[Ga: een map omhoog, voorpagina, ]

La police italienne à la chasse aux trésors

Un fragment de fresque médiévale de la Grotta delle Formelle, XIe-XIIIe siècle.

Un fragment de fresque médiévale de la Grotta delle Formelle, XIe-XIIIe siècle. Crédits photo : Sopraprintendenza per i Beni Architettonici, Paesaggistici, Storici, Artistici ed Etnoantropologici per le Province di Caserta e Benevento, Caserta

À Paris, l'Unesco expose 31 œuvres volées puis retrouvées par les carabiniers.

Publicité

Trafiquants et marchands d'art peu scrupuleux les avaient dérobées. Récupérées par les carabiniers italiens, 31 œuvres d'arts datant du IVe siècle avant notre ère au XVIIe siècle sont exposées à l'Unesco, à Paris, jusqu'au 6 juillet. Un sauvetage réalisé grâce à la coopération entre l'organisation internationale Interpol et, pour les pièces retrouvées en France, l'Office central des biens culturels (OCBC). Cette exposition est une première depuis l'adoption de la convention de 1970, qui protège les États contre le trafic illicite des biens culturels. C'est tout un symbole: le trafic d'art se place juste derrière le trafic d'armes et de stupéfiants, représentant 6 milliards de dollars par an pour le seul commerce illicite des antiquités, selon une étude de la Chambre des communes du Royaume-Uni de juillet 2000, citée par l'Unesco.

Deux petites salles suffisent à comprendre l'urgence à protéger le patrimoine mondial. Les carabiniers et leur réseau cherchent encore le trésor volé à Benghazi, en Libye, au printemps dernier (nos éditions du 30 septembre 2011). De leur côté, l'Unesco et Interpol s'alarment des centaines de mosaïques volées en Syrie ces dernières semaines et en Égypte, où «des champs encore vierges il y a un an sont aujourd'hui criblés de trous», s'indigne Édouard Planche, responsable du programme à l'Unesco.

800.000 objets retrouvés

À l'Unesco s'exposent des vases archéologiques, des tableaux de Guerchin et de Ludovico Carracci, une croix en ivoire datant du XIIe siècle interceptée par l'OCBC chez un antiquaire à Paris, des parchemins enluminés qui allaient être déchirés sur un marché… Des œuvres violentées, comme en témoignent les stigmates que certaines portent encore. «Elles témoignent de la complexité et de la diversité du patrimoine italien», souligne Iñigo Martinez Möller, le commissaire (espagnol) de l'exposition. L'Italie a été le premier pays à se doter d'une brigade chargée de la protection du patrimoine culturel. C'était en 1969, un an avant la convention de l'Unesco. Cette unité est composée de 300 carabiniers, alors qu'ils sont 35 à s'occuper du trafic d'art à l'OCBC.

«Toutes ces œuvres proviennent de fouilles ou d'exportations illégales, d'arrachements sauvages. La plupart ont été dérobées dans les années 1980 par des gens qui se prenaient pour Indiana Jones», affirme le général Pasquale Muggeo, devant deux fragments de fresque médiévale extraits à la scie électrique! Elles ont été «retrouvées dans la maison d'un collectionneur grec par la police grecque qui a su reconnaître leur style italien», dit-il. Mais c'est surtout pour les objets qui sont écoulés sur les marchés et brocantes et sur Internet que les policiers sont les plus efficaces.

À côté de chaque œuvre, une longue note déroule l'histoire de sa disparition et surtout explique quand et comment elle a été retrouvée. Ainsi, d'une très rare lettre de Christophe Colomb imprimée en latin, après le 24 avril 1493. «En août 1986, un voleur se fait passer pour un chercheur dans le but de dérober (cette) lettre à la bibliothèque de Fermo et de la remplacer par une copie», lit-on. S'en suivent les pérégrinations des carabiniers italiens, qui mettent la main sur des voleurs spécialisés, récupèrent leur butin, mais pas le précieux document. Les investigations durent six ans. «En 1992, tout juste 500 ans après le premier voyage de Colomb, les carabiniers ont retrouvé la lettre dans une maison de ventes aux enchères de New York lors d'une inspection de routine», lit-on enfin. C'est aujourd'hui l'un des trésors de la bibliothèque de Fermo. En 40 ans, les carabiniers ont retrouvé 800.000 objets volés ou mis au jour illégalement.

«Trésors retrouvés», Unesco, salle Miro 1, place de Fontenoy, Paris VIIe.
Jusqu'au 6 juillet
. www.unesco.org

LIRE AUSSI:

» Un pastel de Liotard sort de l'ombre