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vendredi 21 novembre 2014

Le tabernacle, c'est les frères (Mt 25,31-46)



Nous arrivons au terme de l’évangile de Matthieu, juste avant la passion. Le discours en paraboles s’achève et culmine sur la parabole des brebis et des boucs. Le discours sur le jugement dernier et la fin des temps trouve dans cette parabole son sommet : la seule connaissance du Seigneur passe par le service des frères.
Il est de bon ton aujourd’hui de juger aberrant Mai 68. Il est de bon ton aujourd’hui de regarder avec condescendance le catholicisme des années 70, pastorale de l’enfouissement dont Jean-Paul II et Benoît XVI nous ont sortis. Soyons fiers d’être chrétiens ! N’ayons pas peur d’afficher notre foi !
Dans les années 70, on citait volontiers cet évangile. Importe le service du pauvre et de l’exclu. La véritable pratique n’a jamais été la messe du dimanche, dans l’évangile, mais la mise en pratique de la parole. La confession du nom de Jésus et le fait de l’avoir rencontré sont effacés de la mémoire du Fils de l’homme si le frère n’a pas été servi, si le Fils de l’homme n’a pas été honoré dans ses frères, les hommes. Mieux vaut cacher que l’on est chrétien, ce n’est que par le service des frères que se dit, discrètement, notre attachement au Seigneur.
Ce décalage par rapport aux années 70 permet de mieux saisir le côté intempestif de l’évangile. Aujourd’hui encore, ce que dit Jésus ne convient pas, est à côté de la plaque, doit être ajusté. Eh bien non. La parole de Jésus devrait-elle continuer à passer pour folie, il faudrait encore et toujours l’écouter et la mettre en pratique, ne l’édulcorant en rien, assumant son intempestivité, son inactualité, son inopportunité, sa folie.
Voilà l’inopportun. Jésus ne demande pas tant à être connu que servi dans les frères, ou plutôt, le connaître c’est le servir dans les frères. Thérèse d’Avila écrivait à ses sœurs : «  Savez-vous ce qu’est être vraiment spirituels ? Se faire l’esclave de Dieu […] Ainsi, mes sœurs, faites-vous la plus petite de toutes et leur esclave, examinant comment et par quel moyen vous pouvez leur faire plaisir et les servir. […] Pour cela il ne faut pas poser vos fondations seulement sur la prière et la contemplation parce que si vous ne cherchez pas à acquérir les vertus et si vous ne vous y exercez pas, vous demeurerez toujours des naines. »
Sans le service des autres, même avec la prière et la contemplation, nous restons des nains, des handicapés dans la foi.
Alors à quoi sert de croire, de confesser le nom de Jésus, s’il suffit d’aimer le frère ? La question ne manque pas d’impertinence. On dirait des enfants gâtés, des têtes à claques ! S’il suffit d’aimer le frère. Eh bien, que l’on s’y mette et quand on y sera, on pourra reposer la question ! Ou plutôt, quand on y sera, on verra que la question ne se pose plus. Parce qu’il s’agit, si l’on veut bien lire, de servir Jésus dans le frère. N’est-ce pas exactement ce que nous nous proposions de faire, de servir Jésus ?
Avec Jésus, il n’y a plus d’identité chrétienne, de spécifiquement chrétien, au sens de réservé aux chrétiens. Le spécifiquement chrétien, c’est le contraire du communautariste. Le spécifiquement chrétien, c’est l’humain. Il ne peut rien avoir de réservés aux chrétiens dès lors que l’humanité est divinisée, dès lors que plus rien d’humain ne peut échapper à la vie et que l’inhumain est brûlé dans le feu que notre haine du frère ne cesse d’alimenter ? Tout ce qui est humain est désormais divin et tout ce qui est divin, pour autant que cela se dit aux hommes, ne peut être qu’humain.
On ne peut séparer le spirituel de la morale. Il n’y a pas de vie spirituelle qui ne soit convoquée à la mise en pratique de la parole de Jésus. L’humilité de Dieu, sa toute-puissance, passe par son anonymat, sa disparition derrière le frère. Quand le frère sera servi, il sera temps de parler de Dieu ; avant, c’est duperie et blasphème.
Ainsi est notre Dieu, comme celui qui préfère qu’on s’occupe des autres plutôt que de lui. Ainsi est notre Dieu qui trouve sa gloire dans une humanité toujours plus humaine. Ce que nous aurons fait ou non à ces plus petits qui sont ses frères, c’est à lui que nous l’aurons fait… ou non. Le tabernacle, l’arche d’alliance, c’est les frères.
 

