux qui possèdent une bonne théologie, et je partage leur méfiance : un bon théologien ne m’a jamais induite en erreur. »
Vie 5,3

3 « Je vous donne un conseil : ne pensez pas arriver à cet état [de sainteté] par vos efforts ou votre habileté, ce serait vain ; au contraire, si vous avez de la dévotion, vous tomberez dans la froideur. Dites plutôt, avec simplicité et humilité, car c’est l’humilité qui vient à bout de tout : Fiat voluntas tuas [Que ta volonté soit faite]. »
Chemin de la perfection, 56,3

2 « Lorsque vous rencontrez dans la Sainte Ecriture ou dans les mystères de notre foi des choses que vous ne comprenez pas, ne vous y arrêtez jamais plus longtemps que je vous l’ai dit, ne soyez pas épouvantées par des paroles excessives que vous y entendrez sur les rapports de Dieu et de l’âme. L’amour qu’il a eu et a encore pour nous m’épouvante bien davantage et me fait perdre la raison sachant ce que nous sommes. Je comprends qu’il ne peut y avoir d’excès dans les paroles qui manifestent cet amour, puisqu’il nous l’a manifesté plus encore par ses œuvres. Mais pour l’amour de moi, réfléchissez à l’amour que Dieu nous a témoigné et vous reconnaîtrez qu’un amour si puissant, si fort, ne peut s’exprimer que par des paroles étonnantes. »
Pensées sur l’amour de Dieu, I, 7

1 « Mes filles, ne nous décourageons point. Quand l’obéissance nous imposera des œuvres extérieures, serait ce même à la cuisine, sachez que le Seigneur est là au milieu des marmites et qu’il nous aide à l’intérieur et à l’extérieur.
[…] La souveraine perfection ne consiste pas évidemment dans les joies intérieures, ni dans les grandes extases, ni dans les visions, ni dans les prophéties. Elle consiste à rendre notre volonté tellement conforme à celle de Dieu que nous embrassions de tout notre cœur ce que nous croyons qu’il veut, et que nous acceptions avec la même allégresse ce qui est amer et ce qui est doux dès que nous comprenons que Sa Majesté le veut »
Les Fondations, V

vendredi 21 novembre 2014

Le tabernacle, c'est les frères (Mt 25,31-46)



