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lundi 22 décembre 2014

Lydie Salvayre, Pas pleurer



Le prix Goncourt 2014 a été remis à Lydie Salvayre, pour son roman Pas pleurer, publié au Seuil.
Plusieurs histoires sont tissées ensemble, les souvenirs de la mère de la narratrice, l’histoire de l’Espagne de la guerre civile, l’aujourd’hui de la narration (qui est celui de la mère malade et d’une France où l’extrême droite ne paraît pas si extrême, commune, une possibilité politique parmi d’autres), et le texte de combat de Bernanos, Les grands cimetières sous la lune, contemporain de la guerre, apostrophe à qui veut l’entendre, plaidoyer pour la vérité de l’évangile et la dignité de l’homme, pour l’honneur de l’Eglise et la paix civile, toutes choses indissociables.
L’ouvrage de L. Salvayre se lit d’une seule traite. S’il s’agit de grande littérature, je n’en suis pas certain, mais demeure la présence des personnages et l’ambiance une fois le livre refermé. L’auteur offre une aventure de plus, toujours nouvelle, lorsque la fiction informe, transforme, même à leur insu, ceux qui s’y livrent.
Parler de la guerre d’Espagne est une affaire encore bien impossible dans la Péninsule. En France, il se pourrait que l’on refuse une nouvelle fois de voir ce que signifie la montée des fanatismes (religieux, laïcards ou athées) et la banalisation des discours nationalistes. Le malaise dans la société ‑ effets de la crise économique, discrédit des institutions à commencer par la politique, et exigence que réclame de chacun un monde dont les repères ne sont plus imposés d’en haut, tout faits – suscite la peur, ébranle les identités et, de manière très archaïque, provoque à rechercher des bouc-émissaires, lesquels par définition ne sont nullement la cause des maux, mais servent à les exorciser à défaut de les guérir.
Le récit du fascisme espagnol et sa stigmatisation des communistes ou des libertaires mettent étrangement, amèrement, terriblement, en perspective la société actuelle. Les alliances ont changé, mais peut-être qu’en apparence : ce ne sont plus les Rouges que soutient la Russie, mais les Bruns. Qui sera la puissance pour les combattre ? Quant à l’Eglise, elle est encore dans le coup. Les liens de l’intransigeance catholique, formellement ou non intégriste, avec le pouvoir de Poutine ne sont plus à démontrer.
Ce que je souligne de façon trop explicite, L. Salvayre ne fait que le suggérer par son montage des intrigues, ces époques qui se superposent à trois quarts de siècle de distance, qu’une vie d’une femme incarne, sa mère. Pas besoin à l’auteur de se faire militante. Son récit s’en remet au Bernanos des écrits de combat pour réveiller les consciences, susciter l’engagement, défendre la morale, la considération de tout homme comme un frère (agis de telle sorte que tu ne considères jamais autrui seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme une fin).
