[Ga: een map omhoog, voorpagina]

mardi 16 décembre 2014

La conversion des salauds (veillée pénitentielle)


Dans les deux lectures que nous venons d’entendre (So 3, 1-2.9-13 - Mt 21, 28-32), les pécheurs, ou ceux qui n’ont pas choisi la « bonne » attitude, sont membres du peuple de l’Alliance. Il n’y a pas les bons, ceux qui seraient croyants, et les mauvais, ceux qui s’en prennent à la communauté, à la vérité de l’évangile ou de l’enseignement de l’Eglise. Ici, la Parole s’adresse à nous, nous disciples.
Le problème, le drame, c’est que le péché infecte jusqu’à nos communautés, jusqu’à notre cœur à nous, qui prétendons faire de la loi de sainteté notre guide dans la vie. Les dix commandements à partir desquels nous faisons notre examen de conscience, c’est nous aussi, qui les foulons aux pieds.
Si le peuple de l’alliance, celui qui est chargé par sa simple présence, de témoigner de la sainteté de Dieu, est perverti, qui parlera pour Dieu ? Le peuple chargé d’être une bénédiction pour les Nations parce que Dieu habite en son sein, s’il est pécheur, empêche que d’autres puissent connaître Dieu, se fier à lui. Le drame de notre péché, c’est assurément le mal que nous faisons au frère, c’est aussi la lutte la plus efficace contre Dieu. Notre péché fait le lit de l’indifférence, de l’athéisme voire de la haine de l’évangile, au moins autant que le vice des autres ou leur lutte acharnée contre l’Eglise et l’évangile.
Ce n’est pas d’aujourd’hui. Déjà Sophonie ne sait que faire. Il opte pour la solution du petit reste, une poignée de purs sur qui compter pour régénérer le peuple. Je suis désolé de contredire le prophète, mais ça ne marche pas son truc. Cela conduit le peuple de Dieu, à vocation universelle, à la secte. Pire, y en a-t-il un seul d’entre nous pour faire partie des purs ?
La solution de Jésus, si je puis dire, consiste dans une démarche exactement inverse. Plutôt que de chercher les quelques purs, on affirme que ceux qui précèdent dans le Royaume sont les pécheurs, les pécheurs publics. Je ne suis pas certain que l’on ait jamais bien entendu cela dans notre Eglise.
Y a-t-il une condition à pareille préséance ? Condition n’est pas le mot. Car l’amour de Dieu est toujours sans condition. Mais enfin, ce n’est pas n’importe quel pécheur qui fait la volonté du Père. C’est le pécheur qui se reconnaît pécheur, celui qui ne se croit pas meilleur que les autres, prêt à jeter la première pierre. Pour ne pas jeter la pierre nous aussi, nous éviterons de faire l’examen de conscience des autres et de désigner les pharisiens.
La parole de Jésus est terrible. « Vous, après avoir vu cela [la conversion des salauds], vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à la parole. » La conversion des salauds est le signe de ce qu’il est possible d’en finir avec le mal. La solution au péché n’est pas l’affaire de quelques purs, mais la foi en un Dieu capable de rendre saints les pécheurs.
Alors nous sommes ici pour nous reconnaître pécheurs. Non pour nous flageller, nous humilier, nous complaire dans une liste de péchés malsaine. En parlant de notre péché, ce serait encore nous que nous célébrerions en nous mettant en scène, au centre la scène. Nous sommes ici, nous reconnaissant pécheurs, pour laisser Dieu nous relever. Nous sommes ici pour entendre proclamer dans nos vies, sur nos vies, la bonne nouvelle d’un amour infini qui vient détruire le mal, celui dont nous sommes coupables, celui que nous subissons.
Nous sommes ici, à nous reconnaître si loin de la sainteté, pour que Dieu lui-même fasse briller sur nous sa sainteté. Ainsi le monde saura qu’il y a un Dieu saint. Ainsi Dieu transformera le monde. Il fait toute chose nouvelle.


