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vendredi 3 juillet 2015

Dieu, raide dingue des hommes (14ème dimanche)



En lisant l’évangile de ce jour (Mc 6, 1-6), plus encore la première lecture (Ez 2, 2-5), m’est venue à l’esprit la chanson de Boris Vian, On n’est pas là pour se faire engueuler, et la réaction de nombre d’entre vous aux homélies qui seraient par trop remuantes. Après une semaine parfois lourde avec le travail, les enfants, les soucis de toute sorte, on vient chercher à la messe un peu de calme, de repos. Non, on n’est pas là pour se faire engueuler ! A défaut de faire du tord à la République comme dit Vian, cela en ferait à notre communauté : Sinon plus tard […] ma parole nous on reviendra pas.
Je relis Ezéchiel : « Fils d’homme, je t’envoie vers les fils d’Israël, vers une nation rebelle qui s’est révoltée contre moi. Jusqu’à ce jour, eux et leurs pères se sont soulevés contre moi. Les fils ont le visage dur et le cœur obstiné ; c’est à eux que je t’envoie. Tu leur diras : ‘Ainsi parle le Seigneur Dieu...’ Alors, qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas ‑ c’est une engeance de rebelles ! »
Voilà comment le Seigneur parle à son peuple. Il n’est pas en procès contre des ennemis, mais contre son propre peuple, à moins que justement, son propre peuple ne soit aujourd’hui son ennemi.
Il faut se rendre à l’évidence, Dieu en a contre nous, son peuple. Cela traverse toutes les Ecritures, depuis Noé et même Adam et Eve jusqu’aux fameux impropères de Michée, les reproches et le procès de Dieu contre son peuple. Mais que l’on ne croie pas que cela s’arrête avec le Premier Testament. C’est encore dans l’évangile. Dieu en a contre nous !
Si nous cherchions du réconfort en écoutant la parole de Dieu, un peu de repos voire un câlin de la part du bon Dieu, c’est raté ! Ma parole nous on reviendra pas !
Comment est-ce possible que nous déclenchions ainsi les lamentations du Seigneur ? Nous essayons de bien faire, nous prenons notre vie au sérieux, nous nous soucions de notre foi, nous ne sommes pas avares de sacrifices… Bien sûr, on n’en fait jamais assez, mais enfin, ce n’est déjà pas si mal. Quand on voit tous les autres !
Voilà exactement le problème. Nous tenons des comptes avec le bon Dieu. Nous n’acceptons pas la démesure, c’est contraire à la raison et à nos intérêts. Oui pour être de son peuple, non pour que cela nous coupe du bon sens si communément partagé ; oui pour être chrétiens, mêmes pratiquants réguliers, non pour que cela change notre vie et fasse de nous, comme Ezéchiel, des prophètes excentriques et agressifs qui contestent l’injustice de notre monde, ou comme Jésus, des électrons incontrôlables, qui renversent les conventions, passent pour fous, qu’il faudrait enfermer, dont sa propre famille se méfie !
Mais voilà ; avec Dieu ça ne passe pas. Comme le dit le Premier Testament, c’est un Dieu jaloux. C’est un fou furieux en amour. On n’est jamais quitte avec lui. Vous me direz, on n’est jamais quitte avec personne en amour. Imaginez dire à votre conjoint que vous en faites chaque jour assez, et que vous êtes quitte, que vous lui avez rendu ce qu’il vous avait donné. Je pense que l’on serait proche de la fin ! Alors avec Dieu, c’est la même chose.
Pire peut-être, car Dieu est un amant passionné comme peu le sont, même dans la fiction littéraire. Il est raide dingue de nous. Bon, il n’ira pas au crime passionnel ; mais c’est plutôt pire : pour nous les hommes et pour notre salut, il s’est chargé de nos souffrances, il est défiguré et meurt comme un criminel.
Lorsque Thérèse contemple le crucifié par amour, elle est bouleversée jusqu’aux fond des entrailles de si peu aimer celui qui nous a tant aimés.
Pas sûr qu’il faille entendre les lectures de ce jour comme une menace, ni même comme un reproche. C’est seulement le cri d’amour blessé qui retentit jusqu’à nos oreilles, plus fort que le sang d’Abel. S’ils se taisent, les pierres crieront !
Avec Dieu, c’est dangereux. C’est une histoire qui prend tout, c’est une passion dévorante. La mesure n’a pas de sens, tant pis pour les personnes mesurées, raisonnables. La mesure d’aimer Dieu, c’est d’aimer sans mesure (St Bernard). On n’est jamais quitte avec Dieu, non que nous ayons avec lui une dette plus insupportable encore que celle de la Grèce ! Mais sa passion jalouse est telle, à sa propre mesure, qu’il nous engloutit dans son amour.
Et nous qui pensions, comme la parentèle de Jésus pouvoir nous en sortir avec un culte raisonnable. Non, là, c’est disproportionné ! Que choisirons-nous, la sagesse mondaine, la foi mesurée, ou la folie de la croix, la démesure de l’amour ?