jeudi 13 novembre 2014

La parabole des talents Mt 25,14-30 (33ème dimanche)

Nous connaissons cette parabole par cœur (Mt 25,14-30). J’y relève cependant quatre propos très rarement commentés. Si l’on devait nous demander de raconter la parabole, il est probable que nous aurions omis l’un ou l’autre, sans même nous en apercevoir.
-     Lorsqu’il revient de voyage, le maître demande des comptes. La traduction édulcore quelque peu. Il faut traduire : le maître « règle ses comptes avec eux ».
-     Le troisième serviteur nous fait un portrait de son maître, passage important puisque l’évangéliste fait répéter ce portrait par le maître qui cite littéralement le serviteur : « Tu savais que j’étais un homme dur, que je moissonne là où je n’ai pas semé, et ramasse où je n’ai pas répandu. » Bref, le maître apparaît comme un homme sévère, âpre aux gains voire voleur. Ne faut-il pas être voleur pour moissonner dans un champ que l’on n’a pas ensemencé, sans doute le champ du voisin ?
-         La conclusion en forme de sentence, de sentence de mort, est terrible : « Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents ! »
-      Cette conclusion, enfin, est précédée par une sorte de proverbe qui étonne : « Car celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. » Quelle drôle de règle, de justice ? C’est exactement ce qui se passe dans notre monde où les inégalités ne cessent de se creuser. Les riches sont toujours plus riches et les pauvres plus pauvres. On a vu cela encore avec la crise économique que nous traversons.
Le maître donc règle ses comptes, est un voleur implacable, condamne à mort et organise le monde pour être toujours plus riche, favorisant ceux qui ont le plus de moyens, chaque serviteur ayant reçu, ainsi que le précise le texte, « selon ses capacités ».
Or c’est bien évidemment Dieu que le maître de cette parabole représente...
Là, il faut marquer un temps d’arrêt. Que dit Jésus ? Qu’est-ce qu’il raconte ? Il voudrait nous faire détester le Père qu’il ne s’y prendrait pas autrement ! Qui donc peut voir dans la parabole des talents une bonne nouvelle, un évangile, si Dieu est comme ce maître ?
La seule solution que je voie pour que Dieu ne soit pas ainsi défiguré, c’est de lire la parabole comme anti-discours. Ce n’est pas l’avis de Jésus que nous entendons ; il ne fait que répéter ce que partout il entend. Jésus agit comme le maître de la parabole qui répète ce que raconte le serviteur. Rien ne dit ‑ au contraire ! ‑ que le maître de la parabole et Jésus accordent foi à ce qu’ils ne font que répéter. C’est tout à fait explicite chez Luc (19, 12-27).
Qui pense autant de mal de Dieu ? Evidemment ses adversaires ! Mais si l’on en croit l’ouverture de tout ce discours en paraboles, c’est à ses disciples que Jésus s’adresse. Comment les disciples de Jésus peuvent-ils ne pas réagir à pareille parabole ? Comment peuvent-ils, pouvons-nous, ainsi penser ?
Si les athées refusent de mettre leur foi en un tel Dieu, nous ne pouvons que leur donner raison. Mais si les disciples tirent ainsi le portrait de leur Dieu, c’est la fin de l’évangile et il ne reste que les sans-Dieu pour sauver Dieu. C’est un comble !
Comment les disciples peuvent-ils avoir une telle idée de Dieu ? C’est qu’ils croient en la théologie de la rétribution. Ils croient que le salut s’obtient de ce que l’on fait. Alors, voyant le peu qu’ils ont fait, ils ont peur, parce qu’ils savent que Dieu est un maître dur qui récolte là où il n’a pas semé. Quelle horreur !
Dieu, une fois encore, n’est pas ce que nous croyons. Imaginez le troisième serviteur venir avec l’unique talent reçu, courir vers Dieu pour se jeter dans ses bras et lui dire, tout joyeux ou en pleurs, selon son caractère. « Père, Papa, ton absence a été si longue. Sans toi, nous ne pouvons rien faire (Jn 15,5). Sans toi, je suis perdu et stérile. Sans toi, ma vie est mort qui ne produit rien. Alors je te bénis de ce qu’enfin tu reviennes. »
Si ce troisième serviteur s’était ainsi avancé vers le maître, que se serait-il passé ? La parabole ne le dit pas. Elle nous oblige à l’imaginer pour que, une fois au moins, nous disions du bien de notre Dieu, nous soyons convertis au et par le Dieu d’amour.
C’est parce que nous ne croyons pas en Dieu que nous sommes capables de parler de talents à faire fructifier, de faire dire à l’évangile que Dieu attend de nous que nous développions nos talents. Morale de bourgeois qui prie chaque dimanche mais ne s’est jamais laissé évangéliser. Et il y aurait du laxisme ou de l’abandon de la doctrine à changer notre discipline ecclésiale ? Pharisiens hypocrites, qui jugeons autrui au nom d’une doctrine aussi défigurée que le maître de la parabole ! Nous ne croyons pas en Dieu, la preuve, cela ne nous gène pas d’entendre qu’il règle ses comptes, est voleur, accroît les injustices et jette les hommes en enfer. Où est l’amour ? Même les athées n’osent pas penser aussi mal de Dieu…