Synode des évêques sur la Famille

Quelques textes
en suivant ce lien

vendredi 12 décembre 2014

La joie, la joie parfaite (3ème dimanche de l'avent)



Dimanche d’invitation à la joie si l’on en croit l’introït grégorien et les deux premières lectures. Il y a un an, le Pape envoyait une première circulaire, la Joie de l’évangile. Nombre d’entre nous sont persuadés que la vérité de l’expérience spirituelle se mesure à la joie. Un saint triste est un triste saint, disait le Pape, reprenant Thérèse de Jésus ou François de Sales.
Je vous avoue que je demeure sceptique, de plus en plus. Notre monde va mal. Ce n’est peut-être pas pire qu’hier, mais il va mal. Je ne pense pas d’abord à l’écologie, mais à la violence contre tant et tant d’entre nous. Et la moindre des violences n’est pas l’inégalité toujours plus grande entre riches et pauvres. Les extrémismes vont de succès en succès. Leurs idéologies ne font même plus sursauter l’homme honnête. Ce n’est pas jouer les Cassandre que de redouter les prochaines échéances électorales françaises où le populisme s’imposera comme une solution aussi évidente, désaseptisée que dangereuse.
Notre Eglise aussi va mal. Les réformes que promeut le Pape et pour lesquelles il a été élu sont freinées par ceux qui ne veulent pas changer un iota à la pratique qu’ils canonisent bien rapidement. La pastorale disent-ils ne doit pas dicter la doctrine ! Mais la miséricorde, ce n’est pas la doctrine ! Que l’on relise la femme adultère. Il en est aujourd’hui pour lancer non seulement la première pierre mais aussi les suivantes. Les adversaires de l’évangile sont moins à l’extérieur de l’Eglise que parmi ceux qui sont censés la servir. Je ne sais pas comment fait François pour ne pas vomir chaque matin en se remettant au travail.
Bien sûr, le monde ni l’Eglise ne se réduisent à cela. Il y a tellement de service des plus pauvres dans le monde, ce service qui ne fait pas de bruit mais qui préserve le souci de la fraternité et de la dignité humaine, comme on protège une flamme du vent qui pourrait l’éteindre.
Je ne l’oublie pas, je veux le voir ce bien, cet amour chaque minute entretenu. Il n’est pas que fragile et a parfois la force qui renverse les montagnes. Cependant, il indique encore les larmes de tant de vallées où l’homme est massacré, où l’évangile est piétiné, par nous-mêmes, disciples de Jésus, et par tant d’autres.
Alors, excusez-moi, mais la joie, je suis sceptique. Je le suis d’autant plus que je pense à tel ou tel d’entre nous, qui craque, parce que la vie est trop lourde, mais qui, chrétien, s’interdit de voir qu’il n’est pas heureux et s’enfonce encore un peu plus dans son malheur. Nous avons parmi nous des spécialistes d’une joie forcée dont l’illusion ne trompe qu’eux.
Alors, la joie… la joie de l’évangile.
Me revient à l’esprit le Saint François d’Assise de Messiaen. La joie, la joie parfaite. Il y a une mélodie au xylophone. Est-elle joyeuse ? Est-elle comme les coups de marteaux sur les lattes de bois, le harcèlement qui crucifie ? Puis, les mots de François qui chante la joie parfaite en une phrase musicale si simple, si courte, soutenue par les ondes Martenot et leurs sons enveloppants, rassurants.
La joie de l’évangile, la joie du Poverello d’Assise, c’est la joie qui fait suite à la mort. François a tout perdu, il est mis en minorité dans l’ordre qu’il a créé. Il a les mains vides, pire les mais vidées, dépouillées, dépossédées. C’est de la fosse qu’il chante, ou geint la joie, la joie parfaite. Son gémissement devient chant.
Je change leur deuil en joie, les console après la peine. Le prophète annonce la résurrection du fond de l’exil. Le fond du gouffre n’apa s tout dit. La joie vient après la mort, non pas demain, dans l’autre monde, mais ici. Même le poète, un peu tard peut-être, s’en est rendu compte : la joie venait toujours après la peine. Seuls ceux qui auront consenti à la mort, là, maintenant, connaîtront la joie. C’est pourquoi la joie se rencontre chez les chrétiens d’Irak, chez les enfants, chez les martyrs. C’est ce que dit l’évangile, Heureux, vous qui pleurez maintenant !
La joie de l’évangile, ce n’est ni le contentement de soi, le développement de soi, une attitude contrainte, le rire des vainqueurs, de ceux à qui tout réussit, ni la sérénité que donnerait la vérité de la foi ; ce n’est pas même le plaisir d’être ensemble entre amis, la jubilation des corps ou le regard posé sur l’enfant qui grandit. Que ces paroles sont dures ! Qui pourra les entendre ? La joie de l’évangile, c’est la bonne nouvelle de la résurrection qui détruit le mal et conduit le bien à un dépassement aussi espéré qu’impossible. La joie de l’évangile, il faut juste être mort pour y avoir part.
Je le redis, non être mort pour ressusciter demain dans l’autre monde. Etre mort aujourd’hui ou hier, pour ressusciter aujourd’hui même, les mains vides, et chanter dans ce monde avec François, le pauvre aux mains vides, la joie, la joie parfaite.