samedi 27 juin 2015

Dieu n'a pas fait la mort (13ème dimanche)


Le texte du livre de la Sagesse qui sert de première lecture (Sg 1,13-15 ; 2,23-24) est terriblement chimistré, comme on dit à Lyon, bricolé, bidouillé, falsifié. Trois versets pris du chapitre premier, et deux du deuxième, un contexte totalement occulté, produisent un sens assez différent de ce qu’on peut lire dans les Ecritures, le lien entre l’impie et la mort.
Autorisons-nous cependant de cette création liturgique pour interroger notre foi. Je nous soupçonne de n’être pas vraiment convertis, je vois si souvent en nos discours plus que des traces de paganisme et d’animisme, ces vieilles religions que l’homme civilisé juge de haut, pensant s’en être débarrassé, sans ce rendre compte qu’il en est un adepte assidu.
Dieu a rappelé à lui notre frère, lit-on souvent dans les faire-part de décès. Et l’on me rapportait avec admiration, ce propos d’une maman qui perdait son fils de 33 ans ; Seigneur, tu me l’as donné, je te le rends. Même la prière eucharistique 3, dans son communicantes pour les défunts, dit : « Souviens-toi de celui que tu as appelé auprès de toi. » L’original latin est pire : « Rappelle-toi de ton serviteur que tu as rappelé à toi depuis ce monde. »
Comment cela ? Dieu ferait mourir ? La mort s’expliquerait pas le fait que Dieu rappelle à lui tel ou tel ? Notre texte dit explicitement autre chose. « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde. » Je ne suis pas certain que l’appel au diable soit satisfaisant, mais il est clair que Dieu n’a pas créé la mort, et encore moins rappelle à lui en faisant mourir. Il a créé l’homme à son image, pour l’immortalité, l’incorruptibilité. La mort dans le monde, c’est le mal.
Non, Dieu ne rappelle personne à lui, si cela veut dire que telle personne est décédée parce Dieu l’a rappelée à lui. Que Dieu rappelle a du sens ‑ et quel sens ! ‑ si l’on entend : Dieu rappelle à lui notre frère en le tirant de la mort ; Dieu le rappelle de la mort. La où la mort a fait son œuvre, Dieu défait la mort. Il ne laisse pas son ami voir la corruption, selon le psaume déjà utilisé en ce sens par les Actes des Apôtres.
Oui, Dieu nous rappelle à lui de la mort et non par la mort. « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité. » « Dieu n’a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants. Il les a tous créés pour qu’ils subsistent ; ce qui naît dans le monde est porteur de vie : on n’y trouve pas de poison qui fasse mourir. La puissance de la mort ne règne pas sur la terre, car la justice est immortelle. »
Voilà de quoi convertir notre paganisme, cette conception religieuse de l’humanité en concurrence avec Dieu, cette conception d’un dieu tyran qui a droit de vie et de mort sur les hommes, cette conception de la religion comme un marchandage pour amadouer la divinité, se la concilier, se la rendre favorable. Mais Dieu est pour l’homme. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » s’écrit Paul. Dieu n’est pas le tyran mais le serviteur : « le fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » Et si rançon il y a, ce n’est pas pour Dieu. C’est lui qui paie !
Et notre animisme ? La pire illustration je la trouve dans nombre d’homélies de funérailles. On se retrouvera, dit le prédicateur, pour soulager la douleur de ceux qui sont dans le deuil, quitte à faire de la foi une vaste fumisterie, une illusion. Oui, nous vivons avec nos morts, surtout quand on vieillit. Au fur et à mesure que l’on prend de l’âge, notre univers se peuple de défunts, ceux que nous avons connus, aimés.
Nous vivons avec eux. Certes, nous ne leur donnons pas à boire à chaque bouteille que nous ouvrons, mais ils sont souvent plus vivants pour nous que Dieu lui-même. Il faudrait que l’on prouvât l’existence de Dieu, mais que les esprits des morts attestent de leur vie est une évidence guère interrogée !
Qu’en est-il de la vie après la mort ? Nous n’en savons rien. Méfions-nous des illusions. Que la vie avec Dieu soit plus forte que la mort, nous l’affirmons dans la résurrection de Jésus qui est notre résurrection. De là à imaginer qu’on se retrouve dans l’autre monde, c’est autre chose. Qu’est-ce qu’un homme transformé, comme dit Paul, que sont les hommes transformés ? Que sont les hommes à l’image du Dieu immortel ? A quoi ressemblent-ils ? Loin de notre individualisme anthropologique, c’est toute la création qui est récapitulée, et l’humanité en un seul corps, transformée.
Décidément, nous ne sommes pas encore chrétiens !