lundi 10 novembre 2014

Après le dernier synode... "C'est la miséricorde que je veux" (Mt 9,13)



Le synode des évêques (Rome, 5-19 octobre) a été assez bien couvert par la presse, au point que certains ont parlé d’un « synode des média », contestant les analyses, les jugeant formatées par les débats politiciens, inadaptées à la vérité de la doctrine catholique. Déjà il y a cinquante ans, on avait parlé d’un « concile des média » et Benoît XVI avait rendu ce dernier responsable d’une interprétation erronée de Vatican II. Les media évidemment ne sont pas toujours bienveillants, mais lorsque l’Eglise pose les questions sans tabous, on constate qu’elle intéresse encore notre monde.
Le Pape n’a manifestement pas peur de l’opinion publique, de montrer que la discussion a été tendue, qu’il y a des désaccords, bien loin de l’unité de façade à laquelle on voulait faire croire jusqu’alors. Jouant la transparence, il joue une carte tactique. Il sait qu’il peut compter sur l’opinion catholique et l’opinion publique en général. « Je préfère une Eglise accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Eglise malade de la fermeture et du confort. » (Evangelii Gaudium, § 49)
La discipline de l’Eglise envers les divorcés remariés et les personnes homosexuelles doit-elle changer ? Ne court-on pas au laxisme sous prétexte de miséricorde ? Il va de soi qu’aucun évêque n’a l’intention de brader la foi. Aucun ne veut banaliser la séparation des époux ni donner à penser que l’on pourrait se séparer de l’autre de façon inconséquente. Comme Jésus (cf. Mt 19,1-12), nous ne saurions valider la répudiation.
Jésus a pardonné toutes sortes de péchés que la morale catholique réprouve. Certes, il peut assortir son pardon d’une formule fort exigeante : « Va et désormais ne pèche plus ». Mais le pardon de Jésus reste inconditionnel, acte de son amour. Ceux d’entre nous qui font régulièrement leur examen de conscience, qui célèbrent le sacrement du pardon, savent que la miséricorde du Seigneur, heureusement, n’est pas conditionnée par leur conversion et leur changement de vie. Au contraire, notre vie est changée par la miséricorde.
Parler d’attitude miséricordieuse envers les divorcés remariés signifie que l’Eglise ne peut imposer la même sanction à tous (l’interdit des sacrements) sans tenir compte des circonstances. Non seulement, tous les remariés ne sont pas des pratiquants de l’eucharistie ! Du coup, l’ouverture des sacrements ne concerne pas tout le monde. Mais encore, tous ceux qui ont divorcé n’ont pas la même responsabilité dans l’échec des couples. Une gradualité de la sanction ne serait que justice. La femme battue qui demande le divorce n’a pas la même responsabilité dans l’échec de son couple que son conjoint violent.
Le dernier concile a modifié nos regards sans que le droit ecclésial n’ait entériné ce changement. D’une part, nous considérons la sexualité comme un don de Dieu, qui certes peut être mal utilisé, mais demeure fondamentalement une grâce. D’autre part, nous sommes éminemment sensibles aux propos évangéliques tels que : « c’est la miséricorde que je veux ». La justification de la discipline actuelle (qui dénonce la non-compréhension de l’enseignement de l’Eglise sur la famille même par des catholiques) donne l’impression d’arguties canonico-dogmatiques qui ne font plus sens et paraissent relever de l’hypocrisie.
Commentant l’évangile de Lc 14,1-6 le 31 octobre, François disait : « Le choix de vivre attachés à la loi éloignait les pharisiens de l’amour et de la justice. Ils prenaient soin de la loi, mais ils négligeaient la justice. Ils respectaient la loi, mais négligeaient l’amour. Ils se considéraient des modèles. Et c’est pour cela que Jésus pour ces gens n’avaient qu’un seul mot : des hypocrites. Ils cherchaient partout des prosélytes et puis ? Ils fermaient la porte. Des hommes de fermeture, des hommes tellement attachés à la loi, à la lettre de la loi, non pas à la loi qui est celle de l’amour, mais à la lettre de la loi qui ferme les portes de l’espérance, de l’amour, du salut… Des hommes qui ne savaient que fermer. […] La chair de Jésus, voilà le pont qui nous rapproche de Dieu… et non pas la lettre de la loi : non ! Dans la chair du Christ, la loi se réalise pleinement. […] Que cet exemple de proximité de Jésus, de l’amour à la plénitude de la loi, nous aide à ne jamais glisser dans l’hypocrisie : jamais. C’est tellement laid un chrétien hypocrite. Tellement laid. Que le Seigneur nous sauve de cet écueil ! »