samedi 6 décembre 2014

Yves Congar : L'Eglise, c'est le Christ habitant le monde



« A toute croissance de l’humanité, à tout progrès, à toute extension de l’humain en l’un des domaines de la création – par la connaissance aussi bien que par l’action – doit répondre une croissance de l’Eglise, une incorporation de la foi, une incarnation de la grâce, une humanisation de Dieu. C’est cela l’Eglise, c’est cela la catholicité. L’Eglise n'est pas un petit groupe social, isolé, un bloc à part qui resterait inentamé parmi les évolutions du monde ; l’Eglise c'est le monde en tant que croyant au Christ, ou, ce qui revient au même, c’est le Christ habitant et sauvant le monde par notre foi. L’Eglise, c'est l’humanité religieuse ; que dis-je ? C'est l'univers en tant que transfiguré par la grâce à l'image de Dieu. » (Revue La vie intellectuelle, 1935, p. 247)

L’histoire est très corrosive pour le dogme censé exprimer une vérité éternelle. Au début du XXème siècle, la crise moderniste naît de la contestation par les faits d’une vérité immuable et dogmatique. Par une condamnation imparable, Pie X ne règle pas le problème mais durcit l’opposition entre l’Eglise et le monde. Après le premier conflit mondial, une manière de renouveler la théologie consiste à ne pas se prononcer sur le sens du dogme, mais seulement à exposer des faits, à faire connaître des textes. Ce retour aux sources, difficilement contestables, permet à la liturgie et à la dogmatique de s’accoutumer à l’étrangeté de pensées différentes.
C’est ainsi qu’Yves Congar (1904-1995) renouvelle la théologie de l’Eglise. Il s’engage pour l’unité de l’Eglise alors que Pie XI condamne en 1928 le mouvement œcuménisme comme un faux irénisme. Luther peut être lu autrement que comme l’hérétique qu’il faut contester : c’est un authentique théologien, fidèle en particulier aux Ecritures et à Saint Augustin. Pie XII en 1943 avait invité à revenir à une définition plus théologique de l’Eglise avec son encyclique sur le Corps mystique. Pourtant, on continue à penser l’Eglise de façon juridique comme une société parfaite et hiérarchique c’est-à-dire inégalitaire.
Les années 50 avec la fin du pontificat de Pie XII voient un retour de la crise moderniste et Congar est interdit d’enseigner et de participer à des rencontres œcuméniques ; ses publications sont soumises à une censure drastique. Il s’engage dans la pastorale et garde le souci du monde ouvrier et des prêtres ouvriers. En 1960, il est nommé par Jean XXIII membre de la commission théologique préparatoire de Vatican II. Il participe à la rédaction de nombre des documents conciliaires, scandalisé par les manœuvres de certains, déçus par certaines décisions, enthousiaste devant l’œuvre finalement accomplie. Jean-Paul II achève de le réhabiliter en le créant cardinal en 1994. Multipliant les rencontres, amitiés, cours et travaux universitaires, il est sur tous les fronts ecclésiologiques : théologies des ministères, du laïcat, de la mission, de la pastorale, de la tradition, de l’Esprit Saint, du rôle du Pape, etc.
Lorsque Paul parle de l’Eglise Corps du Christ (1 Co 12) il suppose les charismes ou dons de l’Esprit. La théologie occidentale s’est trop attachée à la verticalité de la relation du Christ, tête ou chef, à son corps. Or l’Eglise est professée dans le Credo comme explicitation de la foi en l’Esprit saint, au même titre que le baptême et la vie éternelle. L’attention à l’Esprit permet de penser la synodalité et la responsabilité de tous en Eglise en articulant ministères et communion ecclésiale (1971). « C’est Dieu qui se construit son Eglise par des dons divers qui vont à l’édification du corps du Christ. » (à propos du rapport de Lourdes 1973) Les ministres ont à exercer ce que leur nom signifie, un service, dans et pour une Eglise, servante et pauvre (1963).
Congar avait publié en 1942 L’Unité de l’Eglise catholique de Cyprien de Carthage comme numéro 7 de la collection de théologie Unam sanctam qu’il avait fondée en 1937. On y lit : « L’Eglise tire ce qui fait son unité de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit », que cite Lumen Gentium. Ainsi, l’Eglise ne peut pas être envisagée pour soi mais toujours référée à Dieu et son projet d’amour pour les hommes. La vocation et la mission définissent l’Eglise au point que parler d’elle en soi n’a pas de sens.
Son rapport à l’humanité n’est alors pas de vis-à-vis où, pour le meilleur, elle est chargée d’enseigner les nations, et pour le pire se situe en opposition au monde, parce que le rapport de Dieu au monde est d’amour. L’Eglise n’est pas autre que l’humanité ; elle est la préfiguration de l’humanité sauvée, elle est cette humanité même en tant que sauvée.
Quand l’humanité n’est plus religieuse, on ne peut dire que « l’Eglise c’est l’humanité religieuse », mais que c’est l’humanité avec sa quête de justice, car, même si elle ne le sait pas ou ne veut pas le savoir, l’humanité rencontre le Christ quand elle offre ne serait-ce qu’un simple verre d'eau. Augustin parlait de l’Eglise depuis Abel. Il écrivait : « beaucoup qui paraissent dehors sont dedans et beaucoup qui paraissent dedans sont dehors ». Nouvelle Eve née du côté ouvert du nouvel Adam, épouse du nouvel Adam, l’Eglise est l’humanité re-née, baptisée dans la mort du Christ pour vivre de sa vie.
Les lignes de l’article de 1935 sont d’une incroyable intrépidité, que rend possible la connaissance des Pères et de la tradition. Leur optimisme un rien progressiste n’est plus possible après la seconde guerre mondiale et la Shoah, la fin des Trente glorieuses et les scandales des ecclésiastiques révélés à la fin du millénaire. L’Eglise, marquée par le péché, est cependant encore la partie qui désigne l’humanité entière, exprimant la vocation à la vie de cette humanité que le Christ sauve de sa misère et de son crime.