- Loué sois-tu, Mon Seigneur, pour sœur notre mère la terre. Alors que François vient de publier une encyclique sur la vie humaine dans la maison commune de la création ; donne-nous de ne pas fouler au pied ton œuvre et d’être solidaire de tous les hommes que tu nous a donnés pour frères.
- Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; qui supportent épreuves et maladies : heureux s’ils conservent la paix car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés. Alors que le terrorisme a frappé encore en Isère, en Tunisie, au Koweït, donne-nous de construire la maison commune où il fait bon vivre.
- Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle à qui nul homme vivant ne peut échapper. Donne-nous de vivre en ta présence aujourd’hui et demain. Protège ceux qui vont mourir et que tu rappelleras à ta vie.
- Très haut, tout puissant et bon Seigneur, à toi louange, gloire, honneur, et toute bénédiction ; à toi seul ils conviennent, ô Très-Haut, et nul homme n’est digne de te nommer. Que notre communauté ne cesse de chanter ta louange.
 

samedi 20 juin 2015

Comment fonctionne le dogme ? (12ème dimanche)


La tempête apaisée est-elle un miracle ? La question vous paraîtra curieuse. Elle a plus d’importance qu’il y paraît.
Tout dépend de ce qu’on appelle miracle. Dans les évangiles, il n’y a pas de miracle, seulement des récits de miracles. On n’assiste jamais à un reportage en direct, mais toujours à une reconstruction, plusieurs décennies après les faits. Et encore, la reconstruction n’a pas pour critère la véracité historique de l’événement, mais sa signification. Qu’est-ce que l’acte de puissance dit de Jésus ? Quelle est la foi de ceux qui ont été provoqués par le prodige ? Le récit de miracle, bien loin d’un reality-show, est confession de foi.
Avec la tempête, Marc nous livre-t-il un miracle de plus ? Ce n’est pas sûr. Nous aurions plutôt affaire avec ce que l’on appelle une théophanie, une apparition de Dieu. Vous savez ce qu’est l’épiphanie, la manifestation de Jésus aux nations. Vous connaissez aussi les théophanies du Seigneur à Moïse, l’épisode du buisson ardent ou celui de la remise des tables de la loi au Sinaï.
Si la tempête apaisée n’est pas un récit de miracle mais celui d’une apparition de Dieu, son rôle est au moins partiellement différent. Avec la forme littéraire de la théophanie, Marc montre Jésus comme Dieu. Jésus, cet homme, leur compagnon de route et maître, apparaît aux disciples comme Dieu lui-même. D’où leur question : « Qui est-il donc celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »
Alors qu’ils ont peur, Jésus les encourage à la foi. Mais la crainte demeure, comme dans le premier testament chaque fois que Dieu approche. On se voile la face, on ne regarde pas de face de peur de mourir. Dieu est au milieu de nous, Emmanuel, dirait saint Luc.