Du coup, le héros du roman ‑ vous pardonnerez cette manière si enfantine de parler ‑ pourrait bien être Bernanos qui se battit d’abord contre lui-même pour préserver la liberté d’appeler le mal par son nom, engageant sa liberté et conscience. Ce n’est pas rien, la clairvoyance de cet homme. Evidemment, c’est facile à dire quatre-vingt ans plus tard, mais tout de même. Ce n’est pas rien, que cet homme clairvoyant ait été un chrétien, je veux dire ait été clairvoyant grâce ou à cause de l’évangile. Certes, au nom du même évangile, les autres non seulement n’ont rien vu, mais plus encore, on justifié qu’il n’y avait rien à voir, ont commandé de ne rien voir. C’est qu’il ne suffit pas d’avoir des yeux pour voir ni des oreilles pour entendre. Ce ne serait pas rien si ceux sur qui l’on pourrait espérer compter pour appeler le mal par son nom, se tenaient ainsi, au nom de l’évangile, avec le devoir de conscience comme source de leur liberté de parole.
Mais si au nom du Christ on a pactisé avec la Terreur, comme dit Bernanos, me dit Salvayre, que vaut l’évangile qu’un seul, dans la fiction du moins, sauve du total discrédit et du désastre qui le poursuit encore aujourd’hui en Espagne, et en tant d’autres lieux aussi ? Que L. Salvayre ne soit pas chrétienne ‑ mais qui est disciple dans la parabole du jugement de Mt 25 ? ‑ ne change rien à l’affaire, sauf à éviter l’apologétique et l’autoglorification institutionnelle, dans une sorte de récupération, bien, trop, tardive.
On ne saura plus jamais, comme deux et deux font quatre, ce que commande l’évangile, parce que l’on a fini de penser qu’il y avait un fondement à toute chose, un savoir absolu, que les prélats délivraient, eux seuls et garants. On ne saura plus jamais, si on l’a jamais su, comment il faut lutter contre le mal, comment discerner entre le mal et ce qui nous apparaît le mal. Les bonnes intentions ne suffisent pas, elles pavent l’enfer. Les justifications institutionnelles et idéologiques n’ont jamais suffi, elles ont toujours été pourries.
Salvayre rappelle que Bernanos n’était pas prédestiné, socialement, idéologiquement, institutionnellement, à dénoncer cette Terreur. Ce qui l’a fait basculer hors de son camp ne peut être réduit à une ou deux explications, sa liberté, sa conscience. Salvayre met en avant l’attachement de Bernanos à Jésus, comme St François qui habite plusieurs pages des Grands cimetières. Elle oppose un peu facilement (et rapidement) Jésus et l’Eglise, l’évangile et l’Eglise, passant à côté de (la foi de) Bernanos. A la lueur d’une lune bien pâle, Bernanos a vu le visage du Christ sur celui des quinze fusillés par jour à l’exécution sommaire desquels on pouvait assister sur l’ile de Majorque, en s’organisant un peu et avec une voiture ! L’évangile ni l’Eglise ne l’ont empêché de voir. Au contraire, ils lui ont ouvert les yeux, Il fallait pour cela n’avoir rien à défendre (situation, reconnaissance, appartenance ecclésiale, dogme, ordre social, etc.) qui aveugle, rien à défendre si ce n’est le frère.
Celui qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende…