Je ne crois pas l'Eglise capable de se réformer...

« Je ne crois pas l’Eglise capable de se réformer humainement. […] Je ne la souhaite pas parfaite, elle est vivante. Pareille au plus humble, au plus dénué de ses fils, elle va clopin-clopant de ce monde à l’autre monde ; elle commet des fautes, elle les expie, et qui veut bien détourner un moment les yeux de ses pompes, l’entend prier et sangloter avec nous dans les ténèbres. Dès lors, pourquoi la mettre en cause, dira-t-on ? Mais parce qu’elle est toujours en cause. C’est d’elle que je tiens tout, rien ne pourrait m’atteindre que par elle. […] Le monde est plein de misérables que vous [les évêques] avez déçus. Personne ne songerait à vous jeter une telle vérité à la face, si vous consentiez à le reconnaître humblement. Ils ne vous reprochent pas vos fautes. Ce n’est pas sur vos fautes qu’ils se brisent, mais sur votre orgueil. »
G. Bernanos, Les Grands cimetières sous la lune, 1937, 1 iii
(Bernanos, catholique convaincu, se désolidarise de la posture partisane des évêques d’Espagne pendant la guerre civile. Monarchiste et proche des milieux conservateurs, y compris de l’Action Française, il exerce sa liberté de conscience pour faire part du scandale dont il est témoin, sans se faire le moins du monde partisan du camp opposé. Le dernier prix Goncourt s’inspire de son ouvrage.)

vendredi 5 décembre 2014

Commencement de l'évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu (2ème dimanche de l'avent)