C’est ainsi par exemple que s’exprime le dogme de la double nature dans l’évangile de Marc. Jésus est Dieu qui a le pouvoir sur les éléments, sur la mer, le lieu typique des forces du mal. Dieu maîtrise cela. « Qui est-il donc celui-ci ? »
Le dogme de la double nature, vrai homme vrai Dieu, se dit par un genre littéraire convenu, la théophanie et comme une question. On est loin de l’affirmation dogmatique comprise comme un « c’est ainsi », comme « deux et deux font quatre » On est dans la nécessité de chercher à comprendre, à interpréter, se référant à ce que l’on sait déjà, la première alliance. On est conduit à s’interroger.
C’est ainsi que fonctionne le dogme, comme interrogation. Certes aussi, il doit être interprété. Ce n’est pas moins important. Mais je retiens ici seulement la forme interrogative du dogme, plutôt la provocation à l’interrogation qu’est le dogme. Loin d’être une solution, l’affirmation des deux natures de Jésus, vrai homme vrai Dieu, dogme s’il en est, est une question : « Qui est-il donc celui-ci ? »
J’en conviens, c’est bien éloigné de ce qu’on pense souvent. Cela invite justement à repenser ce que l’on affirme de la foi. Elle n’est pas un système de pensée, une idéologie avec des réponses toutes prêtes que le catéchisme tiendrait disponibles. La foi, dans sa dimension de vérité, est l’assentiment de l’intelligence et de la volonté à la personne de Jésus qui entraine sur des chemins seulement balisés. Lorsque l’Eglise croit – nous parlons de la foi de [son] Eglise – elle répond à l’appel qu’elle reçoit du Seigneur à vivre, et chacun de nous par elle. Lorsque l’Eglise, et nous en elle, proclame sa foi, elle ne diffuse pas un catalogue de vérités, mais témoigne d’un chemin de vie assuré dans le sillage de Jésus, son Seigneur.
Que le dogme soit interrogation, ce qui provoque à la foi, c’est ce que dit la théologie la plus traditionnelle. Le dogme ne s’arrête pas à ce qu’il dit mais à ce qu’il vise. Je cite ici un des derniers ouvrages du Cardinal Kasper, lequel s’appuie sur l’autorité théologique de Thomas d’Aquin : « Pour lui, l’acte de foi ne se rapporte pas à l’énoncé de la foi, mais à la "chose" attestée dans l’énoncé. Selon la définition d’Isidore de Séville, l’article de foi est certes une saisie réelle de la vérité de Dieu, mais il l’est en visant cette vérité au-delà de lui-même. La foi est en fin de compte un savoir espérant qui ne trouve son accomplissement que dans la contemplation éternelle de Dieu » (L’Eglise catholique, Paris 2014, p. 189)
Le dogme de la foi n’est pas une réponse définitive. Comme tel, il nous rendrait esclaves d’une idéologie de plus. Ce qu’il dit est l’expression voilée de la foi, déformée, comme dans un miroir ainsi que disait Paul lorsque l’image reflétée par un métal mal poli n’avait pas grande précision. « Nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. […] Demeurent donc la foi, l’espérance et l’amour ; de ces trois-là, le plus grand, c’est l’amour. »

samedi 13 juin 2015

« Le règne de Dieu est semblable à… » (11ème dimanche)