Nous arrivons au terme de l’évangile de Matthieu, juste avant la passion. Le discours en paraboles s’achève et culmine sur la parabole des brebis et des boucs. Le discours sur le jugement dernier et la fin des temps trouve dans cette parabole son sommet : la seule connaissance du Seigneur passe par le service des frères.
Il est de bon ton aujourd’hui de juger aberrant Mai 68. Il est de bon ton aujourd’hui de regarder avec condescendance le catholicisme des années 70, pastorale de l’enfouissement dont Jean-Paul II et Benoît XVI nous ont sortis. Soyons fiers d’être chrétiens ! N’ayons pas peur d’afficher notre foi !
Dans les années 70, on citait volontiers cet évangile. Importe le service du pauvre et de l’exclu. La véritable pratique n’a jamais été la messe du dimanche, dans l’évangile, mais la mise en pratique de la parole. La confession du nom de Jésus et le fait de l’avoir rencontré sont effacés de la mémoire du Fils de l’homme si le frère n’a pas été servi, si le Fils de l’homme n’a pas été honoré dans ses frères, les hommes. Mieux vaut cacher que l’on est chrétien, ce n’est que par le service des frères que se dit, discrètement, notre attachement au Seigneur.
Ce décalage par rapport aux années 70 permet de mieux saisir le côté intempestif de l’évangile. Aujourd’hui encore, ce que dit Jésus ne convient pas, est à côté de la plaque, doit être ajusté. Eh bien non. La parole de Jésus devrait-elle continuer à passer pour folie, il faudrait encore et toujours l’écouter et la mettre en pratique, ne l’édulcorant en rien, assumant son intempestivité, son inactualité, son inopportunité, sa folie.
Voilà l’inopportun. Jésus ne demande pas tant à être connu que servi dans les frères, ou plutôt, le connaître c’est le servir dans les frères. Thérèse d’Avila écrivait à ses sœurs : «  Savez-vous ce qu’est être vraiment spirituels ? Se faire l’esclave de Dieu […] Ainsi, mes sœurs, faites-vous la plus petite de toutes et leur esclave, examinant comment et par quel moyen vous pouvez leur faire plaisir et les servir. […] Pour cela il ne faut pas poser vos fondations seulement sur la prière et la contemplation parce que si vous ne cherchez pas à acquérir les vertus et si vous ne vous y exercez pas, vous demeurerez toujours des naines. »
Sans le service des autres, même avec la prière et la contemplation, nous restons des nains, des handicapés dans la foi.
Alors à quoi sert de croire, de confesser le nom de Jésus, s’il suffit d’aimer le frère ? La question ne manque pas d’impertinence. On dirait des enfants gâtés, des têtes à claques ! S’il suffit d’aimer le frère. Eh bien, que l’on s’y mette et quand on y sera, on pourra reposer la question ! Ou plutôt, quand on y sera, on verra que la question ne se pose plus. Parce qu’il s’agit, si l’on veut bien lire, de servir Jésus dans le frère. N’est-ce pas exactement ce que nous nous proposions de faire, de servir Jésus ?
Avec Jésus, il n’y a plus d’identité chrétienne, de spécifiquement chrétien, au sens de réservé aux chrétiens. Le spécifiquement chrétien, c’est le contraire du communautariste. Le spécifiquement chrétien, c’est l’humain. Il ne peut rien avoir de réservés aux chrétiens dès lors que l’humanité est divinisée, dès lors que plus rien d’humain ne peut échapper à la vie et que l’inhumain est brûlé dans le feu que notre haine du frère ne cesse d’alimenter ? Tout ce qui est humain est désormais divin et tout ce qui est divin, pour autant que cela se dit aux hommes, ne peut être qu’humain.
On ne peut séparer le spirituel de la morale. Il n’y a pas de vie spirituelle qui ne soit convoquée à la mise en pratique de la parole de Jésus. L’humilité de Dieu, sa toute-puissance, passe par son anonymat, sa disparition derrière le frère. Quand le frère sera servi, il sera temps de parler de Dieu ; avant, c’est duperie et blasphème.
Ainsi est notre Dieu, comme celui qui préfère qu’on s’occupe des autres plutôt que de lui. Ainsi est notre Dieu qui trouve sa gloire dans une humanité toujours plus humaine. Ce que nous aurons fait ou non à ces plus petits qui sont ses frères, c’est à lui que nous l’aurons fait… ou non. Le tabernacle, l’arche d’alliance, c’est les frères.
 

jeudi 13 novembre 2014

La parabole des talents Mt 25,14-30 (33ème dimanche)