En ce deuxième dimanche de l’avent, en ce début d’année liturgique, nous ouvrons un évangile à la première page et lisons les premières lignes. Nous commençons la lecture.
Comment la commençons-nous ? Sommes-nous prêts à découvrir un nouveau texte ou, pour le moins, des choses que nous n’aurions encore jamais vues ? Est-ce du bien connu que nous lisons comme un devoir, voire un pensum, parce qu’il le faut bien si l’on va à la messe ?
Ouvrons dans le livre, impatients de le découvrir ou heureux de l’ouvrir de nouveau. Nous l’avons tant et tant de fois relu que nous le connaissons presque par cœur, et nous le savourons une encore fois dans sa fraicheur, sa capacité à surprendre, à renouveler.
     Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu.
     Il est écrit dans Isaïe, le prophète :
     Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin.
     Voix de celui qui crie dans le désert :
     Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
     Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert.
     Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.
Je ne sais pas vous, mais moi, cela m’émeut. C’est si simple ; juste quelques phrases, quelques mots, et déjà tant de choses. Tant de choses, mais rien sur Noël. Si vous aviez besoin d’une preuve de plus que l’avent ne prépare pas à la naissance de Jésus, en voilà une !
Ah bon, mais alors… Alors ? Ecoutons !
Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. C’est un titre, avec des mots importants que pourtant on ne retrouvera guère : cinq fois Christ dans l’évangile de Marc, trois fois Fils de Dieu. L’expression entière elle-même n’existe qu’une seule fois dans toutes les Ecritures, ici. On a quelque chose de rarissime, d’unique. C’est déjà étonnant.
Plus étonnant encore, on ne nous explique rien de tout cela. On passe à autre chose. Il est écrit dans Isaïe, le prophète. On passe à autre chose parce que ce ne sont pas les lignes qui suivent qui expliquent l’expression curieuse et unique, mais l’évangile tout entier. La lecture du texte entier tiendra-t-elle sa promesse de faire comprendre ce que signifie évangile de Jésus Christ Fils de Dieu ? Je ne dis pas qu’il y a là un suspense hitchcockien, mais bon…
Revenons à notre prophète. La liturgie nous a fait entendre dans la première lecture le texte cité par Marc, mal cité, d’ailleurs. Personne ne crie dans le désert. Isaïe n’est pas fou. S’il veut annoncer la bonne nouvelle, un évangile de consolation, ce n’est pas dans le désert qu’il faut crier, mais là où sont rassemblés les accablés à relever. En revanche, dans le désert, il faut préparer la route. On parle d’une faute de traduction, mais Marc n’est pas plus sot que nous. Il sait bien qu’Isaïe ne crie pas la consolation dans le désert ! Peut-être a-t-il peur en revanche que son évangile à lui, celui de Jésus Christ, Fils de Dieu, ne retentisse dans le désert. Un seul, au terme de l’évangile, le centurion au pied de la croix, confessera que Jésus est vraiment le Fils de Dieu. Et nous, serons-nous à l’écoute où laisserons-nous Marc crier dans le désert ?
Isaïe annonce la consolation. Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur. Comme c’est beau ! Dieu comme le père qui console son petit de toute sa peine et souffrance…
Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Nouveau saut. On parle d’autre chose. Il est curieux ce Marc. Il ne peut pas se tenir à son sujet ? Qu’a-t-il à passer ainsi du coq à l’âne ? Non, c’est nous l’âne. Il y a un mot qui nous avait déjà arrêtés et qui revient pour attirer notre attention, le désert. Marc ne présente pas Jean. On sait juste qu’il baptisait. Reconnaissez que si vous ne connaissez pas votre caté, c’est un peu court pour présenter un nouveau personnage. Plus curieux encore. Jean parût dans le désert, semble-t-il, au moment où résonne dans ce désert le cri d’Isaïe.
Le temps est télescopé. Jean semble prendre le relai de la main même d’Isaïe, de ses lèvres mêmes. La consolation d’Israël, l’annonce de la venue du Seigneur est de tout temps, d’hier et d’aujourd’hui. La tendre consolation devient réhabilitation, restauration, résurrection des enfants : un baptême de conversion pour le pardon des péchés.
Jean reprend la prophétie là où Isaïe l'avait laissée ; alors le baptême et le pardon sont le nom de la consolation que Dieu offre. Consolez, consolez mon peuple, dit le Seigneur. C'est est fini de notre mal puisque l'Esprit Saint est répandu sur nous, lui « la rémission des péchés », comme l'appelle le symbole des Apôtres.