vendredi 19 décembre 2014

Stupeur : Dieu prend chair (4ème dimanche de l'avent)



Voilà, nous y sommes, la liturgie parle enfin de Noël ! Nous lisons l’annonce faite à Marie (Lc 1,26-38) ; c’est dans l’évangile de Luc. Comme à chaque lecture de l’évangile, une rencontre se produit entre notre histoire et l’histoire racontée. Mais history n’est pas story !

Le texte d’évangile que nous lisons n’est pas historique au sens de l’établissement des faits qui se sont passés. Certes, Luc prétend faire travail d’historien, ou du moins il a enquêté : « J’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi. »
Mais ces deux premiers chapitres ont un statut narratif original. La story n’est pas history, l’histoire n’est pas historique. C’est important de le repérer si l’on veut comprendre le texte. Il ne s’agit pas d’une description de ce qui s’est passé. On ne peut pas lire ces chapitres comme on lit, par la suite, que Jésus entre à la synagogue de Nazareth, qu’il guérit toutes sortes de malades, ou qu’il meurt sur une croix, un jour de la Pâques. On ne fait pas entrer un conte dans le cours des événements. Ce genre de textes d’évangile a un rapport avec notre vie par le détour de la fiction, comme la parabole ou le roman. Cela n’a rien d’extraordinaire. Mais si on n’en tient pas compte, on est en pleine mythologie et l’on rate la bonne nouvelle.
Bref, ces versets ne nous racontent pas la conception virginale, selon le mythe commun de la vierge fécondée par un dieu libidineux. L’histoire comparée des religions nous a appris à nous méfier de ce genre de raccourcis. Le récit, au moyen de la conception virginale, nous raconte autre chose, et c’est cela qu’il faut entendre. Et ce qu’il faut entendre n’est pas un message, mais la condition pour entendre le message : s’interroger.
Le récit en sa fausse naïveté, nous cache l’origine de Jésus. Il en raconte une, comme un conte, pour détourner la curiosité malsaine. Même la question de Marie « comment cela va-t-il se faire puisque je suis vierge ? », contrairement aux apparences, demeure sans réponse. En effet, on peut l’espérer, l’Esprit couvre de son ombre tant d’hommes et de femmes depuis que le monde est monde qui n’ont jamais enfanté par son opération. L’Esprit couvre de son ombre, histoire de bien dire l’obscurité ! Vous ne saurez rien car il convient pour le moment de s’interroger, pas d’avoir les réponses.
Savamment construit, reprenant des thèmes, qui sont, eux, bien connus, du premier testament, le texte confesse ‑ c’est une profession de foi ‑ et en énigme – il pose une question ‑ qu’il y a de quoi s’interroger sur l’homme dont va parler l’évangile. Pour lire le texte et le comprendre, commencez par vous laisser interroger, déplacer, déloger de vos savoirs, du bien connu sur Dieu et les dieux. Si vous n’abandonnez pas ce que vous savez sur Dieu, sa toute-puissance, sa non-corporéité, son éternité, etc., vous ne comprendrez rien à cet enfant, avec sa faiblesse, sa chair et son histoire.
L’identité de Jésus – Dieu sauve ‑ est une question qui oblige à ce que l’on se prononce à son propos, pour ou contre lui. Cet homme, les disciples sont invités, dans la résurrection, à le reconnaître comme leur sauveur, Dieu lui-même.
Il ne faudrait pas oublier que notre temps de l’avent n’est pas fini. Il ne faudrait pas oublier que nous en sommes à nous préparer à Noël, et comme avant une naissance imminente, on est impatient de découvrir celui qui va arriver. Qui sera-t-il ? Non seulement, un garçon ou une fille ? Mais qui sera-t-il ? Que fera-t-il de sa vie ?
Jésus est de ceux dont l’identité nous met nous-mêmes en jeu, en question. Notre histoire est bouleversée par la sienne. Voilà pourquoi sa naissance est question. S’il est celui que confessent les disciples, le Seigneur et sauveur, comment sa vie ne serait-elle ferment des nôtres ? On ne peut confesser Jésus sans se convertir. C’est ce que, figure de l’Eglise, Marie vit : « je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. »
Impossible de connaître Jésus avant de lire l’évangile, c’est-à-dire avant de se laisser conduire par lui sur le chemin de la vie, par la croix. Les réponses du caté sont mensonges qui, par l’astuce d’un savoir de dictionnaire, sont tentations diaboliques pour connaître Jésus en évitant la pâque, le passage par la mort et la résurrection. On ne connaît Jésus qu’à le suivre. « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. »
Un dictionnaire ne sait rien, d’ailleurs. Il faut que quelqu’un le lise pour que son contenu devienne un savoir. Un catéchisme pareillement n’a jamais été disciple, n’a jamais cru. Il faut quelqu’un qui croie pour que ce qu’il énonce soit vérité.
Nos versets disposent à la profession de foi qui sera possible au matin de la Pâque, au moment de l’accomplissement pascal, à la Pentecôte. Pour l’heure, c’est le moment des interrogations, pas des réponses. Pour l’heure, c’est l’avent : il faut éveiller la curiosité de l’auditeur et s’ouvrir à la stupeur de ce qui arrive : Dieu prend chair.

mardi 16 décembre 2014

La conversion des salauds (veillée pénitentielle)