Nous connaissons cette parabole par cœur (Mt 25,14-30). J’y relève cependant quatre propos très rarement commentés. Si l’on devait nous demander de raconter la parabole, il est probable que nous aurions omis l’un ou l’autre, sans même nous en apercevoir.
-     Lorsqu’il revient de voyage, le maître demande des comptes. La traduction édulcore quelque peu. Il faut traduire : le maître « règle ses comptes avec eux ».
-     Le troisième serviteur nous fait un portrait de son maître, passage important puisque l’évangéliste fait répéter ce portrait par le maître qui cite littéralement le serviteur : « Tu savais que j’étais un homme dur, que je moissonne là où je n’ai pas semé, et ramasse où je n’ai pas répandu. » Bref, le maître apparaît comme un homme sévère, âpre aux gains voire voleur. Ne faut-il pas être voleur pour moissonner dans un champ que l’on n’a pas ensemencé, sans doute le champ du voisin ?
-         La conclusion en forme de sentence, de sentence de mort, est terrible : « Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents ! »
-      Cette conclusion, enfin, est précédée par une sorte de proverbe qui étonne : « Car celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. » Quelle drôle de règle, de justice ? C’est exactement ce qui se passe dans notre monde où les inégalités ne cessent de se creuser. Les riches sont toujours plus riches et les pauvres plus pauvres. On a vu cela encore avec la crise économique que nous traversons.
Le maître donc règle ses comptes, est un voleur implacable, condamne à mort et organise le monde pour être toujours plus riche, favorisant ceux qui ont le plus de moyens, chaque serviteur ayant reçu, ainsi que le précise le texte, « selon ses capacités ».
Or c’est bien évidemment Dieu que le maître de cette parabole représente...
Là, il faut marquer un temps d’arrêt. Que dit Jésus ? Qu’est-ce qu’il raconte ? Il voudrait nous faire détester le Père qu’il ne s’y prendrait pas autrement ! Qui donc peut voir dans la parabole des talents une bonne nouvelle, un évangile, si Dieu est comme ce maître ?
La seule solution que je voie pour que Dieu ne soit pas ainsi défiguré, c’est de lire la parabole comme anti-discours. Ce n’est pas l’avis de Jésus que nous entendons ; il ne fait que répéter ce que partout il entend. Jésus agit comme le maître de la parabole qui répète ce que raconte le serviteur. Rien ne dit ‑ au contraire ! ‑ que le maître de la parabole et Jésus accordent foi à ce qu’ils ne font que répéter. C’est tout à fait explicite chez Luc (19, 12-27).
Qui pense autant de mal de Dieu ? Evidemment ses adversaires ! Mais si l’on en croit l’ouverture de tout ce discours en paraboles, c’est à ses disciples que Jésus s’adresse. Comment les disciples de Jésus peuvent-ils ne pas réagir à pareille parabole ? Comment peuvent-ils, pouvons-nous, ainsi penser ?
Si les athées refusent de mettre leur foi en un tel Dieu, nous ne pouvons que leur donner raison. Mais si les disciples tirent ainsi le portrait de leur Dieu, c’est la fin de l’évangile et il ne reste que les sans-Dieu pour sauver Dieu. C’est un comble !
Comment les disciples peuvent-ils avoir une telle idée de Dieu ? C’est qu’ils croient en la théologie de la rétribution. Ils croient que le salut s’obtient de ce que l’on fait. Alors, voyant le peu qu’ils ont fait, ils ont peur, parce qu’ils savent que Dieu est un maître dur qui récolte là où il n’a pas semé. Quelle horreur !
Dieu, une fois encore, n’est pas ce que nous croyons. Imaginez le troisième serviteur venir avec l’unique talent reçu, courir vers Dieu pour se jeter dans ses bras et lui dire, tout joyeux ou en pleurs, selon son caractère. « Père, Papa, ton absence a été si longue. Sans toi, nous ne pouvons rien faire (Jn 15,5). Sans toi, je suis perdu et stérile. Sans toi, ma vie est mort qui ne produit rien. Alors je te bénis de ce qu’enfin tu reviennes. »
Si ce troisième serviteur s’était ainsi avancé vers le maître, que se serait-il passé ? La parabole ne le dit pas. Elle nous oblige à l’imaginer pour que, une fois au moins, nous disions du bien de notre Dieu, nous soyons convertis au et par le Dieu d’amour.
C’est parce que nous ne croyons pas en Dieu que nous sommes capables de parler de talents à faire fructifier, de faire dire à l’évangile que Dieu attend de nous que nous développions nos talents. Morale de bourgeois qui prie chaque dimanche mais ne s’est jamais laissé évangéliser. Et il y aurait du laxisme ou de l’abandon de la doctrine à changer notre discipline ecclésiale ? Pharisiens hypocrites, qui jugeons autrui au nom d’une doctrine aussi défigurée que le maître de la parabole ! Nous ne croyons pas en Dieu, la preuve, cela ne nous gène pas d’entendre qu’il règle ses comptes, est voleur, accroît les injustices et jette les hommes en enfer. Où est l’amour ? Même les athées n’osent pas penser aussi mal de Dieu…