Qu’est-ce que le règne de Dieu ? Pourquoi faut-il que Jésus organise une catéchèse à ce propos ? Jésus en parle en paraboles (Mc 4, 26-34). Une seule ne semble pas suffire, et Marc nous le dépeint en train de se creuser la tête : « A quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? »
Cela doit être important de parler du règne de Dieu vue l’insistance, l’opiniâtreté dont fait preuve Jésus. Pour savoir ce qu’est le règne de Dieu, il faut justement écouter les paraboles et les expliquer. Mais l’expression doit au moins faire sens spontanément, sans quoi, les interlocuteurs de Jésus n’auraient pas pu comprendre à quoi se référaient les paraboles, les comparaisons. Nous aussi avons une compréhension spontanée du « règne de Dieu ».
Ainsi, nous pensons comprendre la demande du Notre Père, « que ton règne vienne ». Le règne de Dieu est la vie avec Dieu, la vie régie par Dieu, le monde régi par Dieu, la cité de Dieu où les hommes vivent en paix, fraternellement, dans l’amour entre eux et avec Dieu. Le règne de Dieu c’est manifestement ce que nous désirons puisque nous l’appelons ‑ « que ton règne vienne » ‑ ce qui nous manque donc, qui n’est pas là ou que nous ne voyions pas.
Pas étonnant que la prière de Jésus demande à ce que le règne du Père vienne. Les deux paraboles d’aujourd’hui en parlent comme de quelque chose de quasi invisible, deux semences, deux graines, de l’ordre d’un millimètre ! Certes, ces graines sont appelées à se développer, et les deux paraboles parlent de croissance, insistant même sur la stature finale, la plus grande des plantes potagères, de sorte que les oiseaux puissent y nicher à son ombre ; une moisson avec du blé plein l’épi.
Mais voilà, le règne de Dieu, cela ne se voit pas. Plus encore, si cela grandit, c’est sans qu’on n’en sache rien, sans du moins qu’on n’y fasse rien. La seule vertu de la plante est en cause. « Nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. » Pire encore, si l’on peut dire, le blé grandit pour être coupé, moissonné, c'est-à-dire disparaître, invisible de nouveau. La visibilité du royaume n’est pas une question. Importe la croissance, extravagante même. On n’en est qu’aux semailles, et déjà on pense à la moisson d’un épi plein de grains ; la plus petite des graines donne la plante la plus développée où les oiseaux du ciel, tous peut-être, viennent nicher.
Le règne de Dieu, c’est la croissance, la fertilité. Dieu, c’est la croissance, la fertilité, non pas pour le toujours plus, pour amasser, mais pour moissonner, pour tout raser, ou bien pour que les animaux les plus farouches et peu utiles comme les oiseaux du ciel, se reproduisent en paix, nidifient. Une fécondité de la pure gratuité au carré. Voilà Dieu, voilà son règne pour nous : « Que ton règne vienne ! »
L’exagération, typique de la parabole, dit le règne de Dieu comme démesure. Voilà qui est étonnant. Que la vie avec Dieu soit placée sous le signe de l’abondance, extravagante, n’étonne pas en principe, au contraire. Mais dans les faits, force est de reconnaître que cela ne saute pas aux yeux ! La mort, la violence, les guerres, la maladie, les injustices semblent être des plantes autrement plus vivaces que le règne de Dieu, qui étouffent les semences de paix, de partage et de fraternité.
Il y a quelque chose de provocateur dans l’annonce du règne de Dieu, sa croissance et son extravagance. On dépasse les bornes, c’est incroyable, à moins de changer de référentiel, de manière de penser, de grammaire de l’entendement. Croire invalide la logique de la croissance qui est la nôtre, s’en moque, tellement notre idée de croissance apparaît chiche ou mesquine. Le règne, avec cette extravagance, ne sont pas affaire de chiffre, ne peuvent être comptabilisés. Cela ne se voit même pas, on ne risque pas de compter ! C’est pure jouissance pour le Père que les hommes vivent de lui !
On ne va pas compter les troupes, pleurer sur le repli du christianisme, en confondant règne de Dieu et christianisme, ou hurler avec les loups au renversement d’une civilisation. Le royaume ne se voit pas plus que la semence de quelques millimètres. Il croît aussi invisiblement et aussi sûrement que la semence. Si l’on thésaurise, capitalise, on ne voit rien. S’il l’on entre dans la jouissance du Père, c’est croissance et abondance.
Le règne de Dieu oblige à une conversion profonde, changer, renouveler nos façons de penser. Si notre appartenance chrétienne n’est qu’un vernis posé sur la pensée du monde, mondaine, l’Eglise est pourrie comme on le voit dans les malversations financières dénoncées par les deux derniers papes par exemple. Nous ne sommes pas là pour défendre une civilisation qui justement s’oppose à l’évangile, résiste au renversement des valeurs. Il n’y a pas de valeurs chez les chrétiens. Il y a la jouissance du Père que les hommes vivent de lui, croissent. Il n’y a pas de valeurs chez les chrétiens. Les prostituées nous précèdent dans le règne de Dieu. Quant aux vertueux, s’ils le sont pour de vrai, ils jouissent déjà de la joie du Père. « Il fallait bien se réjouir car ton frère que voici était mort, et il est revenu à la vie. »