Dans les deux lectures que nous venons d’entendre (So 3, 1-2.9-13 - Mt 21, 28-32), les pécheurs, ou ceux qui n’ont pas choisi la « bonne » attitude, sont membres du peuple de l’Alliance. Il n’y a pas les bons, ceux qui seraient croyants, et les mauvais, ceux qui s’en prennent à la communauté, à la vérité de l’évangile ou de l’enseignement de l’Eglise. Ici, la Parole s’adresse à nous, nous disciples.
Le problème, le drame, c’est que le péché infecte jusqu’à nos communautés, jusqu’à notre cœur à nous, qui prétendons faire de la loi de sainteté notre guide dans la vie. Les dix commandements à partir desquels nous faisons notre examen de conscience, c’est nous aussi, qui les foulons aux pieds.
Si le peuple de l’alliance, celui qui est chargé par sa simple présence, de témoigner de la sainteté de Dieu, est perverti, qui parlera pour Dieu ? Le peuple chargé d’être une bénédiction pour les Nations parce que Dieu habite en son sein, s’il est pécheur, empêche que d’autres puissent connaître Dieu, se fier à lui. Le drame de notre péché, c’est assurément le mal que nous faisons au frère, c’est aussi la lutte la plus efficace contre Dieu. Notre péché fait le lit de l’indifférence, de l’athéisme voire de la haine de l’évangile, au moins autant que le vice des autres ou leur lutte acharnée contre l’Eglise et l’évangile.
Ce n’est pas d’aujourd’hui. Déjà Sophonie ne sait que faire. Il opte pour la solution du petit reste, une poignée de purs sur qui compter pour régénérer le peuple. Je suis désolé de contredire le prophète, mais ça ne marche pas son truc. Cela conduit le peuple de Dieu, à vocation universelle, à la secte. Pire, y en a-t-il un seul d’entre nous pour faire partie des purs ?
La solution de Jésus, si je puis dire, consiste dans une démarche exactement inverse. Plutôt que de chercher les quelques purs, on affirme que ceux qui précèdent dans le Royaume sont les pécheurs, les pécheurs publics. Je ne suis pas certain que l’on ait jamais bien entendu cela dans notre Eglise.
Y a-t-il une condition à pareille préséance ? Condition n’est pas le mot. Car l’amour de Dieu est toujours sans condition. Mais enfin, ce n’est pas n’importe quel pécheur qui fait la volonté du Père. C’est le pécheur qui se reconnaît pécheur, celui qui ne se croit pas meilleur que les autres, prêt à jeter la première pierre. Pour ne pas jeter la pierre nous aussi, nous éviterons de faire l’examen de conscience des autres et de désigner les pharisiens.
La parole de Jésus est terrible. « Vous, après avoir vu cela [la conversion des salauds], vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à la parole. » La conversion des salauds est le signe de ce qu’il est possible d’en finir avec le mal. La solution au péché n’est pas l’affaire de quelques purs, mais la foi en un Dieu capable de rendre saints les pécheurs.
Alors nous sommes ici pour nous reconnaître pécheurs. Non pour nous flageller, nous humilier, nous complaire dans une liste de péchés malsaine. En parlant de notre péché, ce serait encore nous que nous célébrerions en nous mettant en scène, au centre la scène. Nous sommes ici, nous reconnaissant pécheurs, pour laisser Dieu nous relever. Nous sommes ici pour entendre proclamer dans nos vies, sur nos vies, la bonne nouvelle d’un amour infini qui vient détruire le mal, celui dont nous sommes coupables, celui que nous subissons.
Nous sommes ici, à nous reconnaître si loin de la sainteté, pour que Dieu lui-même fasse briller sur nous sa sainteté. Ainsi le monde saura qu’il y a un Dieu saint. Ainsi Dieu transformera le monde. Il fait toute chose nouvelle.


Synode des évêques sur la Famille

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vendredi 12 décembre 2014

La joie, la joie parfaite (3ème dimanche de l'avent)