Une analyse d'I. de Gaulmyn qui décrypte un non des évêques au rapport intermédiaire. Le titre de la conclusion 'retour en arrière ?" l'indique clairement ; le point d'interrogation semble bien rhétorique !
Les points soulevés par l'article font tous débats et pour l'heure ont tous été retoqués. Ce ne sont pas seulement trois paragraphes, mais une logique de fond qui n'a pas réussi a rassembler les 2/3 des voix.
Avec un épiscopat formaté par les deux précédents pontifes, ce n'est guère étonnant.
L'article ne dit rien, et je n'ai pas encore pris le temps d'aller voir le rapport final, de la famille comme lieu de souffrance. Or, il me semble que le discours de l'Eglise sera crédible lorsque l'on sera plus réaliste et cessera d'idéaliser la famille. Il s'agit seulement d'aimer les familles comme n'importe quel membre souffrant et pécheur du corps du Seigneur.

dimanche 9 novembre 2014

Honorer le pauvre ?

"Honorer le pauvre ? Et pourquoi pas les poux de la pauvreté ? Ces rêveries d'Orient étaient sans malice au temps de Jésus-Christ qui d'ailleurs n'a jamais été un homme d'action. Si Jésus-Christ vivait de nos jours, il devrait se faire une situation, comme tout le monde, et n'eût-il qu'à diriger une modeste usine, force lui serait bien de comprendre que la Société moderne, en exaltant la dignité de l'argent comme en notant d'infamie la pauvreté, remplit son rôle à l'égard du misérable."
G. Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune 1938, (Bibliothèque de la Pléiade p. 372).

vendredi 7 novembre 2014

Le Pape et la fin des certitudes (Dédicace du Latran)


Nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire de l’une des plus anciennes églises du monde, qui plus est cathédrale de l’évêque de Rome, la basilique saint Jean de Latran. Je ne suis pas parvenu à retrouver à partir de quand cette fête a été célébrée dans toute l’Eglise. Cela ne semble pas être avant le 11ème siècle, moment de la réforme grégorienne où le Pape se démène pour gagner son autonomie par rapport aux princes, mais où il revendique sa liberté en affirmant une autorité temporelle, pas très évangélique.
Notre théologie catholique a été longtemps déterminée par la polémique antiprotestante. Si vous tapez sur internet « trois blancheurs » vous ne trouvez pour ainsi dire que des résultats d’officines intégristes ou traditionalistes. La Pape, le saint Sacrement et la Vierge Marie. Voilà le tiercé gagnant d’une identité catholique de combat. Pris dans un tel dispositif défensif voire offensif, la théologie du ministère du Pape ne peut qu’être déformée.
« Déjà au début du deuxième siècle, saint Ignace d’Antioche attribuait à l’Eglise qui est à Rome une primauté singulière, la saluant, dans sa lettre aux Romains, comme celle qui «préside dans la charité». Ce devoir particulier de service revient à la communauté romaine et à son Evêque, du fait qu’en cette Ville, les apôtres Pierre et Paul ont versé leur sang, aux côtés de nombreux autres martyrs. Nous revenons, ainsi, au témoignage du sang et de la charité. » (Benoît XVI en 2012)
Pour être exact, la présidence dans la charité dont parle Ignace vers 110 vise l’Eglise de Rome seule et non son évêque, pour la bonne et simple raison que l’on ne sait pas à Rome ce qu’est un évêque. L’Eglise de Rome, depuis 1900 ans, se voit reconnaître un rôle de présidence, de communion dans la charité des Eglises.
Mais la théologie n’est pas archéologie ; elle n’est pas histoire non plus que de toute façon quelques minutes ne suffisent pas à parcourir. On notera que Vatican II s’exprime d’après Ignace et parle de l’Eglise « qui préside au rassemblement universel de la charité ».
Avec François, il semble que le ministère du Pape connaisse une inflexion. Ce n’est un scoop pour personne, nos institutions, et l’Eglise parmi elles, connaissent une crise de l’autorité. Aujourd’hui, chacun peut donner son avis et les avis sont légion à moins que des modes ou des idéologies ne suscitent quelques unanimités. Ainsi, la cuisine s’internationalise et dans le même temps, on mange les mêmes hamburgers sur toute la planète. Il y a à la fois prolifération des différences culinaires à portée de main et dictature économique.
De même les opinions, encore plus variées que la cuisine et encore plus susceptibles de manipulations. Il y a de quoi être perdu, ne plus savoir comment s’orienter dans la vie. Soit l’on se réfugie dans de pseudo-vérités, et c’est le phénomène intégriste, soit l’on accepte la fin des certitudes, alors que les sociétés démocratiques ont désacralisé l’autorité du chef et que la mondialisation impose le pluralisme.
Plus jamais la vérité ne sortira de la bouche du chef parce qu’il est le chef. Nous sommes livrés à un inévitable conflit des interprétations. Le conflit peut n’être pas violent, mais la certitude n’est plus de ce monde, si jamais elle l’a un jour été. Le fondement est indisponible. On comprend qu’on ait voulu faire jouer au Pape le rôle de garantie dernière. Il l’a même revendiqué depuis le début du XIXe siècle jusqu’à Benoît XVI en passant par la définition du dogme de l’infaillibilité pontificale.
Cela ne peut que mener dans le mur, et certains interprètent la renonciation de Benoît XVI comme aveu d’erreur. Ce dont nos sociétés ont besoin, tout comme l’Eglise, c’est d’une culture du débat, non de directives venues d’en haut ni d’invectives entre pairs, une culture de la recherche de consensus, au moins pratiques, pour que l’on puisse vivre ensemble sur terre.
François essaie d’instituer une Eglise non plus pyramidale mais dialogale. « L’Eglise se fait conversation » avait écrit Paul VI en 1964. L’évêque de Rome est le premier mais entre égaux, le premier parmi des évêques tout comme lui. Et ce dialogue épiscopal n’est encore qu’une faible conversion. Quelle sera la place des femmes dans le gouvernement de l’Eglise ? Quelle sera la reconnaissance de la diversité des charismes dans l’Eglise ?
« Ni le Pape ni l’Église ne possèdent le monopole de l’interprétation de la réalité sociale ou de la proposition de solutions aux problèmes contemporains. Je peux répéter ici ce que Paul VI indiquait avec lucidité : "Face à des situations aussi variées, il nous est difficile de prononcer une parole unique, comme de proposer une solution qui ait une valeur universelle. Telle n’est pas notre ambition, ni même notre mission. Il revient aux communautés chrétiennes d’analyser avec objectivité la situation propre de leur pays." » (Evangelii Gaudium 184)
Plus jamais nous ne connaîtrons la certitude. Plus jamais, nous ne devrions croire connaître la certitude. Plus jamais nous ne devrions confondre ce que nous pensons avec la vérité. La suite du Christ, comme le départ d’Abraham et la marche dans le désert, n’est pas conditionnée par la possession d’un sol ferme, seulement par une promesse, que toujours Dieu sera à nos côtés. Que celui dont l’Eglise préside à la charité des Eglises nous entraîne sur la route de la dépossession et de la liberté, pour avancer sans bâton ni tunique de rechange sur les routes humaines et proclamer la proximité du Royaume.