Dimanche d’invitation à la joie si l’on en croit l’introït grégorien et les deux premières lectures. Il y a un an, le Pape envoyait une première circulaire, la Joie de l’évangile. Nombre d’entre nous sont persuadés que la vérité de l’expérience spirituelle se mesure à la joie. Un saint triste est un triste saint, disait le Pape, reprenant Thérèse de Jésus ou François de Sales.
Je vous avoue que je demeure sceptique, de plus en plus. Notre monde va mal. Ce n’est peut-être pas pire qu’hier, mais il va mal. Je ne pense pas d’abord à l’écologie, mais à la violence contre tant et tant d’entre nous. Et la moindre des violences n’est pas l’inégalité toujours plus grande entre riches et pauvres. Les extrémismes vont de succès en succès. Leurs idéologies ne font même plus sursauter l’homme honnête. Ce n’est pas jouer les Cassandre que de redouter les prochaines échéances électorales françaises où le populisme s’imposera comme une solution aussi évidente, désaseptisée que dangereuse.
Notre Eglise aussi va mal. Les réformes que promeut le Pape et pour lesquelles il a été élu sont freinées par ceux qui ne veulent pas changer un iota à la pratique qu’ils canonisent bien rapidement. La pastorale disent-ils ne doit pas dicter la doctrine ! Mais la miséricorde, ce n’est pas la doctrine ! Que l’on relise la femme adultère. Il en est aujourd’hui pour lancer non seulement la première pierre mais aussi les suivantes. Les adversaires de l’évangile sont moins à l’extérieur de l’Eglise que parmi ceux qui sont censés la servir. Je ne sais pas comment fait François pour ne pas vomir chaque matin en se remettant au travail.
Bien sûr, le monde ni l’Eglise ne se réduisent à cela. Il y a tellement de service des plus pauvres dans le monde, ce service qui ne fait pas de bruit mais qui préserve le souci de la fraternité et de la dignité humaine, comme on protège une flamme du vent qui pourrait l’éteindre.
Je ne l’oublie pas, je veux le voir ce bien, cet amour chaque minute entretenu. Il n’est pas que fragile et a parfois la force qui renverse les montagnes. Cependant, il indique encore les larmes de tant de vallées où l’homme est massacré, où l’évangile est piétiné, par nous-mêmes, disciples de Jésus, et par tant d’autres.
Alors, excusez-moi, mais la joie, je suis sceptique. Je le suis d’autant plus que je pense à tel ou tel d’entre nous, qui craque, parce que la vie est trop lourde, mais qui, chrétien, s’interdit de voir qu’il n’est pas heureux et s’enfonce encore un peu plus dans son malheur. Nous avons parmi nous des spécialistes d’une joie forcée dont l’illusion ne trompe qu’eux.
Alors, la joie… la joie de l’évangile.
Me revient à l’esprit le Saint François d’Assise de Messiaen. La joie, la joie parfaite. Il y a une mélodie au xylophone. Est-elle joyeuse ? Est-elle comme les coups de marteaux sur les lattes de bois, le harcèlement qui crucifie ? Puis, les mots de François qui chante la joie parfaite en une phrase musicale si simple, si courte, soutenue par les ondes Martenot et leurs sons enveloppants, rassurants.
La joie de l’évangile, la joie du Poverello d’Assise, c’est la joie qui fait suite à la mort. François a tout perdu, il est mis en minorité dans l’ordre qu’il a créé. Il a les mains vides, pire les mais vidées, dépouillées, dépossédées. C’est de la fosse qu’il chante, ou geint la joie, la joie parfaite. Son gémissement devient chant.
Je change leur deuil en joie, les console après la peine. Le prophète annonce la résurrection du fond de l’exil. Le fond du gouffre n’apa s tout dit. La joie vient après la mort, non pas demain, dans l’autre monde, mais ici. Même le poète, un peu tard peut-être, s’en est rendu compte : la joie venait toujours après la peine. Seuls ceux qui auront consenti à la mort, là, maintenant, connaîtront la joie. C’est pourquoi la joie se rencontre chez les chrétiens d’Irak, chez les enfants, chez les martyrs. C’est ce que dit l’évangile, Heureux, vous qui pleurez maintenant !
La joie de l’évangile, ce n’est ni le contentement de soi, le développement de soi, une attitude contrainte, le rire des vainqueurs, de ceux à qui tout réussit, ni la sérénité que donnerait la vérité de la foi ; ce n’est pas même le plaisir d’être ensemble entre amis, la jubilation des corps ou le regard posé sur l’enfant qui grandit. Que ces paroles sont dures ! Qui pourra les entendre ? La joie de l’évangile, c’est la bonne nouvelle de la résurrection qui détruit le mal et conduit le bien à un dépassement aussi espéré qu’impossible. La joie de l’évangile, il faut juste être mort pour y avoir part.
Je le redis, non être mort pour ressusciter demain dans l’autre monde. Etre mort aujourd’hui ou hier, pour ressusciter aujourd’hui même, les mains vides, et chanter dans ce monde avec François, le pauvre aux mains vides, la joie, la joie parfaite.